L'éléphant d'Afrique du Musée royal de l'Afrique Centrale est un éléphant de savane. © JD Burton MRAC

La génétique redessine l’arbre généalogique des éléphants

par Daily Science

Le fameux éléphant empaillé du Musée Royal de l’Afrique Centrale de Tervuren est un éléphant… d’Afrique, bien sûr. C’est surtout un éléphant des savanes. Une nuance qui n’est pas sans importance. 

 
Quand l’animal est arrivé en Belgique, en 1958, depuis le Congo, on ne distinguait en effet que deux types d’éléphants sur notre planète. Ils étaient soit africains, soit asiatiques. Depuis, la communauté scientifique s’est rendu compte qu’en Afrique, deux espèces différentes d’éléphants cohabitaient: celle des savanes, comme le fameux pachyderme empaillé de Tervuren, et celle des forêts. C’est au début des années 2000 que l’idée de cette double filiation a fait son apparition.

 

Palaeoloxodon antiquus n’est pas le cousin de l’éléphant d’Asie

 

Une nouvelle recherche internationale basée sur la génétique de ces animaux apporte désormais une nouvelle preuve de l’existence de deux espèces d’éléphants en Afrique.

 

Cette étude redessine également l’arbre généalogique de ces gros mammifères. Et, surprise, le gigantesque cousin antique Palaeoloxodon antiquus, qui vivait en Eurasie et jusque dans nos régions (!) voici 1,5 million à 100.000 ans, est en réalité plus proche, génétiquement de l’éléphant africain des forêts que de l’éléphant asiatique, comme on le pensait jusqu’à présent. 

 

Fossiles de Palaeoloxodon antiquus. © Asier Larramendi Eskorza & Julie McMahon
Fossiles de Palaeoloxodon antiquus. © Asier Larramendi Eskorza & Julie McMahon

 

C’est notamment en analysant de l’ADN fossile de P. antiquus que l’équipe internationale est arrivée à cette conclusion.

 

Des fossiles d’éléphants antiques en Allemagne et dans le tunnel sous la Manche

 

Palaeoloxodon antiquus, l’ancêtre eurasiatique disparu depuis 100.000 ans, était un géant. Les mâles de l’espèce atteignaient une taille de quatre mètres et pesaient jusqu’à 13 tonnes, soit plus du double du poids des plus grands éléphants d’aujourd’hui.

 

Si l’ADN étudié provient notamment d’un spécimen découvert en… Allemagne, pointons que ce pachyderme à défenses droites était aussi présent à Chypre, en Sicile, au Japon ou encore… en Angleterre. Des fossiles de Palaeoloxodon antiquus ont été retrouvés lors des travaux du tunnel creusé sous la Manche. En 2006 encore, un fossile âgé de 400.000 ans était exhumé dans le Kent.

 

Nouvelle généalogie des éléphants. © Asier Larramendi Eskorza & Julie McMahon (Université de l’Illinois à Champaign). Cliquer pour agrandir.
Nouvelle généalogie des éléphants. © Asier Larramendi Eskorza & Julie McMahon (Université de l’Illinois à Champaign). Cliquer pour agrandir.

 

À quoi sert cette étude? « Outre à faire progresser nos connaissances sur la biodiversité terrestre, à prendre aussi connaissance que certaines espèces d’éléphants sont plus menacées que d’autres », estime Alfred Roca, professeur en « Sciences animales » de l’Université de l’Illinois à Champaign, qui cosigne l’article scientifique. Le Pr Roca avait été le premier, en 2001, à montrer génétiquement que les éléphants africains appartenaient à deux espèces distinctes.

 

Un outil pour la conservation des espèces
 

L’analyse de l’ADN (mitochondrial) révèle que l’éléphant africain des forêts et P. antiquus avait un ancêtre commun voici 1,5 à 3,5 millions d’années. Leur ancêtre commun avec l’éléphant de savane date lui de 3,9 et 7 millions d’années.

 

Mais c’est du point de vue de la conservation des espèces qu’il estime que son travail est important. « Deux tiers des éléphants forestiers en Afrique ont été tués au cours de ces 15 dernières années », indique-t-il. 

 

« Ces populations d’éléphants sont parmi les plus menacées de la planète ». Nos travaux peuvent aider les agences de conservations dans le monde à prendre les bonnes décisions et à établir les priorités les plus pertinentes », conclut-il, en substance.