Mesurer l’intelligence d’un enfant pour prédire ses performances

par Raphaël Duboisdenghien

Dans la foulée de la publication du WISC-V, la 5e version du test créé par le psychologue clinicien étasunien David Wechsler, le Pr Jacques Grégoire publie «L’examen clinique de l’intelligence de l’enfant» chez Mardaga. Ce guide est destiné particulièrement aux praticiens et étudiants. Pour éviter des erreurs. Exploiter au maximum l’échelle d’intelligence.

«L’examen clinique de l’intelligence de l’enfant», par Jacques Grégoire, Editions Mardaga. VP 33,90 euros
«L’examen clinique de l’intelligence de l’enfant», par Jacques Grégoire, Editions Mardaga. VP 33,90 euros

«Les différentes échelles de Wechsler sont aujourd’hui les tests les plus utilisés dans le monde», précise le vice-recteur du secteur sciences humaines à l’UCLouvain. «Elles permettent d’évaluer l’intelligence de la petite enfance au 4e âge, jusqu’à 79 ans 11 mois avec la WAIS-IV. Après la mort de Wechsler en 1981, les nouveaux développements de ses échelles ont été pris en charge par l’équipe de recherche de l’éditeur American Psychological Corporation, absorbé par la société Pearson.»

À utiliser avec intelligence

«Les échelles de Wechsler doivent être utilisées avec intelligence», souligne le docteur en psychologie, membre du comité scientifique étasunien qui a supervisé le développement du WISC-V. «Ce ne sont que des outils au service des praticiens qui ont la responsabilité d’en faire le meilleur usage possible. Le WISC-V ne peut être appliqué, interprété de manière mécanique par un psychologue réduit à l’état de simple technicien.»

Des psychologues considèrent que les tests sont inutiles pour évaluer l’intelligence… «Ils surestiment souvent la validité et la fiabilité de leur propre jugement clinique et prennent le risque de commettre des erreurs diagnostiques préjudiciables au patient examiné. Les psychologues sociaux ont abondamment montré que les jugements cliniques sont souvent biaisés. Influencés par les stéréotypes et les erreurs de raisonnement.»

Le QI n’est qu’une des expressions possibles de l’intelligence

«Les prédictions doivent être formulées avec prudence car, mêmes élevées les corrélations de ces mesures avec les performances scolaires et professionnelles sont loin d’être parfaites», ajoute Jacques Grégoire fort d’une expérience clinique de plus de 30 ans avec des enfants et des adolescents. «D’autres facteurs que l’intelligence interviennent dans la réussite des apprentissages.»

Le quotient intellectuel (QI) est souvent utilisé comme synonyme d’intelligence… «À tort. On oublie alors que l’intelligence ne nous est connue que de manière indirecte et approximative au travers d’un échantillon de performances. Le QI n’est qu’une des expressions possibles de l’intelligence. Lorsque nous évaluons l’intelligence, les conditions de l’examen, la relation du patient avec le clinicien et le test utilisé ont une influence sur le résultat obtenu.»

Hausse des performances au XXe siècle

Le chercheur néo-zélandais James Flynn constate un gain des performances intellectuelles chez les jeunes de plusieurs pays occidentaux durant la seconde moitié du XXe siècle. «Ce phénomène, qualifié aujourd’hui d’effet Flynn, varie toutefois en intensité selon les populations et les épreuves intellectuelles utilisées», relativise le Pr Grégoire.

L’effet Flynn n’a été observé que pendant une cinquantaine d’années. Il ne serait pas génétique. «Par contre, les changements éducatifs apparaissent comme une cause beaucoup plus plausible. Au cours du XXe siècle, la scolarisation des enfants a considérablement progressé dans les pays occidentaux. Des changements éducatifs importants se sont également manifestés au sein des familles. L’augmentation du revenu des ménages et du niveau de scolarité des parents a entraîné une modification des pratiques éducatives.»

Dégradation au XXIe siècle

Des études montrent un ralentissement de l’effet Flynn depuis le début du XXIe siècle. Et même son inversion dans les pays les plus développés du nord de l’Europe. En 2018, les chercheurs Bernt Bratsberg et Ole Rogeberg, du Centre de recherche économique Ragnar Frisch fondé par l’Université d’Oslo, démontrent que l’effet Flynn négatif est provoqué par une dégradation de la qualité de l’enseignement, de l’alimentation, du support familial… Ils appuient leur étude sur des données récoltées auprès des conscrits norvégiens.

Pour Jacques Grégoire, la publication de la nouvelle version d’un test et de nouvelles normes est une occasion de prendre conscience de l’effet Flynn. «En réalité, la progression du niveau moyen de la population dans certaines tâches intellectuelles est un processus continu. Le problème est que l’établissement de nouvelles normes n’est réalisé que tous les 10-15 ans, dans le meilleur des cas. Dès leur publication, la valeur des normes commence à s’émousser.»

Haut de page