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La recherche technologique, clé de notre avenir

par Christian Du Brulle

Robotique, intelligence artificielle, nouveaux interfaces hommes-machines: ces domaines de la recherche vivent actuellement une véritable révolution. Une révolution qui inquiète, par certains aspects, le Pr Hugues Bersini, co­di­rec­teur de l’Iri­dia, l’Ins­ti­tut des Re­cherches In­ter­dis­ci­pli­naires et de Dé­ve­lop­pe­ments en In­tel­li­gence Ar­ti­fi­cielle de l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Une révolution dans laquelle il identifie aussi les solutions aux grands problèmes qui touchent la planète.
 

Attracteurs massifs de cerveaux

 

L’inquiétude de spécialiste porte un nom, du moins un acronyme: GAFA. Il s’agit des initiales des géants actuels de l’internet et des technologies informatiques: Google, Apple, Facebook, Amazon.

 

« C’est la concen­tra­tion de la re­cherche dans ces do­maines, au sein de ces quelques grandes en­tre­prises mon­diales, qui m’inquiète », explique Hugues Bersini. « Mais aussi de l’iner­tie des pou­voirs pu­blics à tirer plei­ne­ment parti des nou­velles tech­no­lo­gies pour ré­soudre les grandes crises aux­quelles l’Humanité est confrontée ».

 

« Quand Zu­cker­berg parle de pu­blier une info sur Fa­ce­book par la seule pen­sée, il s’agit d’un effet d’an­nonce », dit le Pro­fes­seur Ber­sini. « Par contre, ce que fait son en­tre­prise, comme les autres grandes en­tre­prises du sec­teur, c’est tout sim­ple­ment trans­for­mer ra­di­ca­le­ment le monde de la re­cherche dans notre do­maine. »

 

« Ces pa­trons sont en train de réunir au sein de leur éco­sys­tème, et à coups de mil­lions de dol­lars, tout ce qu’il y a de mieux dans le sec­teur. Ils ra­chètent les start-ups pro­met­teuses, ils re­crutent mas­si­ve­ment les meilleurs cher­cheurs. Au final, leurs pro­duits se­ront en­core plus per­for­mants, plus lar­ge­ment dis­po­nibles et sans doute uti­li­sés. Mais dans quel but? N’ou­blions pas que ce sont des en­tre­prises com­mer­ciales, et que le bien com­mun n’est sans doute pas leur pre­mière prio­rité… »

 

Des solutions aux grands défis actuels

 

La dé­fense du bien com­mun, il faut plu­tôt la cher­cher du côté des pou­voirs pu­blics. Ici aussi, Hugues Ber­sini lève le ton. « Nous dis­po­sons au­jour­d’hui de toutes les tech­no­lo­gies né­ces­saires pour re­le­ver les grands défis qui s’offrent à nous. Je pense no­tam­ment au ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Nos tech­no­lo­gies et leurs in­ter­faces nous per­mettent d’y ré­pondre ef­fi­ca­ce­ment. Pour au­tant qu’on prenne les bonnes dé­ci­sions au ni­veau po­li­tique, et ra­pi­de­ment. »

 

Dans son livre « Big Bro­ther is dri­ving you »,  Hugues Ber­sini poin­tait les op­por­tu­ni­tés ex­cep­tion­nelles of­fertes par les tech­no­lo­gies. Des opportunités qui nous per­mettent de re­pen­ser le mode de fonc­tion­ne­ment de pans en­tiers de notre éco­no­mie, de nos mé­thodes de dé­pla­ce­ments, de notre agri­cul­ture.

 

Réduire de 90% nos émissions de CO2 en un an

 
« Les mé­tros au­to­nomes, les bus sans chauf­feurs: cela existe déjà. Mal­heu­reu­se­ment, on ne pense pas glo­ba­le­ment. Or, c’est ce qu’il fau­drait pour ré­duire les bou­chons sur nos routes, les re­tards cu­mu­lés, les émis­sions de CO2, le stress, les ac­ci­dents… »

 

« Voici peu, un ar­ticle paru dans ‘Scien­ti­fic Ame­ri­can’ mon­trait qu’avec un re­cours mas­sif aux nou­velles tech­no­lo­gies, nous pour­rions ré­duire de 90% et en un an nos émis­sions de CO2. Bien sûr, cela de­mande des moyens. Mais sur­tout un cer­tain cou­rage po­li­tique pour trans­for­mer en pro­fon­deur nos modes de fonc­tion­ne­ment. »

 

La technologie, source d’emplois

 

Cette au­to­ma­ti­sa­tion de nos trans­ports, la ro­bo­ti­sa­tion tou­jours plus grande de nos ou­tils, de nos mé­tiers ef­fraient. No­tam­ment à cause de leurs ré­per­cus­sions pour l’em­ploi. « C’est un leurre, dit le pro­fes­seur d’in­for­ma­tique de l’Uni­ver­sité Libre de Bruxelles. On en­tend sou­vent dire que les ro­bots vont prendre nos jobs. Ce n’est pas vrai. Pour mettre en place ces tech­no­lo­gies, re­pen­ser la consom­ma­tion éner­gé­tique, l’agri­cul­ture, nos fa­çons de man­ger, notre mo­bi­lité, notre vie de tous les jours, il va fal­loir se for­mer, mais aussi fa­bri­quer, mettre en place, af­fi­ner, gérer ces tech­no­lo­gies. Tout cela va gé­né­rer de l’em­ploi, et à tous les ni­veaux ».

 
Et le pro­fes­seur d’évo­quer les éner­gies re­nou­ve­lables, les smart-grids, les mai­sons in­tel­li­gentes,… « Au ni­veau de la Bel­gique, ce sont des cen­taines de mil­liers d’em­plois qui se­ront créés, du tech­ni­cien au can­ton­nier, en pas­sant par l’ins­tal­la­teur de pan­neaux so­laires, l’in­gé­nieur… ».

 

Survivre dans un monde complexe

 

« Par contre, ce que la tech­no­lo­gie ne peut pas faire, c’est dé­ci­der de l’évo­lu­tion so­cié­tale à notre place. La balle est ici clai­re­ment dans notre camp. C’est à nous qu’ap­par­tient ce genre de dé­ci­sion. Quand on com­prend cela, on se rend compte qu’il ne faut pas craindre la tech­no­lo­gie. Nous dis­po­sons au­jour­d’hui d’une tech­no­lo­gie très dé­ve­lop­pée. Peut-être pas aussi dé­ve­lop­pée que ce qu’on vou­drait qu’elle soit. Mais elle est déjà suf­fi­sam­ment riche pour nous per­mettre de sur­vivre dans un monde qui est de­venu très com­plexe. »
 

 

Rendez-vous ce week-end dans « L’Echo »

 

avant garde echoCe week-end, en complément du journal, le quotidien L’Echo propose à ses lecteurs son magazine « l’Avant-Garde ». Il est consacré aux pionniers belges dans le domaine des technologies qui « augmentent » l’être humain.