Le venin de la la vipère Agkistrodon contortrix permet d’enrayer la croissance de cellules cancéreuses. © Muséum Thierry Hubin

Le poison qui soigne

par Christian Du Brulle

Ophidiophobes s’abstenir! Cette mise en garde pourrait être placée à l’entrée de la salle des expositions temporaires du Muséum des Sciences Naturelles de Bruxelles. L’ophidiophobie marque la peur excessive des serpents.

 

Et pour cause, ce ne sont pas les serpents vivants qui manquent dans l’expo « Poison », qui vient de s’y ouvrir. D’autres spécimens de grenouilles, d’araignées, de scorpions sont également présents dans les terrariums. Tous ont en commun la faculté de pouvoir nous intoxiquer avec leur poison.

« Qu’il s’agisse d’une piqûre, d’une morsure, d’un simple contact par la peau, les poisons distillés par la nature sont en réalité les armes des animaux », indique Camille Pisani, la directrice de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique. Qui précise aussi que cette expo est l’endroit le plus sûr sur Terre…  Les animaux présentés sont bien entendu confinés dans de solides terrariums.

Toxiques, dangereux, effrayants… mais tellement utiles

Des armes qui leurs servent à se protéger, mais aussi à attraper leurs proies, à les tuer, à les paralyser, voire, à la digérer.

 

Ces poisons sont aussi précieux. Pour l’animal tout d’abord. Le produire lui demande une importante dépense énergétique. Chez le serpent, les réserves de poison se constituent en plusieurs semaines.

 

Ces substances toxiques naturelles intéressent aussi l’industrie pharmaceutique. Certaines toxines sécrétées par les animaux comme celle produite par la vipère Agkistrodon contortrix, encore appelée en Amérique, le « mocassin à tête cuivrée », permet d’enrayer la croissance de cellules cancéreuses… chez la souris.

 

Quant à la salive du « monstre de Gila », un lézard qu’on rencontre également en Amérique du Nord, elle contient une protéine qui permet de réguler l’insuline chez les patients diabétiques.

 

Quel est le poison le plus toxique, mais aussi le plus utile présenté dans l’exposition? Écoutez la réponse de Cécile Gerin, muséologue à l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique

Comme le révèle une étude menée tout récemment au Brésil, le venin des serpents ne présente pas la même dangerosité tout au long de la vie de l’animal. Dans le Journal of Proteome Research, les scientifiques révèlent que la quantité de nourriture disponible, mais aussi les cycles hormonaux de l’animal modulent fortement la toxicité de son poison.

 

Présenter des espèces exotiques vivantes, n’est-ce pas, aussi, faire peser une certaine menace sur la survie de ces animaux, parfois menacés? Écoutez la réponse de Cécile Gerin

Un dangereux poison… dans les armoires de nos cuisines

 

Et à propos de poison, ceux-ci se cachent aussi parfois chez nous, à la maison, sans qu’on le sache! Comme le rappelait la muséologue Cécile Gerin, tout dépend de sa nature, de la dose administrée et de l’état de santé de l’être vivant qui le reçoit. L’expo le rappelle d’entrée de jeu. Une banale tablette de chocolat noir donnée à un chien suffit… à le tuer! Heureusement que nous le tolérons nettement mieux…

 

En Belgique…

 

Il n’existe, en Belgique, qu’un seul type de serpent venimeux, rappelle l’expo Poison: la vipère péliade. Ses morsures sont exceptionnelles. Et rarement mortelles. Elles occasionnent cependant des douleurs, des nausées, une accélération du rythme cardiaque et souvent un gonflement à l’endroit de la morsure.