Premiers essais dans la cour de l'Hôtel de Ville de Bruxelles
Premiers essais dans la cour de l'Hôtel de Ville de Bruxelles

Les pavés de la Grand-Place de Bruxelles sont devenus transparents

par Christian Du Brulle

Il y a un an, François Blary, Professeur d’histoire de l’art et d’archéologie à l’ULB et co-directeur du Crea-Patrimoine, le centre d’archéologie de l’Université Libre de Bruxelles, passait la Grand-Place de Bruxelles au scanner. Plus exactement, il a quadrillé avec ses collègues et ses étudiants la Grand-Place, la cour de l’Hôtel de Ville et les rues avoisinantes avec de drôles de machines : des radars de sol. Au total, un hectare urbain recouvert de pavés a été ausculté.

Plusieurs systèmes étaient mis en œuvre. Le but de l’exercice ? Tenter de discerner dans le sous-sol des structures archéologiques anciennes. Des traces d’un passé lointain, plus ancien que la place moderne actuelle, qui a été reconstruite après les bombardements du Duc de Villeroy, en août 1695.

« Par rapport à des fouilles archéologiques plus classiques, notre étude du sous-sol au moyen de radars de sol s’apparente davantage à de l’archéologie préventive », explique le scientifique. « Il s’agit également d’une démarche non destructive. »

La Grand-Place de Bruxelles, la cour de l'Hôtel de Ville et les rues voisines ont été auscultées par l'équipe d'archéologues et leur radar de sol. © François Blary
La Grand-Place de Bruxelles, la cour de l’Hôtel de Ville et les rues voisines ont été auscultées par l’équipe d’archéologues et leurs radars de sol. © François Blary

Les traces de deux fontaines retrouvées au centre de la place

Une démarche qui se nourrit aussi de multiples sources d’information : gravures anciennes, tableaux, recensement des maisons en pierre (« Steen ») présentes à Bruxelles avant le bombardement, relevés de fouilles anciennes, stratigraphie déjà établie…

C’est ainsi que deux fontaines qui devaient se trouver avant 1695 sur la Grand-Place ont retenu l’attention de l’archéologue. L’une semblait être coiffée d’une flèche. L’autre présentait cinq bassins.

Les détecteurs électromagnétiques des radars de sol utilisés par le chercheur et son équipe peuvent discerner des anomalies dans le sol jusqu’à une profondeur de 2,5 mètres. Une des technologies mises en œuvre comptait sur l’analyse des variations de la résistivité magnétique du sol pour faire parler les entrailles de la Grand-Place. Il s’agit d’une technique mise au point en 2010. L’autre misait sur la résistivité électrostatique pour détecter des structures profondes.

Ces radars ont capté une multitude de signaux au cours des trois jours de la campagne de terrain de l’an dernier.  Ils ont permis de dresser un profil du sol en 147 plans successifs. Ce qui a réservé quelques surprises aux archéologues. On y voit des trous de poteaux, des structures diverses, des puits, des canalisations connues ou non des services de travaux actuels », précise le Pr Blary.

Les chercheurs ont également retrouvé les traces de ce qui pourrait bien avoir été les deux fameuses fontaines évoquées plus haut. Elles se situaient sur un axe reliant l’Hôtel de Ville actuel à la maison du Roi. La fontaine aux cinq bassins étant quasi accolée à l’actuelle maison du Roi.

Localisation potentielle d'une fontaine datant d'avant le bombardement de Bruxelles de 1695. © François Blary
Localisation potentielle d’une fontaine datant d’avant le bombardement de Bruxelles de 1695. L’Hôtel de Ville est à gauche, en gris. © François Blary

Dans la partie haute de la place, devant les bâtiments aujourd’hui situés entre la rue de la Colline et la rue des Harengs, des structures rappelant les fondations d’une série de maisons ont été identifiées.

Une taverne oubliée

Par ailleurs, devant l’aile droite de l’Hôtel de Ville, sur la place (ou plus exactement sous la place), ce sont les soubassements d’un bâtiment qui devait être une taverne qui ont également été mis au jour virtuellement par ces radars. Une taverne qui fait écho à un culs-de-lampe visible sur cette aile de l’Hôtel de Ville et qui dépeint une scène de beuverie.

Clairement, la ville médiévale telle que révélée par les radars de sol était bien différente de celle qui a été reconstruite après les événements de 1695. Bruxelles n’a pas fini de livrer ses secrets aux archéologues. Lesquels peuvent compter sur des technologies de plus en plus innovantes pour ausculter le passé, sans le perturber. Ce qui n’est pas le cas de fouilles archéologiques classiques.

Les tracés en couleur orange trahissent l'existence de soubassements de constructions datant d'avant 1695. Dont une taverne, située devant l'aile droite de l'Hôtel de Ville ou encore une série de bâtiments au centre de la place actuelle. © François Blary
Les tracés en couleur orange trahissent l’existence de soubassements de constructions datant d’avant 1695. Dont une taverne, située devant l’aile droite de l’Hôtel de Ville ou encore une série de bâtiments au centre de la place actuelle. © François Blary
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