La recherche wallonne sur les marqueurs du cancer traverse l’Atlantique et passe de l’homme à l’animal

par Christian Du Brulle

SÉRIE : « Rendez-vous à SxSW » (1)

Le festival South by South West (SxSW) bat son plein à Austin, au Texas. Depuis 30 ans, ce rendez-vous international draine autant les innovateurs en matière de musique que de spectacles et de technologies, principalement digitales. Mais c’est pour parler d’un autre domaine de la recherche, celui des biotechnologies, que ce premier rendez-vous de la semaine se situe.

« Rendez-vous à 19 heures au Belgian Beer Café! », avait lancé Gaëtan Michel, le patron de la société Volition, dont le centre de R&D se situe au Pac scientifique Crealys des Isnes (province de Namur). L’homme a un horaire chargé. Il boucle en effet ces jours-ci une visite au Texas coorganisée avec le soutien de l’Agence wallonne à l’exportation (AWEX).

Et le rendez-vous au Belgian Beer Café, un événement de réseautage entre innovateurs belges et texans proposé par l’AWEX, le FIT flamand et Hub Brussels, était, hier soir, « the place to be » à Austin.

Brassin « belge » et recherche vétérinaire

Dans les locaux de l’oncle Billy, (« Uncle Billy’s Brewery » ), une bière belge spécialement brassée pour l’occasion par un brasseur wallon et un brasseur américain abreuve les amateurs. Ce brassin de la bière de l’Abbaye de Gembloux est réalisé dans les cuves américaines avec la complicité du Smart Gastronomy Lab, le Living Lab wallon dédié à la gastronomie, ainsi que l’AWEX et Wallonie-Bruxelles International (WBI). Sans oublier les chercheurs de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège), qui sont également impliqués.

Mais ce n’est pas pour causer bière que Gaëtan Michel nous a fixé rendez-vous. Sa société, spécialisée dans le diagnostic de cancers, diversifie ses activités de ce côté-ci de l’Atlantique. Elle a noué voici quelques mois un partenariat de recherche avec l’Université Texas A&M. Volition n’abandonne pas ses tests de dépistage humain: il les adapte à la médecine vétérinaire.

Collaboration de recherche avec l’université Texas A&M

« Effectivement, nous ne quittons pas l’humain » confirme-t-il. « Mais ici, nous nous intéressons en plus à la santé des animaux domestiques. Les recherches sur lesquelles nous avons le plus avancé au Texas portent sur le chien. En parallèle, nous travaillons aussi en Belgique sur des échantillons sanguins de chevaux, provenant du Pr Didier Serteyn, de l’Université de Liège (ULiège). L’idée est de pouvoir détecter précocement les signes d’un cancer ou d’une inflammation ».

« Au Texas, en ce qui concerne le volet vétérinaire de nos activités, nous développons une belle collaboration avec le département d’oncologie de l’université Texas A&M, à College Station. Nous disposons aussi d’un consultant sur place. Et nos premiers résultats sont extrêmement prometteurs ».

À tel point que Volition envisage actuellement la création d’une filiale aux États-Unis pour commercialiser ses futurs kits vétérinaires de diagnostic.

Les nucléosomes pistés dans le sang

La technologie développée par Volition passe par des tests sanguins. En analysant un infime échantillon de sang (ou de sérum), ces tests visent à détecter précocement la présence de nucléosomes qui signent la présence d’un cancer. Les nucléosomes sont des fragments de chromosomes provenant de cellules cancéreuses « mortes », enroulés autour d’un ensemble de protéines. Les chromosomes des cellules cancéreuses présentent une signature génétique différente des cellules saines. Notamment parce que leur ADN a muté, mais aussi en ce qui concerne leur structure.

Le test élaboré par l’entreprise installée en province de Namur permet de détecter ces composés. En les analysant, il est  possible de déterminer précocement la présence de cancer.

« Notre savoir-faire a déjà permis le développement de kits pour la recherche en médecine humaine », reprend Gaëtan Michel. « Il s’agit désormais de produire des outils de diagnostic du cancer ou de l’inflammation pour des animaux. Notre plateforme nucléosomique est versatile », précise-t-il encore. « Pour l’instant, nous travaillons sur les marqueurs de l’inflammation chez le chien. Mais nous nous intéressons aussi à certains cancers et à d’autres pathologies.

L’idée est désormais de développer aujourd’hui une filiale aux États-Unis, qui sera chargée de commercialiser ces nouveaux kits sur le marché américain. Un marché prometteur. Le secteur de l’oncologie vétérinaire aux États-Unis se chiffrerait en centaines de millions de dollars.