par Christian Du Brulle

Ce samedi, sept universités du pays lancent une grande opération humanitaire originale : le « Mapathon ». Lors de cette journée, il n’est pas question de chanter, de vendre des petits objets pour récolter de l’argent, ni de lancer des appels à dons.

 

Ce que les départements de géographie de l’ULB, de l’ULg, de l’UCL, de l’UNamur mais aussi des universités de Louvain, de Gand et de Bruxelles (VUB) proposent, c’est de former un maximum de volontaires à la cartographie numérique.

 

« Après une présentation du Mapathon et de ses objectifs, les volontaires vont compléter ou réaliser de véritables cartes numériques destinées à faciliter le travail de terrain d’associations humanitaires comme la Croix-Rouge ou Médecins sans Frontières » précise le Pr Eléonore Wolff, géographe, à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

 

Formation à l’utilisation d’outils en libre accès sur le web

 
Souvent, ces organisations ne disposent pas de cartes précises et fiables de la région où elles entrent en action. Tout simplement parce que de telles cartes n’existent pas encore ou qu’elles ne sont pas librement accessibles.

 

« Ce que nous proposons lors du Mapathon, c’est de réaliser une carte pour une région déterminée, au profit de ces organisations. Et vu le côté très opérationnel de ce Mapathon , il s’agira de cartographier une zone où une action de terrain est sur le point d’être lancée », précise la géographe.

 

Kibera 2, bidonville de Nairobi, carte collaborative
Kibera 1, bidonville de Nairobi

 

Concrètement, dans chaque université participante, une courte initiation à l’utilisation d’un logiciel de cartographie en accès libre, « OpenstreetMap » (OSM), va être donnée aux volontaires.

 

OpenStreetMap (OSM) est une carte libre du monde qui permet de voir, d’éditer et d’utiliser des données géographiques de façon collaborative n’importe où sur la Terre.

 

Samedi, les volontaires du Mapathon vont se concentrer sur une sous-région très précise, en zoomant sur une image satellitaire. Leur travail va notamment consister à identifier des structures sur le terrain: des bâtiments par exemple, ou encore des routes d’accès.

 
Gagner du temps et de l’efficacité sur le terrain

 
Dans les zones où de telles cartes n’existent pas, les organisations humanitaires doivent prendre leurs renseignements auprès de la population locale. Pour savoir comment rejoindre un village, elles se rendent d’abord à la gare routière et interrogent les chauffeurs de taxi sur les itinéraires possibles, la durée habituelle du trajet, la praticabilité des routes et des pistes, les alternatives. Si ces organisations disposent de cartes, le gain de temps est évident.

 

De même, s’il s’agit d’une campagne de vaccination à grande échelle, disposer de cartes précises permet d’identifier les zones d’actions prioritaires, la localisation de l’habitat, etc. « Et cela ne concerne pas que les zones rurales », précise le Dr Wolff. « Dans de grandes villes aussi, comme Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, où on assiste à un développement urbain continu, de nouveaux quartiers sortent du sol. Ils sont loin d’être immédiatement cartographiés. Ce qui peut poser des problèmes lorsque, par exemple, une épidémie survient ».

 

Combler les trous grâce au réseau de « Missing Maps »

 

Le projet initial pour ce samedi était de travailler sur une carte du Swaziland. Comme il s’agit d’une véritable opération en lien avec les urgences du moment de la Croix-Rouge et de Médecins Sans Frontières, la portion de territoire qui doit être cartographiée ne sera connue qu’au début de l’opération. L’objectif est de compléter la cartographie libre d’OSM pour une zone identifiée par le projet Missing Maps.

 

Missing Maps est un projet mondial mené par l’ONG Humanitarian Openstreetmap Team qui depuis 2014 a pour objectif de créer et de fournir des cartes détaillées et à jour lors des crises humanitaires grâce à un réseau mondial de volontaires, en collaboration avec les organisations humanitaires et les acteurs de terrain.

 

Depuis 2014, près de 7 000 personnes dans le monde ont déjà contribué à ce type d’opération, en traçant près de 2 500 000 maisons et plus de 200 000 routes !