Le cœur « droit » des sportifs sous étroite surveillance

par Christian Du Brulle

Courir les vingt kilomètres de Bruxelles, tenter un marathon ou participer à un triathlon: les sports d’endurance connaissent actuellement de plus en plus de succès. Y compris auprès d’un public amateur. « Mais leur pratique n’est pas sans incidence pour le cœur, notamment pour le cœur droit », indique Guido Claessen.

Le Dr Guido Claessen est le lauréat du prix Jacqueline Berheim 2018 (Fonds pour la chirurgie cardiaque).
Le Dr Guido Claessen est le lauréat du prix Jacqueline Berheim 2018 (Fonds pour la Chirurgie Cardiaque).

Le Dr Claessen, titulaire d’un doctorat en sciences biomédicales de l’Université de Leuven (KULeuven), s’est spécialisé dans l’étude de la partie droite du cœur, notamment des sportifs. C’est plus particulièrement son ventricule qui l’intéresse. Il éjecte le sang vers les poumons afin de l’oxygéner.

Identifier les problèmes de manière précoce

« Je travaille avec des sportifs, mais aussi des personnes qui ne pratiquent pas nécessairement de sports intensifs, mais qui peuvent connaitre des problèmes cardiaques », explique le spécialiste. « Mon but est de déterminer dans quelle mesure et par quels moyens de surveillance nous pourrions dépister précocement un éventuel problème ».

Le cardiologue vient de voir ses travaux récompensés par le prix Bernheim, décerné chaque année par le Fonds pour la Chirurgie Cardiaque. Ce prix récompense le travail d’excellence d’un chercheur de moins de 40 ans dans le domaine de la cardiologie.

Le ventricule droit davantage sollicité

« On sait que les dérèglements du fonctionnement du ventricule droit constituent un facteur prédictif important de la capacité d’exercice chez les personnes souffrant de diverses maladies cardiovasculaires et pulmonaires », indique le médecin.

« Chez les personnes en bonne santé, avec une circulation pulmonaire normale, on remarque que l’effort demandé au ventricule droit augmente relativement plus pendant l’exercice que du côté gauche du cœur. Une différence qui se marque davantage encore chez les personnes souffrant d’hypertension. Le problème, c’est que les tests sur le ventricule droit ne sont généralement réalisés qu’au repos. Mon travail a donc porté sur l’étude du comportement du ventricule droit pendant l’effort ».

Pédalage en résonance magnétique

Pour ses recherches, le Dr Guido Claessen a donc convaincu une série de sportifs et de non sportifs de se livrer à une série de tests à l’effort. Le plus impressionnant a certainement été de passer un tel test (de pédalage)… dans une IRM.

Les problèmes de récupération de la fonction cardiaque, mais aussi d’arythmie après l’effort ou en lien direct avec celui-ci l’intéressaient particulièrement.

« Classiquement, la surveillance de la récupération de la fonction cardiaque après l’effort se réalise chez les sportifs par échographie cardiaque », reprend-il. « Il s’agit de comparer des données acquises avant l’effort et une semaine après l’effort intensif. Ici, avec la technique développée pendant mon doctorat, nous obtenons des informations sur l’évolution de la fonction cardio-pulmonaire pendant l’effort. Et quand on parle d’effort intensif, il s’agit d’un rythme cardiaque qui peut monter jusqu’à 180 battements par minute », précise le cardiologue.

Trois groupes distincts de sujets ont été ainsi étudiés à Leuven: des sportifs et des non-sportifs sans antécédents médicaux ainsi que des personnes souffrant de certaines pathologies cardiaques.

Cap sur Melbourne pour une année de post doctorat

« Ces examens nous ont permis de valider cette nouvelle technique d’imagerie par résonance magnétique pour évaluer les volumes et la fonction des ventricules pendant l’effort », précise-t-il. Cela nous permet aussi de montrer qu’il y a bien une différence entre le cœur gauche et le cœur droit pendant les efforts intenses et soutenus, même chez les personnes en bonne santé ».

Désormais en post doctorat à Melbourne (Australie) pour une année, le lauréat du Prix Berheim continue ses recherches dans deux directions.

« Nous allons nous intéresser aux hypertendus afin de leur proposer à l’avenir de meilleurs pronostics, une sorte de médecine spécialisée », dit le médecin. « Le second volet de nos recherches concerne les athlètes, jeunes et moins jeunes: les études Pro@Heart et Master@Heart, pilotées en depuis l’Australie et… la Belgique ».

« Mais attention », signale encore le cardiologue. « Tout ceci vise à mieux comprendre les effets protecteurs des sports d’endurance et d’éviter d’éventuels effets indésirables tels que la fibrillation auriculaire et les cicatrices. En aucun cas nous ne désirons dissuader les gens de faire du sport».

 

Parole de… triathlonien!