Coup double pour la biostratégie wallonne

par Christian Du Brulle

Deux actualités importantes, bien qu’assez discrètes, de ces derniers jours, illustrent à merveille le dynamisme wallon en matière de recherche et d’innovation dans le secteur des sciences de la vie. Leurs acteurs-clés ? WELBIO et BioWin.

Quelques exemples parlent d’eux mêmes. Du côté de la recherche stratégique, on pointera notamment ces trois projets Welbio. Mieux comprendre les mécanismes de formation des tumeurs et des métastases à l’ULB. Mettre en lumière la manière dont les virus s’accrochent à la surface des cellules qu’ils infectent à l’UCLouvain. Ou encore, comprendre les règles qui régissent la formation des vaisseaux lymphatiques dans des situations pathologiques à l’Université de Liège. Trois projets d’excellence. Et pour cause! Ils ont été sélectionnés par un jury international via le FNRS dans le cadre de son Fonds spécialisé de la Recherche Fondamentale Stratégique et subventionné (FRFS).

Quatorze nouveaux projets de recherche

En réalité, une série de 14 nouveaux projets de recherches universitaires viennent d’être sélectionnés par ce jury. Ces projets bénéficieront au cours des deux prochaines années de financements de la Région wallonne s’élevant à 7,5 millions d’euros dans le cadre du WELBIO. Cette asbl est en réalité un Institut interuniversitaire de recherche dans les domaines des sciences de la vie qui a été mis sur pied en 2009. Sa mission : soutenir la recherche fondamentale stratégique en vue d’en valoriser les découvertes vers des applications industrielles dans tous les champs de la biotechnologie.

À ces 14 nouveaux projets, il faut également ajouter 14 autres projets, déjà en cours, qui seront également financés pour deux années supplémentaires par le WELBIO. Au total, l’effort wallon dans ce domaine s’élève donc à une quinzaine de millions d’euros. Une somme importante, qu’on peut par exemple comparer aux 13,3 millions récoltés cette année par le Télévie.

 

Les chercheurs WELBIO à partir du 1er octobre 2019
Les chercheurs WELBIO à partir du 1er octobre 2019.

 

« Concrètement, WELBIO soutiendra et accompagnera donc de nouveaux projets de recherche fondamentale dans des domaines tels que la biologie du cancer, l’immunologie, l’immuno-oncologie, la microbiologie, le système vasculaire, les maladies neurologiques, le microbiote intestinal, le diabète et la cardiologie », indique l’asbl. « Ces projets pourront conduire au développement de nouveaux médicaments, traitements ou diagnostics (p.ex. : cancer, maladies auto-immunes, réaction du greffon contre l’hôte, maladie de Parkinson, diabète, obésité, résistance aux antibiotiques, infections virales, maladies cardiovasculaires) ainsi que vers des applications biotechnologiques ». La valorisation des résultats de la recherche reste un des axes stratégiques de cette structure wallonne.

BioWin flirte avec Paris

L’autre actualité du moment est également wallonne et… internationale. Cette fois c’est plutôt du côté des entreprises du secteur que viennent les bonnes nouvelles. Le pôle de compétitivité wallon BioWin a en effet décidé de se rapprocher encore un peu plus de son partenaire français Medicen Paris, pour le plus grand bénéfice de leurs membres respectifs.

Medicen Paris Region (Paris Ile-de-France) et BioWin (Wallonie), deux pôles de compétitivité leaders européens dans l’innovation en santé, viennent de mettre en place d’un partenariat unique en Europe pour proposer à leurs membres une adhésion croisée.

Les organisations souscrivant à cette adhésion croisée bénéficieront d’un accès privilégié aux acteurs des deux écosystèmes, de l’accompagnement pour l’élaboration de projets de R&D collaboratifs ainsi que de l’orientation vers les meilleurs guichets de financement. Nombre d’adhérents des deux pôles sont reconnus au niveau européen pour leur excellence, tant pour la recherche clinique (APHP, Institut Jules Bordet,…) que pour la production industrielle de solutions thérapeutiques innovantes (Baxter, Microsoft, GSK, Sanofi…).

Cet engagement est d’ores et déjà partagé par six adhérents (trois français, trois belges) qui ont souscrit à l’adhésion croisée, à l’instar de la filiale belge de la société américaine Baxter, qui voit dans cet accord une opportunité pour accéder à un nouveau marché ainsi qu’à de nouveaux partenaires innovants. Parmi les autres sociétés ayant bénéficié de l’adhésion croisée, on compte Oncodesign, Valotec, HalioDx, Delphi Genetics et DNAlytics.

Complémentarité et masse critique

« La conclusion de cet accord d’affiliation croisée entre deux pôles de compétitivité est assez unique en Europe. Il prend tout son sens puisque les écosystèmes de Medicen et BioWin présentent de belles complémentarités », indique Sylvie Ponchaut, Directrice générale de BioWin, dans un communiqué. « En augmentant notre masse critique, nous renforçons notre compétitivité, pour le plus grand bénéfice de nos membres qui trouveront de nouvelles opportunités de recherche et d’affaires. »

Créé en 2006, BioWin, le pôle de compétitivité santé de Wallonie compte 234 entités membres en 2018, dont de nombreuses entreprises, cinq centres de recherche, cinq universités, 15 hautes écoles et centres de formation. On y retrouve aussi des fondations et des incubateurs. Le pôle BioWin a dans son portefeuille actuel 47 projets de R&D labellisés pour un montant de 144 millions d’euros dont 113 proviennent des subsides de la Wallonie.

« Ce partenariat marque une nouvelle étape dans le rapprochement de nos deux écosystèmes académiques, entrepreneuriaux et industriels », explique de son côté Stéphane Roques, Délégué général de Medicen Paris Region. « Avec le principe de l’adhésion croisée, nous favorisons la mise en commun des expertises et des besoins en vue de faire émerger les champions européens de la médecine du futur. »

Medicen Paris Region, créé en 2005, est un pôle de compétitivité des technologies innovantes en santé qui regroupe plus de 450 membres (start-ups, entreprises, organismes académiques, hôpitaux et collectivités). Depuis sa création, il a permis la commercialisation de 80 produits et a labellisé 335 projets qui ont été financés par des investissements totalisant 1,9 milliard d’euros, dont 708 millions d’euros d’aides publiques.

 

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