Pourquoi les chercheurs seront-ils dans la rue ce 22 avril ?

CARTE BLANCHE

par le Comité de Contact FNRS-ULg

En plus de vouloir témoigner de leur solidarité avec les collègues américains qui sont à l’origine de l’initiative ‘March for Science’, les chercheurs belges manifestent leur mécontentement à propos du manque de financement récurrent de la recherche fondamentale en Belgique.

 

Si la recherche fondamentale ne donne pas lieu à des applications immédiates et visibles pour le grand public, elle est le pilier sur lequel reposent les innovations futures et résultats de la recherche appliquée.

 

Comme l’explique Eric Muraille dans son article L’excellence scientifique en question (Muraille E. L ’ excellence scientifique en question. Rev Quest Sci. 2016;187(4):529-548.) ⁠: « […] La recherche fondamentale est aujourd’hui principalement réalisée au sein des universités et des instituts fédéraux. En FW-B, les chercheurs permanents sont majoritairement des « académiques », appartenant au corps enseignant des universités, ou des chercheurs nommés par le Fonds de la Recherche Scientifique (FRS-FNRS, 398 chercheurs permanents en 2016). Ces chercheurs ne disposent en général pas d’un financement récurrent de leurs recherches et doivent financer celles-ci par la soumission régulière de projets. En FW-B, la principale source institutionnelle de financement est le FNRS. Les chercheurs peuvent également soumettre des projets à leur université d’accueil et répondre à des appels à projets émis par la FW-B, la politique fédérale ou des organisations internationales. Mais dans la pratique seul un assez petit nombre d’équipes remplissent les critères très spécifiques ou sélectifs d’accès à ces appels (limite d’âge du chercheur, sujet prédéfini, partenariat industriel requis, application concrète dans un court délai, création d’emplois locaux, etc.) […] ».

 

Sous-financement

 

Toujours selon E. Muraille, le financement des universités et du FNRS est assuré en grande partie par la FW-B. Si le budget alloué est resté stable durant la décennie écoulée, il n’a subi aucune indexation prenant en compte l’augmentation du nombre d’étudiants au sein des universités (entre 1989-1990 et 2009-2010, les étudiants de l’enseignement supérieur ont augmenté de 53.000 unités, soit + 48,6 %) ou l’augmentation du nombre de chercheurs et des coûts de l’activité de recherche (technologies de plus en plus coûteuses). Pour pallier le sous-financement de leurs activités, les universités et le FNRS ont progressivement été contraints de réformer leur politique de financement de la recherche.

 

Bien sûr, la recherche fondamentale n’est pas financée uniquement par le FNRS. Ainsi, la Politique scientifique fédérale (BELSPO) finance actuellement de nombreux projets de chercheurs de la FW-B. Cependant, BELSPO est actuellement en pleine restructuration, voir en délitement suite à la réforme de l’état fédéral.

 

Doubler le budget du FNRS

 

La logique mortifère de l’enveloppe fermée, qui met en compétition les budgets pour l’enseignement et la recherche, empêche un refinancement du FNRS. En effet, le CA du FNRS inclut les Recteurs des Universités et ces derniers donnent la priorité aux tâches d’enseignement, même si la plus-value d’une recherche fondamentale associée est reconnue. Le niveau de compétition pour obtenir des crédits de recherche et faire fonctionner les laboratoires devient si important que des projets classés comme excellents ne sont plus financés par manque de moyens.

 

Vu l’importance stratégique de maintenir une recherche fondamentale dynamique et diversifiée au niveau de ses domaines de recherche, sachant qu’il est impossible de prédire quels thèmes vont s’avérer d’importance critique pour des applications futures, les chercheurs belges plaident pour des transferts de moyens financiers vers le FNRS. Une diminution de 10% des fonds alloués à la recherche appliquée par la Région Wallonne permettrait de doubler le budget du FNRS.

 

Le Comité de Contact FNRS-Ulg