par Christian Du Brulle

La plus célèbre des momies précolombiennes des Musées royaux d’Art et d’Histoire, qui avait inspiré Hergé, le dessinateur de Tintin, notamment pour son album « Les sept boules de cristal », vient de passer au CT-scan des Cliniques Universitaires Saint-Luc. Son étude fait partie d’un nouveau projet de recherche mené au Musée et par une doctorante de l’UCL: Caroline Tilleux.

 

« Rascar Capac » dessiné par Hergé dans l’album des aventures de Tintin « Les sept boules de Cristal » © Hergé-Moulinsart 2017 (Cliquer pour agrandir)

« Rascar Capac » dessiné par Hergé dans l’album des aventures de Tintin « Les sept boules de Cristal » © Hergé-Moulinsart 2017 (Cliquer pour agrandir)

Sur les sept momies précolombiennes du musée, une seule est exposée. Baptisée « Rascar Capac » par Hergé, elle est aussi la seule à avoir un nom. Les autres pièces étant uniquement identifiées par un numéro.

 

En Belgique depuis 1868

 
«Après avoir fait subir de tels examens d’imagerie médicale aux momies égyptiennes du Musée, nous avons décidé d’étudier de la même manière nos momies précolombiennes dans le cadre du projet IRAM (Interdisciplinary Research Andean Mummies)», indique le Dr Serge Lemaître, archéologue et conservateur des collections « Amériques », au Musée du Cinquantenaire. « Ces examens peuvent nous en apprendre beaucoup sur ces momies, sans leur causer le moindre dommage. »

 

Rascar Capac est en Belgique depuis 1868, comme en atteste sa fiche manuscrite, rédigée assez laconiquement à l’époque. « Momie sans enveloppe, les mains ramenées sur les épaules, les jambes repliées. Déterrée à Arica, Pérou ». Sur les fiches suivantes, le nom du pays a changé. La ville se trouvant aujourd’hui au Chili…

 

Rascar souffre d’arthrose

 
« En réalité, nous ne savons pas grand-chose d’autre à son sujet », souligne le scientifique. « Cette momie avait déjà fait l’objet d’une première étude dans les années 1990. Celle-ci avait révélé qu’elle souffrait d’arthrose ».

 

Analyse de la momie aux Cliniques Saint-Luc (UCL). © Thomas Wilski – KMKG-MRAH – CUSL (Cliquer pour agrandir)

Analyse de la momie aux Cliniques Saint-Luc (UCL). © Thomas Wilski – KMKG-MRAH – CUSL (Cliquer pour agrandir)

 

« Avec les images 3D obtenues au CT-Scan double énergie des cliniques St-Luc, nous espérons en apprendre davantage sur leur âge au décès », souligne l’archéologue Caroline Tilleux, qui prépare une thèse à l’UCL sur les momies égyptiennes du Cinquantenaire et qui s’intéresse également aux momies précolombiennes. « Nous aimerions aussi pouvoir déterminer leur sexe, les dater, déterminer la culture à laquelle elles appartenaient ».

 
Les nouveaux examens médicaux pourraient aussi permettre de découvrir la cause possible de leur décès, d’identifier les maladies ou les carences qui ont pu les affecter, voire, en analysant leurs dents, révéler leur régime alimentaire.

 
Une étude qui porte aussi sur les rites funéraires

 
Pour tenter de répondre à ces questions, les archéologues du Musée du Cinquantenaire ne vont pas se limiter au seul examen d’imagerie par CT-Scan. Ils vont également soumettre les momies à diverses analyses physico-chimiques, mais aussi étudier les textiles qui les emballent et qui forment un « ballot funéraire ».

 

Les rituels funéraires peuvent eux aussi être identifiés (position corporelle, méthode d’inhumation, matériel associé). Ce qui constitue une autre source d’information précieuse.

 
Momification naturelle

 
Le processus de momification sera mis en évidence. « L’ensemble de ces individus sont des momies naturelles, mais résultant d’un acte volontaire et prémédité. Elles ont été déposées dans un environnement climatique et géologique assurant la dessiccation corporelle et stoppant dans un même temps la décomposition naturelle du corps », expliquent les chercheurs. Certains procédés spécifiques ajoutés à ces circonstances environnementales peuvent dans certains cas venir parachever ce processus naturel (fumigation,…).

 
Découvrez dans ce film présentant le projet de recherche IRAM ce que les chercheurs entendent par « momification naturelle ».

 

« Recourir tant aux sciences humaines qu’aux sciences exactes sera nécessaire afin de mieux comprendre ces vestiges archéologiques atypiques », concluent les archéologues, qui bénéficient du coup de pouce de la Fondation Roi Baudoin (Fonds Jean-Jacques Comhaire) pour leurs travaux, ainsi que de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique.