par Christian Du Brulle

Pas simple, pour un historien, de reconstituer la garde-robe des occupants de nos contrées au Moyen Âge. La période historique est longue : dix siècles. Les sources d’informations sont multiples, mais aussi disparates, et souvent « orientées ».

 

Dans le cadre de l’année médiévale 2016 de Dinant (voir ci-dessous), la Maison du patrimoine médiéval mosan de Bouvignes s’y est portant risqué. Avec « Medieval fashion », elle propose un voyage au pays du pourpoint, de la cotte et du surcot, ainsi qu’un défilé de mode d’époque, aussi didactique que fascinant.

 

Sources écrites, iconographiques et vestiges matériels

 

L’exercice n’est guère aisé. La difficulté pour les historiens réside dans les sources d’informations. Elles sont manifestement à prendre avec des pincettes.

 
« Les sources écrites et iconographiques sont éparses jusqu’au 14e siècle », explique-t-on à Bouvignes. Elles concernent le plus souvent les personnalités les plus importantes ou les plus marquantes de la société. Elles sont produites avec des objectifs particuliers. Les sources narratives ont également tendance à idéaliser », prévient-on.

 
En ce qui concerne les représentations iconographiques, c’est la même logique. « Elles n’ont pas pour objectif de représenter la réalité. Quant aux vestiges matériels, ils sont rares, et principalement issus des tombes mérovingiennes ».

 

De la tête aux pieds

 

On découvrira cependant avec intérêt quelques-unes des 236 pièces d’habillement d’époque découvertes lors de fouilles sur le site de la place d’Armes, à Namur. Dont des fragments de chaussures en cuir, des semelles, une chaussure d’enfant et des socques en bois et cuir des 15e et 16e siècles.

 

Chaussure d'enfant en cuir, (Namur) Collection SPW-DPat).

Chaussure d’enfant en cuir, (Namur) Collection SPW-DPat). Cliquer pour agrandir.

« Nous proposons également de découvrir quelques reconstitutions à l’identique de ces chaussures d’époque, cousues à l’envers puis retournées », précise Anne-Lise De Longueville, historienne des universités de Namur et de Louvain, et chargée de la coordination de l’exposition à la MPMM.

 

Les visiteurs peuvent à loisir manipuler une reconstitution moderne de cette chaussure médiévale, afin d’en découvrir les diverses parties, dont les boutons en cuir roulé.

 

Archéologie expérimentale : brun oignon ou rouge garance ?

 

Les couleurs étaient également prisées au Moyen Âge. Mais tout le monde ne portait pas les mêmes couleurs.

 

Écoutez l’historienne Anne-Lise De Longueville détailler les fondements de ce « code des couleurs ».

 

 

« Cat walk » médiéval

 

La Maison du patrimoine médiéval mosan retrace donc l’histoire du vêtement et de la mode au Moyen Âge sur base des connaissances archéologiques, historiques et iconographiques. En voici les dernières tendances.

 

  • – Au cours du haut Moyen Âge, le vêtement féminin se compose d’une tunique de lin surmontée d’une robe de lin ou de laine, souvent, de couleur vive et ornée de galons aux extrémités. Les hommes portent tunique et pantalon. Bas, manteau, éléments de parure pour les femmes, ceintures et armes pour les hommes complètent les silhouettes de cette période.
  • – Au cours du bas Moyen Âge, le vêtement est ample et long. Il contribue au développement d’une certaine gestualité mondaine. Dans le premier tiers du 14e siècle, le phénomène s’inverse. La distinction entre l’habit féminin et masculin s’impose et fait émerger des silhouettes qui évoluent et se transforment au fil du temps. L’habit se rapproche du corps pour le souligner. La partie supérieure est ajustée. Le costume masculin se raccourcit jusqu’aux cuisses tandis que les femmes conservent un vêtement long et décolleté. Un ensemble de pièces vestimentaires qui contribue à modifier l’apparence extérieure naît et se développe (bliaud, corset, pourpoint, braguette, etc.).

 

Une question de « mode » et de vocabulaire

 

Au-delà de l’histoire de l’évolution d’un dispositif vestimentaire, la « mode » définit, au cours du haut Moyen Âge, les signes d’une appartenance communautaire. Plus tard, au cours du bas Moyen Âge, le vêtement devient un moyen privilégié de faire la différence. Être à la « mode » revient à être habillé comme les puissants, ou les princes. Elle consiste donc bien en un phénomène d’imitation d’un ou plusieurs modèle(s) incarné(s) par des personnages importants ou « en vue ».

 

Reconstitution de divers habits, MPMM. (Cliquer pour agrandir)

Reconstitution de divers habits, MPMM. (Cliquer pour agrandir)

 

À propos, c’est au cours du 14e siècle que le terme « mode » (du latin modus qui signifie « manière, façon, sorte, genre ») apparaît dans la langue française. Il désigne d’abord une façon collective de vivre propre à une région ou à un groupe. Puis à la fin du 15e siècle, il se rapproche de la signification qu’il recouvre actuellement et désigne des goûts collectifs passagers.
Un mouvement qui n’est pas prêt de s’essouffler.
 

 

A Dinant aujourd’hui et… il y a 550 ans 

 

Août 1466 : le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, confie à son fils Charles, dit le Téméraire, la mission de punir la rébellion des villes liégeoises et de châtier particulièrement les insultes proférées par les Dinantais. Ceux-ci ne résistent à la puissante artillerie bourguignonne qu’une petite semaine. Ils se rendent le 25 août en fin de journée.
Les jours suivants, la cité des Copères est livrée au pillage. Un incendie embrase la majeure partie des immeubles, y compris la collégiale. Le 30 août, Dinant n’est plus que ruines fumantes.
 

À l’occasion du 550e anniversaire de cet événement dramatique de l’histoire de Dinant, un programme d’activités dense et varié, s’appuyant sur des initiatives locales portées par de très nombreux partenaires, a été élaboré autour de 1466, mais aussi et surtout du riche passé médiéval de la cité mosane. Dont l’exposition « Medieval Fashion », à découvrir à Bouvignes.