par Daily Science

Le réchauffement global doit-il faire craindre davantage d’épisodes d’inondations en Ardenne ou au contraire, va-t-il les limiter? Coraline Wyard, doctorante au Laboratoire de Climatologie de l’Université de Liège (ULg) vient de se pencher sur la question.

 
La jeune chercheuse, qui entame sa troisième année de doctorat, a passé les données disponibles portant sur les 50 dernières années à la moulinette du modèle climatique liégeois MAR (‘Modèle Atmosphérique Régional’). Son constat: la diminution de la couche neigeuse en Ardenne limite les risques d’inondations. Du moins en ce qui concerne l’Ourthe, la rivière qui lui a servi d’objet d’études et qui se jette dans le Meuse à Liège.

 

Moins de neige mais davantage de pluies

 

« Le modèle a été capable de détecter plus de 90 % des périodes durant lesquelles il y a effectivement eu des inondations, indique Coraline Wyard. «Notamment la double crue de janvier 2011. »

 

Son étude a déjà fait l’objet d’une publication en septembre dernier. Elle montre que les conditions climatiques favorisant les inondations hivernales ont diminué en Ardenne au cours de ces cinquante dernières années. La diminution de la couverture neigeuse en est la principale explication.

 

Mais cette raréfaction de la neige n’est-elle pas contrebalancée par davantage de précipitations pluvieuses?

 

En Ardenne, près de 70% des débordements de rivières surviennent en hiver. « Si la moitié de ces inondations est causée par le seul effet d’abondantes précipitations, l’autre moitié, les inondations les plus dramatiques, survient lorsque l’eau issue de la fonte rapide du manteau neigeux recouvrant l’Ardenne se combine à de fortes pluies », indique-t-on à l’ULg.

 

Un enneigement plus tardif

 

Au cours de la période 1959-2010, les tendances montrent une diminution significative du nombre de jours favorables aux inondations causées par la combinaison fonte de la neige/pluie. « Cela s’explique par une diminution significative des épaisseurs de neige accumulées en Ardenne, du nombre de jours avec accumulation de neige au sol mais aussi par un raccourcissement de la saison d’enneigement », commente Xavier Fettweis, coauteur de l’étude et chercheur qualifié (FNRS ) au sein du Laboratoire de Climatologie.

 

« Celle-ci commence de plus en plus tard au fil des ans. Pour ce qui est du deuxième type d’inondations, celles générées uniquement par de fortes pluies, le nombre de jours qui y est favorable présente une petite augmentation sans toutefois être significative.» 

 

Une fin de siècle plus humide en Ardenne

 

Ces travaux permettent-ils de prévoir l’évolution du risque d’inondations hivernales en Ardenne dans le futur? « Nous n’avons pas fait de simulations à ce propos », concède Coraline Wyard. « Par contre, au vu de nos résultats actuels, nous pouvons, par extrapolation, raisonnablement penser que dans un premier temps, les conditions climatiques favorisant les inondations en Ardenne devraient être moins souvent rencontrées à mesure que la neige se raréfie. Cependant, dans un second temps, l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des précipitations extrêmes devrait compenser la raréfaction de la neige, si bien qu’à la fin du 21e siècle, il devrait y avoir autant, si pas plus, de périodes favorables aux inondations ».