Un outil pour évaluer le bien-être des citoyens

par Laetitia Theunis

Et vous ? Dans votre commune ou votre ville, qu’est-ce qui contribue le plus à votre bien-être ? La proximité des espaces verts et biodiversité ? L’accessibilité aux personnes à mobilité réduite ? La gestion des infrastructures de sécurité routière ? Ou encore les conditions de mobilité et de mobilité douce ? Chacune des 20 cartes disposées sur la table est représentative d’une dimension du bien-être, tel que défini en 2014 par une étude de l’IWEPS (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique ).

Une réflexion collaborative

Dans une salle du premier étage du Val-Benoît, à Liège, une dizaine de tables accueillent chacune de 6 à 8 participants au Smart Inspiration Day. Parmi les 3 ou 4 indices de conditions de bien-être qu’il a tiré au sort, chaque participant à l’atelier doit établir quel est le plus important à ses yeux. Ensuite, démarre la partie collaborative. Les personnes autour de chaque table doivent décider ensemble quelle est la dimension commune la plus importante, puis celle qui la suit, etc. Rien n’est simple. Chacun a ses marottes.

Pour Pascal, habitant d’Enghien, c’est la mobilité. « La voiture a pris tout l’espace en ville, c’est le plus gros problème. Il y a pas moins de 4000 voitures de navetteurs tous les jours,  ça pourrit tout le reste». Pour d’autres, les aspects culturels, de pollution de l’air, d’urbanisme pour lutter contre l’étalement urbain prévalent sur les automobiles. « La santé n’est-elle pas prioritaire sur tout ? » interroge l’un des participants, venant de Mons. Les échanges sont longs et argumentés. Les thèmes les plus englobants sont choisis comme prioritaires. C’est ainsi que se construit, petit à petit, la pyramide du bien-être en environnement urbain ou rural.

Ensuite, les participants sont appelés à juger où se situe concrètement leur commune par rapport à un indice de bien-être choisi. «  Cela permettra aux communes qui utiliseront notre outil qualitatif auprès de leurs citoyens de voir l’évolution dans le temps du ressenti de ces deniers par rapport à un indice de bien-être donné », explique Lara Vigneron. En effet, le public cible de cet outil dénommé Feel Good Toolkit – fraîchement disponible et téléchargeable gratuitement – est constitué des 262 villes et communes wallonnes. Le but final est de faire adhérer les citoyens au déploiement des nouvelles technologies dans la vie publique. Utilisées pour concourir à leur bien-être, bien entendu.

Amélioration itérative de l’outil

L’outil a précédemment été testé au cours de trois ateliers citoyens participatifs. Le premier s’est déroulé à Juprelle, en mai 2018. Le second, à Arlon en mars 2019 et le dernier à Aubange, quelques semaines plus tard. « Cela nous a permis d’améliorer l’outil de façon itérative. Suite à l’animation de ce matin (au Smart Inspiration Day) et aux remarques des participants, des modifications supplémentaires vont aussi y être apportées », précise Lara Vigneron, chercheuse au sein du Wallonia e-health Living Lab (WeLL). Avec trois autres chercheurs – deux de l’ULiège et un du WeLL -, elle fait partie du quatuor qui a conçu le kit.

Jonathan Pardo, expert living-lab, travaille à sa présentation et à sa diffusion. Il précise et résume l’utilité de l’outil

 

L’usage des nouvelles technologies pollue

Et les technologies et objets connectés dans tout ça ? Sont-ils utiles pour améliorer le bien-être des citoyens ? Sont-ils acceptables, notamment en termes d’éthique, pour chacun des indices de bien-être? Les participants sont appelés à se positionner par rapport à des définitions relativement floues, comme l’usage de « technologies portables » pour améliorer le bien-être, par exemple, lié à la pollution atmosphérique.

Si tous les participants s’accordent sur l’importance capitale de l’environnement, reste que les technologies et autres objets connectés sont loin d’avoir une empreinte carbone nulle. Leur production nécessite moult ressources dont certaines sont critiques ; la gestion de leur fin de vie n’est toujours pas résolue tandis que leur utilisation est gourmande en énergie.

En 2017, dans son rapport « Click clean », Greenpeace chiffrait déjà la consommation électrique de la globalité du secteur IT à 7 % de l’appétit mondial. Et prévoyait un triplement d’ici 2020. Ces aspects intimement liés au cycle de vie des technologies et objets connectés ne sont pas abordés dans l’animation et mériteraient pourtant de l’être. Et ce, afin de donner à chacun les connaissances nécessaires pour juger de l’acceptabilité d’une technologie visant, par exemple, à s’inscrire dans la lutte contre les changements climatiques.

Dans ce monde globalisé, n’oublions pas qu’à chaque fois que l’on surfe sur facebook, que l’on fait une requête dans google ou qu’un capteur portatif diagnostique une pollution de l’air rue de la loi, cela émet des gaz à effet de serre et souille l’atmosphère. Et cela, en partie à cause de l’énergie consommée pour refroidir les énormes « Data farms » recevant et stockant, entre autres, les données belges. Attention au serpent qui se mord la queue…

Le développement du Feel Good Toolkit s’inscrit dans le Projet LIV-Multitel, financé à hauteur de 1,5 million d’euros – 600 102.18€ pris en charge par le FEDER et 525 089.42€ financés par la Wallonie -. Il a débuté en mars 2016 et se clôturera fin 2020. Lui-même fait partie du porte-feuille de projets Wal-e-Cities dont l’objectif est de « faire de la technologie un vecteur d’accès pour répondre aux défis des villes wallonnes, dans une philosophie de “Smart Region”, en matière de mobilité, d’énergie et d’environnement, de gouvernance et de cadre de vie. »

photos © Laetitia Theunis

 

 

 

 

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