A la découverte des grottes inexplorées

par Elise Dubuisson

Série (3) Sport et Recherche
 
Tombés dans la marmite de la spéléologie très jeunes, Sophie Verheyden et Serge Delaby y vouent une passion sans limite. À tel point que cet attrait pour les grottes et leurs écosystèmes a orienté leurs carrières professionnelles. Les deux sont… géologues !
 
« Mes parents, comme ceux de Serge, étaient passionnés par la spéléologie. Un virus qu’ils nous ont rapidement transmis en nous emmenant visiter des grottes. Les couches que j’y voyais ainsi que les failles et les plis de roches m’interpellaient. Je voulais comprendre ce que je voyais sous terre. C’est donc assez naturellement que j’ai décidé de m’inscrire en géologie au moment d’entrer à l’université« , explique Sophie, chercheuse à l’Institut des Sciences Naturelles  et collaboratrice scientifique à la VUB . Même son de cloche chez Serge, aujourd’hui attaché au service de géologie de l’Université de Mons  et spécialiste du risque karstique et minier.
 
Quand la plongée en siphon conduit au mariage
 
Mais cette passion n’a pas uniquement joué un rôle dans leur vie professionnelle… Elle s’est également immiscée dans leur vie privée.
 

Photo © N. Mouchart
Photo © N. Mouchart

« Lorsqu’on explore une grotte, il n’y a rien de plus frustrant que de se retrouver arrêté par une fosse remplie d’eau. Pendant mes études universitaires, j’ai donc décidé de prendre des cours de plongée afin de pouvoir pratiquer la plongée en siphon, c’est-à-dire l’exploration de grottes remplies d’eau« , explique Serge. « Par ailleurs, peu de personnes savent faire de la plongée en siphon, ce qui augmente les chances de découvrir de nouvelles grottes ! Ce qui est extrêmement motivant. »
 
C’est avec exactement la même idée en tête que Sophie s’inscrit au même cours et y rencontre Serge. La passion fait le reste du travail et les deux géologues-spéléologues sont aujourd’hui les parents de deux petites filles de 9 et 13 ans. Ces cours de plongée leur ont aussi permis de participer à un record du monde dans la Bärenschacht en Suisse : l’exploration d’un réseau post-siphon de plus de 40 km. « C’est le plus long «post-siphon du monde », indique Serge.
 
La nature à l’état brut
 
Pour Sophie et Serge, toute occasion est bonne pour rentrer dans une grotte ! Ils y passent d’ailleurs beaucoup de temps : leurs week-ends et leurs vacances comptent souvent de longues heures de spéléologie.
 
Mais pourquoi un tel engouement ?
 
« Tout d’abord, il y a l’excitation de la découverte d’un nouvel espace encore vierge de tout passage humain récent. Lorsqu’on découvre une grotte, on découvre la nature à l’état brut. Et ce sans devoir aller très loin de chez nous. En fait, quand on arrive dans une nouvelle grotte, on se sent l’âme des grands explorateurs du 15e siècle qui découvraient des terres vierges« , explique Sophie. « Ensuite, il y a notre côté scientifique qui reprend le dessus : chaque grotte raconte une histoire sur le massif où elle se situe et sur son fonctionnement hydrologique. Par ailleurs, savoir qu’il y a une grotte à tel ou tel endroit est une information précieuse pour la cartographie« , poursuit Serge qui travaille dans l’élaboration des cartes géologiques pour la Région Wallonne.
 
Entre travail et hobby
 
Pour Sophie, qui travaille sur les stalagmites, chaque cavité souterraine est l’occasion de trouver matière à recherches scientifiques.
 

Sophie Delaby, Archipel de Socotra Photo © S. Delaby
Sophie Verheyden, Archipel de Socotra (Yémen)
Photo © S. Delaby

« Les stalagmites fournissent de précieuses informations pour la reconstruction environnementale et climatique. De la même manière que le font les carottes de glace mais avec plus de précisions encore. Du coup, chaque exploration me procure de la matière pour mes recherches. Combiner passion et travail est extrêmement positif pour le travail car j’avais une connaissance incroyable sur le milieu avant même de commencer mes études et j’ai toujours un cadre de connaissance très large pour mes recherches hyper pointues. Ca aide énormément. »
 

Sophie Verheyden Photo © T. Urgyan
Sophie Verheyden
Photo © T. Urgyan

Tout en étant d’une aide précieuse pour son travail, la spéléologie permet aussi à Sophie de faire le vide. « Dans une grotte, les téléphones portables ne passent pas, les mails non plus… On est loin de tout, concentrés uniquement sur la grotte et ce qu’elle veut bien nous raconter de son histoire. »
 
En Belgique, en Italie, au Mexique
 
S’il y a un domaine qui permet de voyager, c’est bien la spéléo. Elle a notamment  emmené à de nombreuses reprises nos deux compères au Mexique dans la Sierra Negra mais aussi en Italie et dans d’autres régions d’Europe. Mais que l’on ne s’y trompe pas, il n’est pas nécessaire de partir loin pour faire de belles découvertes.
 

Serge Delaby,  Hotton (BE) Photo © D. Gueulette
Serge Delaby, Hotton (BE)
Photo © D. Gueulette

« Il ne faut pas forcément quitter la Belgique pour faire de belles découvertes en spéléologie. La Belgique regorge d’endroits souterrains dépaysant« , insiste Serge.
 
« L’un des points forts de ce hobby est la communauté qui l’accompagne. Si je décide de partir visiter une grotte au Japon, par exemple, il me suffit de prendre contact avec le club local pour trouver un logement et un guide. Cette communauté internationale est constamment prête à partager ses connaissances et ses expériences. En outre, les relations que l’on noue au fond d’une grotte sont vraies. Sous terre, on fait face à la faim, la soif et aux limites physiques du corps humain. Des conditions qui ne nous permettent pas de jouer un rôle, on ne peut pas tricher. Donc forcément, les liens qui s’y créent sont forts« , poursuit Sophie.
 
Très impliqués dans cette dimension communautaire de la spéléologie, Serge et Sophie font partie d’un interclub belge de spéléologie, le Groupe Spéléo Alpin Belge (GSAB)  et sont responsables du club CSARI  à Bruxelles. Des associations qui leur permettent de partir en expédition avec d’autres passionnés. Mais pas seulement ! Au sein du CSARI, ils forment également les amateurs qui aimeraient se lancer dans la spéléo.
 
« La spéléologie est avant tout une activité collective. C’est ce qui la rend encore plus enrichissante », conclut Sophie.