par Daily Science

Série (4 et fin) / Sciences en vacances

 

Au cours des deux mois d’été, les aéroports tournent à plein régime. Le nombre de « mouvements d’avions » est en hausse. En 2015, rien qu’à l’aéroport de Bruxelles, ce sont quelque 23,5 millions de passagers qui y ont transité.

 

« Brussels Airport relie la capitale européenne à 226 destinations. Ces liaisons étant opérées par 77 compagnies aériennes », précise le site de l’aéroport, qui indique aussi que cette même année, 489.303 tonnes de fret ont transité par le hub aérien Brucargo. Et on ne parle pas ici des avions militaires de transport, également basés le long des pistes.

 

Le trafic aérien devrait encore doubler d’ici 20 ans

 
Ces avions génèrent bien entendu du bruit. Les Bruxellois et les habitants de la périphérie en savent quelque chose. Ce qu’ils ignorent peut-être, c’est que ce bruit est également néfaste… pour leur cœur.

 

Voici peu, lors de la réunion « EuroPRevent 2016 », organisée en France par la Société Européenne de Cardiologie, le Dr Marta Rojek, chercheur à l’Université Jagiellonian Medical College de Cracovie, en Pologne, a détaillé l’impact du bruit aéroportuaire sur la santé des riverains.

 

« Le volume du trafic aérien ne cesse de grimper depuis les années 1960 » a rappelé le Dr Rojek. « Selon l’Organisation de l’aviation civile internationale, il y avait 64 millions de décollages et d’atterrissages en 2013 et ce chiffre devrait doubler dans les 20 prochaines années.»

 

Le bruit élevé engendre de l’hypertension

 

«La croissance soutenue du trafic aérien et de l’expansion des aéroports, ainsi que le développement des zones résidentielles à proximité des aéroports, expose toujours davantage de personnes au bruit des avions. Un bruit qui est susceptible d’augmenter le risque d’hypertension artérielle, en particulier la nuit, et d’hospitalisation pour les maladies cardio-vasculaires ».

 

L’étude présentée par la chercheuse visait à évaluer l’impact du bruit des avions sur le développement de l’hypertension et des dommages associés à certains organes: comme la rigidité de l’aorte, la masse et l’efficacité du ventricule gauche.

 

Elle comprenait 201 adultes choisis au hasard âgés de 40 à 66 ans qui avaient vécu pendant plus de trois ans dans une zone avec un bruit aérien élevé ou faible. Parmi ceux-ci, 101 personnes ont été exposées à un bruit aérien de plus de 60 décibels (dB) en moyenne. Les autres témoins étaient eux exposés à un bruit du même genre, mais de moins de 55 dB en moyenne. Ce second groupe a servi de groupe de contrôle.

 

Trop de décibels font raidir l’aorte

 

Les chercheurs ont découvert que le groupe qui vit dans une zone où le bruit aérien est élevé présentait plus de cas d’hypertension que celui qui vivait dans une zone à faible bruit (40% contre 24%). Ils présentaient aussi une tension systolique plus élevée (146 par rapport à 138 mmHg) et une pression diastolique (89 contre 79 mmHg) plus importante par rapport au groupe témoin.

 

Quand ils ont examiné les indicateurs de dommages aux organes, les chercheurs ont constaté que ceux qui ont vécu dans la zone de bruit élevé avaient tendance à présenter une aorte plus rigide et une plus grande masse ventriculaire gauche.

 

« Nos résultats suggèrent que vivre près d’un aéroport pendant trois ans ou plus est associé à un risque accru d’hypertension artérielle et l’hypertension», résume Mme Rojek. «Ces changements peuvent alors conduire à des lésions de l’aorte et du cœur. Ce qui pourrait augmenter le risque de crise cardiaque », conclut-elle.