par Christian Du Brulle

PODCAST

 
« Je ne faisais qu’obéir aux ordres »… Désormais, grâce aux travaux du Dr Emilie Caspar, spécialiste en neurosciences cognitives de l’Université Libre de Bruxelles, cette excuse n’en est plus une. Il s’agit désormais d’une réelle explication!

 

« Nos travaux ont montré qu’effectivement, une action entreprise suite à un ordre extérieur reçu donnait à nos sujets d’étude le sentiment d’être moins responsables de leurs actes », indique la scientifique, qui a étudié le comportement de quelques dizaines de personnes placées dans de telles conditions.

 

Activité neurale atténuée

 

Ses recherches, menées en collaboration avec le Pr Patrick Haggard, de l’University College London, au Royaume-Uni, montrent que cette « déresponsabilisation » engendrée par la coercition se traduisait également par une activité altérée de notre cerveau. Les tests réalisés sous encéphalographie attestent «  que la réponse neurale envers la conséquence de l’action est atténuée », indique le Dr Caspar.

 

Ces résultats sont intéressants à plusieurs titres. « En premier lieu, les individus pourraient être entraînés à se sentir plus responsables: cela pourrait leur permettre de résister aux ordres qui ne sont pas appropriés », indique la chercheuse. D’autre part, nos résultats pourraient aussi être importants pour ceux qui donnent les ordres. Si les gens qui suivent les ordres se sentent moins responsables, alors peut-être que ceux qui donnent les ordres devraient se sentir plus responsables ».

 
Par ailleurs, cette étude soulève aussi la question de l’efficacité des « ordres » donnés dans des contextes plus familiaux ou éducatifs. Si on dit à un enfant: « fais tes devoirs », seront-ils réalisés avec toute la concentration ou l’efficacité requise? Le sentiment de déresponsabilisation que cela peut entraîner ne risque-t-il pas d’être contre-productif?

 

Écoutez à ce propos les explications du Dr Emilie Caspar, qui détaille ici diverses facettes de ses recherches.

 

 

« Toute société a besoin d’un sentiment de responsabilité pour fonctionner », conclut le professeur Patrick Haggard, coauteur de l’étude. « Nous devons donc comprendre les facteurs qui influencent le sentiment de responsabilité des individus afin de pouvoir gérer ces facteurs. C’est un domaine dans lequel la psychologie et le politique se rapprochent ».