par Christian Du Brulle

« C’est quasi une enquête policière, une enquête de police scientifique ». Le Dr Veerle Rots, Chercheuse qualifiée du F.R.S.-FNRS attachée au service de préhistoire de l’Université de Liège (ULg), n’a pas d’autres mots pour décrire les résultats de la recherche internationale à laquelle son service a été associé. Il s’agissait ni plus ni moins de retrouver des traces du passage d’êtres humains dans une grotte en se basant sur des traces… invisibles.

 

« Le projet concernait plus exactement une série de grottes réparties en Europe et en Russie, dont le Trou Al’Wesse, en province de Liège », précise l’archéologue.

 

Indices à Modave, sur la rive droite du Hoyoux
 
Une histoire de crime? Pas du tout!  Mais, le travail des scientifiques de ce projet piloté par les chercheurs de l’Institut Max Planck d’anthropologie de l’évolution de Leipzig (Allemagne) ressemble à celui de leurs collègues de la police envoyés sur le lieu d’un crime.
 

Dans un cas comme dans l’autre, ces spécialistes recherchent des traces d’ADN. Dans le cas des fouilles au Trou Al’Wesse, mais aussi dans celles de El Sidron, en Espagne, de Caune de l’Arago en France ou encore de Denisova, en Russie, ils n’ont pas travaillé sur des fossiles humains, mais sur des sédiments. Et c’est là toute l’originalité de leur démarche.

 

 

Identification de traces d’ADN dans les sédiments

 

« Le site du Trou Al’Wesse est situé dans la commune de Modave, sur la rive droite du Hoyoux, une rivière qui se jette dans la Meuse à hauteur de Huy. Il est fouillé depuis des années par les chercheurs de l’ULg », rappelle le Dr Rots. « Il est connu pour avoir été occupé à de multiples époques par des êtres humains. Des pièces de toutes sortes y ont été découvertes, mais pas de fossiles néandertaliens ». 

 

« Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas fréquenté les lieux », souligne la chercheuse dont l’article scientifique relatant ces travaux et cette découverte est signé par sa collègue de l’ULg, le Dr Miller, malheureusement décédée avant la publication.

 

« L’objet de ces travaux était de déterminer si on pouvait extraire des fragments d’ADN ancien de sédiments », précise Veerle Rots. « Et de tenter de les identifier comme étant d’origine humaine. C’est ce que le projet a réussi à démontrer. Nous pouvons donc, techniquement, identifier des fragments d’ADN humain préhistorique dans des sédiments ».

 

Nouvel éclairage sur la transition paléolithique moyen/supérieur

 

Pour l’archéologie, ces travaux risquent d’avoir des implications majeures. Les fossiles néandertaliens sont peu nombreux. « Si nous pouvons, à l’avenir, identifier le passage de ce cousin de l’Homme moderne dans des sédiments et les dater, cela pourra nous apporter de précieux renseignements sur ce qui s’est passé entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur,  une période qui a marqué la transition entre Neandertal et l’Homme moderne ».

 

« Ces nouvelles données pourraient aussi nous éclairer sur les diversités génétiques des populations de ces époques lointaines. Au Trou Al’Wesse, où des fouilles sont toujours en cours, nous avons déjà observé plusieurs niveaux d’occupation. Mais comme nous ne disposons pas des fossiles humains, cette technique va nous permettre d’avancer dans ce domaine. Même s’il reste des inconnues à ce stade. L’ADN migre-t-il d’une couche archéologique à une autre ? Pour l’instant, nous n’en savons rien. Mais les perspectives sont intéressantes ». 

 

« D’autant que la Wallonie reste une zone très importante pour l’étude de cette période de transition », rappelle, en guise de conclusion, la scientifique, qui dirige le Traceolab, au service de préhistoire de l’ULg.