par Camille Stassart

SERIE (4/5) Recherche en Hautes Ecoles

 
En milieu psychiatrique, il peut être nécessaire, à certains moments, de limiter la mobilité des patients. Dans le jargon, on parle de « contention ».

 

« Cette technique permet de contenir les patients psychiatriques quand ils sont en crise » explique Roland Pollefait, sociologue à la Haute Ecole de Bruxelles-Brabant (HE2B).

 

Il en existe trois types :
 

  • – La contention mécanique qui consiste à sangler le patient à un lit, dans une salle de mise à l’isolement
  • – La contention chimique qui vise à apaiser le patient en lui administrant une dose plus élevée de médicaments
  • – La contention physique qui a pour de but de contenir directement le corps du patient

 

Avec le psychopédagogue François Gillet, Roland Pollefait a participé à la mise sur pied du Centre d’Études et de Recherches sur les Interventions Socio-Éducatives (CERISES), au sein de la section d’éducation spécialisée de l’Institut Pédagogique Defré (HE2B).

 

Dans ce cadre les deux chercheurs ont développé le projet TARPI, financé par le programme européen Leonardo. Ce projet étudie les alternatives à la contention et à l’isolement en milieu psychiatrique. Une problématique explorée à la demande du secteur.

 

Prévenir les crises des patients

 

« Notre cherchions à mettre en évidence des moyens de prévention de crises des patients, pour ainsi éviter les pratiques de contention », souligne François Gillet. « Ces méthodes sont clairement mal vécues, tant du côté du patient que du côté du personnel ».

 

Les deux chercheurs ont collaboré avec trois hôpitaux (à Bruxelles, Ettelbrück au Grand-Duché de Luxembourg, et La Haye, aux Pays-Bas) pour analyser les pratiques développées sur place.

 

« Nous partions de l’hypothèse que les pratiques alternatives existaient déjà et qu’il fallait davantage les légitimer, les conceptualiser, et surtout les partager » résume le sociologue.

 

Apprendre des professionnels pour former les professionnels

 

« Et nous avons effectivement pu nous rendre compte que les professionnels appliquaient de façon informelle des techniques prévenant la montée de la crise », précise François Gillet, le coordinateur de CERISES. « Ils faisaient parfois preuve d’humour pour désamorcer une situation. Ou bien ils prenaient simplement le temps d’écouter et de rassurer le patient. »

 

L’objectif final de TARPI a été d’organiser des modules de formation. Ils ont permis au personnel soignant impliqué dans le projet de transmettre ces alternatives à leurs collègues. À travers des exercices pratiques, les professionnels ont appris à mieux interagir avec le patient. L’élément central des alternatives résidant dans la considération du patient comme un sujet.

 

Théoriser le savoir-faire informel

 

Partir du terrain afin de conceptualiser et de théoriser le savoir-faire informel : telle est la méthodologie du projet TARPI.

 

« Au niveau épistémologique, nous faisons ici surtout de la recherche inductive et de terrain. De plus, nos projets se font souvent à la demande des professionnels. C’est ce qui nous différencie le plus des universités », estime Roland Pollefait.

 

Une autre différence de cette recherche appliquée menée en Haute Ecole réside dans l’importance accordée à l’enseignement. « 20 % de mon temps de travail est aujourd’hui consacré à la recherche », dit-il encore. « L’idéal serait plutôt un mi-temps. Mais l’important reste d’entretenir un mouvement de va-et-vient entre la recherche et la formation. Il faut maintenir un tel équilibre ». Dans ce cadre, les Hautes Ecoles peuvent compter sur l’appui de SynHERA, le réseau « Synergie entre les Hautes Écoles et les Entreprises pour la Recherche Appliquée ».

 

Une idée partagée par son collègue : « À quoi cela sert-il de faire de la recherche si ce n’est pas pour réinjecter ses connaissances dans la formation ? J’aime assez la position d’enseignant-chercheur en Haute Ecole car à travers nos recherches nous pouvons évaluer les besoins sur le terrain. Et mieux former les étudiants à cette réalité », conclut François Gillet.