par Christian Du Brulle

Des incunables, des livres rares, des ouvrages anciens: la bibliothèque universitaire Moretus Plantin, à Namur, propose actuellement de découvrir quelques ouvrages de sa nouvelle réserve précieuse.

 

Parmi ceux-ci, on pointera tout particulièrement un exemplaire des « Principia Mathematica Philosopiae Naturalis » (1687) d’Isaac Newton ou encore ce « Discours de la Méthode » de René Descartes, imprimé à Paris en 1668.

 

Eviter tout risque de perte

 

Ces ouvrages, comme les 4.000 autres conservés dans la nouvelle réserve précieuse de la bibliothèque ont une histoire assez surprenante.

 

En 2012, l’Université de Namur (UNamur) s’est en effet vu confier 600 000 ouvrages par la Compagnie de Jésus, dont 35 000 livres anciens provenant de la bibliothèque du Collège philosophique des jésuites installé jadis à Egenhoven, non loin de Louvain, dans le Brabant flamand.

 

Une illustration dans un texte juridique? L'initiative est peu banale: ici, la Constitution belge de 1830. (Cliquer pour agrandir)

Une illustration dans un texte juridique? L’initiative est peu banale: ici, la Constitution belge de 1830. (Cliquer pour agrandir)

Les 4.000 ouvrages qui bénéficient d’une protection particulière, (ceux versés dans la fameuse nouvelle réserve précieuse) le sont parce qu’ils sont exceptionnellement rares, voire de petites tailles, et que les gestionnaires initiaux voulaient ainsi les protéger de tout risque de perte.

 

Devant l’urgence de procurer à ce précieux trésor un lieu de conservation adéquat, l’Université a lancé un appel aux mécènes. Le Fonds Baillet-Latour, l’Institut Moretus Plantin et la Compagnie de Jésus ont ainsi mis la main au portefeuille. Un nouvel espace parfaitement adapté à cette collection a été aménagé à la bibliothèque universitaire. Ce sont quelques-uns de ces ouvrages, parmi les plus remarquables, qui sont exposés pendant un mois.

 

La géométrie de la vision selon « La Dipotrique », de René Descartes

 
L’ouvrage de René Descartes retient le regard. Et pour cause, il porte sur la dioptrique, un des essais de sa « Méthode ».

 

"La dioptrique", par René Descartes.

« La dioptrique », par René Descartes. (Cliquer pour agrandir)

 

« Avec son traité « La Dioptrique », publié comme première application du Discours de la Méthode, soit une trentaine d’années après la création du télescope et après l’observation de la Lune par Galilée, Descartes propose une interprétation naturelle et géométrique de la vision, de la lumière et des couleurs ainsi que des erreurs de la vue, dans le but de perfectionner les instruments de vision et de reconnaître les valeurs scientifiques de ce qu’ils permettent d’observer », indique Nicolas Monseu, du département de Philosophie de l’UNamur, à propos de cet ouvrage.

 
La signification de la vision dans l’existence humaine

 

« Descartes explique ici la vision par une étude de la manière dont les rayons entrent dans l’œil, sont détournés par les divers corps qu’ils rencontrent et s’y disposent ‘pour causer le sentiment de la vue’ ».

 

La description de l’anatomie de l’œil et de son fonctionnement, de la formation d’une image ou d’une peinture au fond de l’œil et de la transmission de l’image vers le cerveau est un moment décisif de la science et de la philosophie du XVIIe siècle », précise Nicolas Monseu. « C’est également une étape indispensable à toute pensée contemporaine qui cherche à appréhender la signification de la vision dans l’existence humaine et de ce que voir veut dire ».

 

Un « atlas curieux » de 1725

 

D’autres ouvrages illustrés ne manqueront pas de retenir l’attention des visiteurs. Par exemple cet « Atlas curieux » de 1725 publié à Paris, encore intitulé « Le monde représenté dans des cartes générales et particulières du ciel et de la Terre divisé tant en ses quatre principales parties que par les Etats et provinces ».

 

"Atlas Curieux", publié à Paris. (Cliquer pour agrandir)

« Atlas Curieux », publié à Paris. (Cliquer pour agrandir)

 

Sur cette carte générale où on peut lire que « Quelques Geographes ont placé icy des grandes terres et des Royaumes jusques a present Inconnus ».

 

Un autre document, datant 1714, nous rappelle qu’à l’époque l’Europe incluait la « Moscovie », laquelle avait comme voisines la « Grande Tartarie » ou encore la Suède, qui s’étendait alors largement sur l’actuelle Finlande.

 

Une "Mappe Monde" de 1714 : un voyage dans le temps autant que dans l'espace.

Une « Mappe Monde » de 1714 : un voyage dans le temps autant que dans l’espace.

 

Quant à l’Atlantique, il se résumait en une « Mer du Nord » et une « Mer Meridionale ». Un vrai voyage dans le temps et dans l’espace!

 

L’exposition est accessible à la Bibliothèque Moretus Plantin de l’Université de Namur, rue Grandgagnage19, tous les jours sauf le dimanche, de 9h à 17 heures, jusqu’au 24 juin.