Le cannabis conduirait à la dépression

par Christian Du Brulle

La consommation de cannabis à l’adolescence serait liée à un risque plus élevé de dépression et de comportements suicidaires au cours de la vie adulte. Voilà ce qu’une revue de la littérature sur le sujet vient de révéler.

Alors que le dernier rapport Eurotox sur l’usage de drogues en Wallonie et à Bruxelles montre que la prévalence de l’usage de cannabis sur la vie (expérimentation du produit au moins une fois au cours de la vie) est d’environ 15% dans la population wallonne âgée de 15 à 64 ans, ce lien entre l’usage de cannabis et le risque accru de dépression interpelle.

Une drogue légale depuis octobre 2018

Un lien qui est pointé par des chercheurs canadiens. Un pays qui souffle le chaud et le froid sur l’usage du cannabis. Depuis le 17 octobre 2018 en effet, la détention et l’usage du cannabis sont devenus légaux dans ce pays. L’étude qui vient d’être menée à Montréal par des scientifiques de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé et de l’Université McGill montre que l’usage du cannabis chez les jeunes augmente le risque de voir ces consommateurs souffrir de dépression voire de se donner la mort à l’âge adulte.

Ces conclusions ont été rapportées par une équipe dirigée par la Dre Gabriella Gobbi, chercheuse en neurosciences intégratives et professeure de psychiatrie à la Faculté de médecine de l’Université McGill, à la suite d’un examen systématique et à une méta-analyse d’études internationales, comprenant 23 317 individus.

Les chercheurs ont conclu que la consommation de cannabis à l’adolescence pourrait être dommageable pour la santé mentale, même chez les jeunes qui ne présentaient pas de symptômes dépressifs avant de commencer à consommer du cannabis.

Un cerveau en développement jusqu’à 25 ans

« Peu d’attention a été portée, à ce jour, à l’analyse des conséquences de la consommation de cannabis chez les adolescents et au risque qu’ils courent de développer des symptômes dépressifs et des troubles de l’humeur, compte tenu du fait que leur cerveau est en développement jusqu’à l’âge de 25 ans », indiquent les chercheurs.

Les jeunes adultes sont une population particulièrement à risque dans ce contexte. Notamment au Canada, où le pourcentage d’adolescents consommant du cannabis est l’un des plus élevés des pays développés. « Les Canadiens ayant entre 15 et 25 ans représentent la majorité des consommateurs de cannabis de tous les groupes d’âge, soit entre 20 et 33 %, alors que plus de 20 % des adolescents des États-Unis affirment consommer du cannabis mensuellement », précisent les chercheurs.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, ces chiffres sont nettement plus bas. « La prévalence de l’usage « actuel » de cannabis (au moins une consommation au cours des 30 derniers jours) est de 3,6% dans la population wallonne en 2013. Il concerne surtout les 15-24 ans (8,4%) ainsi que les 25-34 ans (7,4%) », souligne le rapport Eurotox.

Conclusions surprenantes quant au comportement suicidaire

Les chercheurs canadiens ont analysé le risque de dépression, d’anxiété, de pensée suicidaire et de tentatives de suicide dérivant de la consommation de cannabis dont la fréquence allait de quotidienne à occasionnelle.

« L’étude suggère que le diagnostic de dépression chez environ 7 % des Canadiens et des Américains âgés de 18 à 30 ans est imputable au cannabis, ce qui signifie que 25 000 jeunes Canadiens et 400 000 Américains souffrent de dépression en raison d’une consommation de cannabis à un plus jeune âge », dit Nancy Mayo, professeure aux départements de médecine et à de physiothérapie et d’ergothérapie de l’Université McGill.

« Lorsque nous avons entrepris l’étude sur les effets de la consommation de cannabis chez les adolescents, nous nous attendions à ce que la dépression soit un facteur attribuable à la consommation de cette substance ; nous avons toutefois été très surpris de constater l’ampleur des comportements suicidaires, car nos résultats ont montré qu’un pourcentage significatif des tentatives de suicide chez les jeunes sont attribuables au cannabis », conclut la Dre Gabriella Gobbi.

Les conclusions de son étude font ressortir l’importance des démarches de prévention, axées sur la sensibilisation des adolescents aux risques liés au cannabis, tout comme l’acquisition de compétences pour résister à la pression du groupe.

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