Fondation Fournier-Majoie: dix ans de fructueuse chasse aux «mouchards»

par Christian Du Brulle

Transformer un bon résultat issu de la recherche scientifique en un kit de dépistage efficace du cancer est le crédo de la Fondation Fournier-Majoie. Cette fondation d’utilité publique située à Bruxelles, et qui vient de fêter son dixième anniversaire, a d’ailleurs enregistré quelques beaux succès. Deux tests de dépistage basés sur des biomarqueurs sont en passe d’arriver dans l’arsenal médical.

 

« Les biomarqueurs, ce sont des mouchards. Mais des mouchards qui peuvent vous sauver la vie », rappelle Jérôme Majoie, nouveau président de la Fondation Fournier Majoie (FFM). En dix années d’existence, la FFM a soutenu financièrement 14 projets de recherches en Belgique concernant essentiellement la mise au point de nouveaux tests diagnostics du cancer basés sur des biomarqueurs. Des projets issus de la recherche fondamentale auxquels il ne manquait qu’un bon coup de pouce pour évoluer vers un produit commercialisable.

 

Huit millions d’euros investis dans la recherche

 

Au total, la Fondation a investi 8,1 millions d’euros de son capital dans la recherche contre le cancer en Belgique. « Avec un souci permanent, celui de transformer aussi rapidement que possible les fruits de la recherche scientifique en outils utiles pour les patients et leurs médecins », rappelle le Dr Bernard Majoie, fondateur de la FFM. « En oncologie, l’efficacité du traitement dépend notamment de la rapidité avec laquelle la maladie est détectée ».

 

Les deux projets les plus avancés concernent d’une part un test de dépistage du cancer colorectal initialement développé à l’Université de Louvain (KULeuven) par le Pr Mazzone et d’autre part un test de dépistage du cancer du foie élaboré par le Pr Nico Callewaert, à l’Université de Gand.

 

Des tests réalisés en Angleterre

 

En ce qui concerne le dépistage du cancer du foie, le test mis au point par le Pr Callewaert et son équipe met désormais le cap sur l’Angleterre. Une licence d’exploitation y a été accordée à la société britannique Helena. « Nous attendons encore le marquage CE pour ce test », précise le Dr Callewaert. « Dès qu’il sera acquis, nous lancerons alors notre kit de dépistage en Grande-Bretagne. Le but est d’y passer le cap du test clinique. Ce pays dispose de normes parmi les plus strictes au niveau européen en la matière. Si nous validons notre test outre-Manche, tout le marché européen nous sera accessible et nous pourrons envisager de faire rembourser ce test par les services de santé ».

 

Au départ d’une simple goutte de sang, ce test permet d’identifier la signature de divisions cellulaires qui prédisposent à un cancer. Ce sont certaines protéines présentes dans le plasma, dont l’essentiel est produit par le foie, qui « signent » ce risque.

 

De Louvain à Louvain-la-Neuve

 

Même engouement du côté du kit de dépistage du cancer colorectal. Ici, c’est la start-up DNAlytics (basée à Louvain-la-Neuve) qui a prend le volet commercial en mains. Elle vient de se voir allouer 400.000 euros par la Fondation Fournier Majoie pour mettre en place, en Belgique et dès 2018, les tests cliniques destinés à valider le « ColonoKit ».

 

« Au départ d’un échantillon sanguin, ce test permet d’identifier la signature génique du cancer du côlon », explique Thibault Helleputte, CEO de DNALytics. « De quoi dépister, de manière non invasive, un éventuel problème sans passer par une colonoscopie, plus lourde pour le patient et plus chère pour la sécurité sociale ».

 

Nouvel appel à projets

 

Si ces deux projets accompagnés par la Fondation sont en passe de se transformer en outils utiles en oncologie, six autres sont en bonne voie. Ils bénéficient d’ailleurs de fonds d’extension de la Fondation.

 

Quant à l’avenir? C’est aujourd’hui qu’il se dessine. Le neuvième appel à projets de la FFM est désormais lancé. Les projets entrepreneuriaux des « chercheurs-trouveurs » en oncologie (biomarqueurs, thérapeutique, imagerie, Medtechs) sont attendus avec impatience par la Fondation.