par Christian Du Brulle

Un loup blanc et un loup gris montrent depuis peu les crocs en plein cœur de Bruxelles. Ces deux spécimens sont en pleine chasse. Le premier s’en prend à des sangliers, l’autre a terrassé un bouquetin.

 

Bien entendu, ces animaux naturalisés ne se promènent pas en ville… même si le retour du loup dans nos régions n’est pas impossible. Les deux grands prédateurs dont il est ici question font partie de la nouvelle exposition temporaire « WoW » proposée par le Muséum de l’Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique.

 

« Et contrairement à ce que suggèrent ces deux mises en scène, les loups chassent rarement seuls », explique Vinciane Shockert, de l’unité de recherches zoogéographiques de l’Université de Liège (ULg), et conseillère scientifique de WoW (Wonders of Wildlife »). « Ils préfèrent de loin chasser en meute ».

 

Taxidermie espagnole

 

L’exposition, qui vient de s’ouvrir, est spectaculaire. Elle propose de découvrir une dizaine de mises en scène « vivantes ». Certes, les animaux naturalisés sont figés, mais ils le sont dans des positions dynamiques. Scènes de chasse, combats entre bouquetins mâles, débandade de bouquetins ibériques.

 

La plupart des animaux proviennent d’Espagne. Ils ont été naturalisés par Antonio Perez, un taxidermiste qui a travaillé avec des cirques et des zoos pour récupérer des spécimens décédés. Aucun des 50 animaux présentés n’a été tué pour l’occasion!

 

WoW n’est pas qu’une exhibition d’animaux naturalisés dans des positions surprenantes. Elle se double d’un contenu scientifique axé sur la biomécanique, l’éthologie, la conservation des espèces et des habitats.

 

Des loups en France, en Allemagne, aux Pays-Bas…

 

Dans ce contexte, la question du retour du loup n’est pas si anodine qu’il y paraît. Le grand mammifère est en progression en Europe occidentale. Les loups sont à moins de 100 kilomètres de nos frontières, affirme Vinciane Shockert (ULg) qui étudie, pour le compte du Service public de Wallonie, les mammifères « protégés et invasifs ». « Il se trouve du côté de la Moselle et de la Marne, en France. Le massif de l’Eiffel, en Allemagne, accueille des meutes. Et on le voit aussi de temps à autre aux Pays-Bas ».

 

« En Wallonie, le retour du loup n’est qu’une question d’années », estime-t-elle. « Mais avec pas mal d’inconnues. Ne fera-t-il que passer? Va-t-il s’établir? Il lui faut à la fois de vastes territoires et de la nourriture en abondance ».

 
Dans un espace naturel de plus en plus fragmenté, et de plus en plus « utilisé » par l’homme, le loup a-t-il toujours sa place à l’état sauvage ?

 

Côté nourriture, la multiplication du gibier en Wallonie ces trente dernières années lui assurerait de ne pas mourir de faim. « En ce qui concerne les biotopes disponibles, trois sous-régions pourraient l’accueillir : les Hautes-Fagnes, la forêt de Saint-Hubert, et les grands espaces boisés du côté de Florenville », explique la scientifique.

 

Faut-il dès lors avoir peur du retour du loup en Belgique? Il y a les craintes populaires souvent non-fondées et la réalité de terrain, souligne la chercheuse. En Europe, nous avons de plus en plus de mal à cohabiter avec la faune sauvage.

 

Comment réagissent les populations face au retour du loup en Europe occidentale? Ecoutez le point de vue de Vinciane Shockert (ULg).

 

 

Où sera le loup demain, dans un an, dans cinq ans ? « Nul ne le sait, nul ne peut le prédire car sa dispersion est tout sauf prévisible », conclut Vinciane Shockert.

 

L’exposition WoW est à découvrir jusqu’à la fin de l’été prochain, aux heures d’ouverture habituelles du Muséum. Exceptionnellement, elle sera aussi accessible jeudi soir, à l’occasion des « Nocturnes des musées bruxellois ».