"Tranche" de séquoia géant américain offert à la Belgique après l'Expo universelle de 1958.
"Tranche" de séquoia géant américain offert à la Belgique après l'Expo universelle de 1958.

Dans l’antre du seigneur des anneaux

par Christian Du Brulle

« Chaque cerne indique un cycle de croissance. En comptant cette succession d’anneaux, on peut déterminer avec grande précision l’âge d’un arbre ». Dans le vieux bâtiment qui jouxte l’orangerie du Jardin Botanique de Meise, Franck Hidvégi détaille chaque vitrine, chaque pièce qui composent le nouveau « Labo du Bois ». Dont plusieurs « tranches » d’arbres où on se prend au jeu du comptage des cernes en s’aidant des doigts pour ne pas sauter une année. Ici, on peut toucher!

Les espaces rénovés accueillent un nouvel espace muséal consacré à toutes les facettes du bois. Cette matière vivante et noble qui fait partie de la vie de chaque habitant de cette planète est à l’honneur, dans toutes ses dimensions : scientifiques, culturelles, économiques, utilitaires… « Et quand nous parlons de bois, nous parlons d’essences indigènes comme d’essences exotiques », précise Franck Hidvégi.

Une collection mondiale qui n’avait plus été montrée depuis un demi-siècle

Le Jardin botanique de Meise gère en effet d’importantes collections historiques de bois. On dénombre dans ses collections scientifiques quelque 7.500 échantillons d’essences provenant du monde entier.

Le cœur de cette collection (4.500 pièces), est constitué de spécimens appartenant à l’ancien Musée forestier, jadis situé au Jardin botanique de Bruxelles et inauguré officiellement en 1902. « Après le déménagement du Jardin botanique de Bruxelles vers Meise, le Musée forestier n’a jamais été reconstruit », précise notre guide. « Après plus d’un demi-siècle, les pièces de cette collection ont été exhumées. Elles constituent aujourd’hui la base du Labo du Bois, un musée pédagogique, ouvert à tous ».

Un mur très « wonder wood » 

De bout, sur quartier, sur dosse... Il existe plusieurs façons de débiter le bois.
De bout, sur quartier, sur dosse… Il existe plusieurs façons de débiter le bois.

Dans le bâtiment, un « mur de bois » attire davantage le regard que les écrans tactiles. C’est le « Wonder Wood Wall ».

Ce mur se compose de tiroirs fabriqués au départ d’une cinquantaine d’essences disponibles dans le commerce. Chaque tiroir contient des objets usuels et des informations ludiques sur l’essence en question. De quoi (re)découvrir la polyvalence du bois, utilisé comme matériau dans la construction, comme combustible, comme matière première pour le papier, pour la réalisation d’objets d’art, d’instruments de musique, d’outils…

Plus loin, des bornes interactives renseignent plus en détail le curieux sur certaines facettes de cette matière. Comment se forment les cernes du bois ?  Pourquoi un tronc ne s’effondre-t-il pas sous son propre poids ? D’où vient la chaleur quand on brûle du bois et quel est le rapport entre les boissons rafraîchissantes, le chewing-gum et le bois ? Les réponses sont bien entendu à découvrir sur place.

Les séquoias géants au rendez-vous 

Pointons deux échantillons pas tout à fait comme les autres, l’un dans le musée, l’autre en extérieur. Ils méritent à eux seuls une visite, en ce sens qu’ils rappellent aussi, par leur exceptionnelle longévité, la place occupée par l’être humain dans l’histoire récente de la biosphère.

Dans le « Labo du Bois », une tranche du séquoia géant (Sequoiadendron giganteum) baptisé « Mark Twain » rappelle quelques jalons de notre histoire. Né en l’an 550 (soit 76 après la chute de l’Empire romain), on découvre au fil de ses cernes de croissance que cet arbre a connu Leif Eriksson, le premier explorateur européen à atteindre l’Amérique du Nord (en l’an mille, alors que l’arbre géant n’était âgé que 450 ans). Mais aussi qu’il a vu Christophe Colomb poser le pied en Amérique en 1492 ou encore naître le premier jardin botanique européen à Pise, en 1544.

Quand Linné a nommé le vivant, en 1753, on ne parlait pas encore de lui. Et pour cause, le séquoia géant n’a été découvert qu’un siècle plus tard, en 1853, par l’Anglais John Lindley… Une belle fin de vie pour l’arbre « Mark Twain », qui a été abattu en 1891, alors qu’il n’avait « que » 1341 ans…

L’autre spécimen, plus âgé que Mark Twain et trop imposant pour prendre place dans le musée, a trouvé refuge sous un portique… en bois, juste à côté du bâtiment. Cette tranche de séquoia est un disque de plus de 4 mètres de diamètre qui affiche une masse d’un bon cinq tonnes et qui est âgée de 2000 ans ! Il s’agit d’un cadeau des Etats-Unis à la Belgique après le démantèlement du pavillon américain de l’Exposition universelle de 1958 organisée à Bruxelles. Cette pièce n’avait plus été présentée au public depuis… Un régal pour les yeux et pour l’esprit !

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