L’IRM a actualisé son atlas climatique

par Christian Du Brulle

Un été caniculaire? Des pluies torrentielles? Des hivers trop doux? Quand il s’agit de caractériser le temps en Belgique, chacun y va de sa perception. L’Institut Royal Météorologique (IRM) jette pour sa part un regard bien plus scientifique sur ces questions. L’institution fédérale vient de publier son nouvel atlas climatique pour la Belgique. Un atlas accessible en ligne et gratuitement.

 

« L’atlas climatique est un recueil de données s’étendant généralement sur trois décennies », explique le Dr Marc Vandiepenbeeck, climatologue à l’IRM. Il porte sur les années 1981 à 2010. « Les données proviennent de relevés quotidiens effectués dans nos multiples stations météorologiques au sol. Actuellement, nous disposons d’un réseau de 150 stations dans le pays en ce qui concerne le relevé des températures (maximales et minimales), ou encore de 250 pluviomètres auxquels il faut ajouter les stations des Régions flamandes et wallonnes ».

 

D’autres instruments livrent également des informations régulières sur les orages par exemple (le système Safir de détection de la foudre) ou sur les périodes d’ensoleillement (les pyranomètres). Toutes ces informations sont archivées, traitées et traduites en « moyennes ». Les moyennes sur 30 ans servent de base à l’atlas climatique. L’IRM propose aussi sur son site des moyennes mensuelles.

 

 

 

 

Les moyennes trentenaires de l’atlas climatique permettent alors d’apprécier des événements plus ponctuels ou des données saisonnières ou annuelles. Grâce à elles, les climatologues peuvent définir dans quelle mesure l’été a été torride ou particulièrement pluvieux.

 

2014 a été l’année la plus chaude depuis 1833. Et 2010… la plus froide (depuis 1981) !

 

« En ce qui concerne la température moyenne annuelle à Uccle par exemple, elle était 9,8 degrés avant 1983 », souligne Marc Vandiepenbeeck. « Pour la période 1981 à 2010, cette moyenne est passée à 10,8 degrés. Et si on considère la seule année 2014, cette moyenne annuelle a grimpé à 11,9 degrés. Clairement, 2014 a été l’année la plus chaude jamais observée à Uccle depuis que nous disposons de statistiques de températures », note le scientifique, « soit 1833 ».

 

Une des signatures du fameux réchauffement climatique? « Bien entendu », précise encore Marc Vandiepenbeeck. « Du moins en ce qui concerne l’évolution de la moyenne sur trente ans. Par contre, pour 2014, s’il s’agit bien d’une année record, il ne faut pas perdre de vue que 2010 en a été une autre. Cette année-là a été la plus froide observée en Belgique depuis 1981, avec une température moyenne annuelle de 9,66 degrés. Quant à la température moyenne annuelle la plus basse jamais enregistrée, il faut remonter à 1879, avec une moyenne de 7,0 °C ».

 

Le nouvel atlas climatique de l’IRM permet notamment d’apprécier où il fait le plus « beau » dans le pays. En croisant les cartes de températures et de précipitations par exemple, on observe sans peine que la partie occidentale du littoral belge bénéficie d’une situation enviable à ce sujet, tout comme une portion de la Hesbaye.

 

Question orages, les hauts plateaux de l’Est du pays sont « champions ». Attention toutefois, la carte des nombres moyens de jours d’orage par an dans le pays est élaborée sur base d’observations réalisées uniquement ces dix dernières années (2004 à 2013). En cause: la mise en service de nouveaux outils techniques: le fameux système de détection de la foudre SAFIR.

 

 Non, il ne pleut pas « tout le temps » en Belgique

 

Et à propos, si en Belgique les épisodes de pluies battantes (les « draches » comme on dit en argot) sont souvent évoquées, les données de l’IRM montrent qu’elles ne sont pas aussi fréquentes que cela. Le graphique ci-dessous en atteste.

 

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Il montre qu’à Uccle il pleut quasi un jour sur deux. Il ne faut cependant pas perdre de vue que, si l’IRM qualifie de « jour de précipitations » chaque jour où la quantité de précipitations est au moins égale à 1 mm (ce qui sert de base à l’élaboration des cartes de précipitations), le graphique ci-dessus est construit sur base des jours de précipitations « mesurables », c’est-à-dire un jour où les précipitations sont supérieures ou égales à… 0,1 mm! A noter encore: la moyenne annuelle des précipitations dans le pays s’élève à 925 mm/an. Certes avec des disparités locales importantes : de 740 mm/an pour la partie nord de la Hesbaye à plus de 1400 mm/an pour la région des Hautes Fagnes. Voilà de quoi tordre le cou à certains canards.