La bande dessinée comme outil de découverte de l’Histoire

par Christian Du Brulle

Alors que Bruxelles va vivre ce week-end au rythme de la Fête de la bande dessinée, le Musée Arts & Histoire (situé dans le parc du Cinquantenaire) propose dès aujourd’hui une grande exposition rétrospective consacrée à l’art de Jacques Martin.

Jacques Martin est un dessinateur d’origine alsacienne qui a rejoint l’école belge de bande dessinée dans la première moitié du 20e siècle. Il a collaboré étroitement au journal « Tintin » et avec Hergé. Le dessinateur est principalement connu pour les aventures de son personnage Alix, le jeune Gallo-Romain.

Pas sûr que Martin soit passé au Cinquantenaire

« Il peut paraître étonnant que le Musée Arts & Histoire consacre une exposition à un auteur de bandes dessinées », concède la directrice des lieux. « Mais nous sommes un musée qui a inspiré de nombreux auteurs de BD, comme Hergé par exemple qui venait régulièrement se documenter chez nous. Dans le cas de Jacques Martin, nous n’avons pas de certitudes absolues que le musée lui a servi de source d’information. Ce qui est par contre clair, c’est qu’il se documentait énormément. Les détails de certaines de ses planches ne sont pas sans rappeler certaines pièces exposées dans nos salles », a-t-elle fait savoir en substance.

« Ses premières sources d’informations sont les historiens de l’Antiquité Gustave Glotz et Jérôme Carcopino (grand admirateur de César, ce qui n’est 
pas sans effet sur le portrait qu’en fait Martin), ainsi que le géographe Elisée Reclus », indique-t-on chez Casterman, la maison d’édition de ses albums.

Précurseur de la bande dessinée historique

« C’est au cours de ses recherches qu’il découvre l’existence de mercenaires gaulois qui s’étaient battus aux côtés du consul Crassus contre les Parthes. Le flou qui entoure cet épisode et le devenir de ces auxiliaires, après la débâcle romaine, permet à Martin de créer un jeune Gaulois égaré dans ce tumulte. Ce principe d’exploiter les failles ou les marges de l’Histoire sera un leitmotiv du dessinateur pour tous ses albums à venir ».

La série des aventures d’Alix est aujourd’hui reconnue comme précurseur de la «bande dessinée historique». Jacques Martin tenait effectivement à la vraisemblance historique de son œuvre.

« D’abord réduites à quelques éléments (Le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines de Daremberg et Scaglio, L’Art du costume de Friedrich Hottenroth, notamment), ses sources ne vont cesser de grossir, jusqu’à atteindre la somme impressionnante de 3 000 volumes à la fin de sa vie », indique encore sa maison d’édition.

« Les thématiques de ses histoires : les enjeux de civilisation, la guerre des sexes, les conspirations, les religions, les dérives de la science, la superstition, l’onirisme, le rapport à l’animalité et bien d’autres sujets inattendus ponctuent les intrigues d’Alix », indiquait en début d’année Benoît Mouchart Directeur éditorial des Éditions Casterman, alors que cette exposition rétrospective, organisée à l’occasion du 70e anniversaire de la création d’Alix, était présentée lors du festival d’Angoulême en janvier dernier.

À Bruxelles, l’exposition qui vient de s’ouvrir, en prélude à la fête de la Bande Dessinée, propose de découvrir des dizaines de planches originales de Jacques Martin. Regroupées par thématiques, elles permettent de mieux cerner l’art de cet auteur, mais aussi certaines facettes de sa personnalité, comme son attachement au dessin des corps humains qui dans certaines planches, revêtent presque de la planche anatomique.

Un prix pour la BD historique

A propos, peut-on vraiment apprendre l’Histoire à travers la bande dessinée? « C’est en tous les cas un vecteur de communication et d’éducation de choix », estime Jean-Marc Aubry, directeur de la Fondation Cognito.

Basée à Bruxelles, cette fondation privée décerne dans le cadre de la Fête de la BD son dixième « prix de la Bande Dessinée Historique ». Le but de cette fondation est précisément de faire découvrir l’Histoire… à travers la bande dessinée.