Marc Abrahams est le maître de cérémonie des Prix IgNobel

IgNobel : la science qui fait rire et ensuite réfléchir

par Christian Du Brulle

Pourquoi glisse-t-on si facilement sur une peau de banane? Que se passe-t-il dans le cerveau des gens qui identifient le visage de Jésus sur une tranche de pain grillée? Que pensent les rennes du Svalbard lorsqu’ils voient passer des humains déguisés en… ours polaires? Ces questions pour le moins étonnantes ont été étudiées par de véritables chercheurs. Et leurs résultats ont effectivement été publiés dans de vrais journaux scientifiques.

 

Absurde? Pas pour l’Association pour la recherche improbable (AIR), aux Etats-Unis. Chaque année depuis un quart de siècle, à Harvard, cette association se saisit de ces publications et leur décerne ses propres prix : les prix “IgNobel”.

 

Avec la complicité de véritables lauréats du prix Nobel

 

La 24e cérémonie de IgNobel vient d’avoir lieu à Harvard. Plus d’une heure et demie de spectacle, de commentaires et d’éclats de rire ont fusé d’un public nombreux, des lauréats de l’année, mais aussi de véritables prix Nobel, tels Carol Greider (Nobel de Médecine en 2009), Eric Maskin (Nobel d’Economie en 2007) ou encore Frank Wilczek (Nobel de Physique en 2004). Ceux-ci sont généralement chargés de remettre en mains propres les IgNobel aux lauréats de l’année.

 

« Notre but est bien sûr de repérer dans la littérature scientifique des articles étonnants, qui font sourire, voire franchement rire », explique Marc Abrahams, instigateur des prix IgNobel et maître de cérémonie. « Mais dans un second temps, notre but est aussi de faire réfléchir, notamment sur l’intérêt de la recherche scientifique et son implication dans notre vie quotidienne », expliquait-il lors de son dernier passage de ce côté-ci de l’Atlantique.

 

Derrière l’humour dans lequel baignent ces prix IgNobel (un jeu de mots avec “ignoble”, on l’aura compris) on retrouve aussi de véritables enjeux scientifiques.

 

Peau de banane et prothèses osseuses

 

Un exemple ? L’équipe japonaise du Dr Kiyoshi Mabuchi, de l’Université Kitasato, a remporté le prix IgNobel 2014 de physique pour avoir mesuré en laboratoire les frottements engendrés sur une peau de banane écrasée. Il n’a pas entrepris cette recherche “juste pour rire”. Certes, elle a montré que ce type de glissements était plus dangereux que ceux générés par l’écrasement d’une épluchure de pommes ou d’oranges. Mais surtout, les gels folliculaires de polysaccharides qui donnent aux peaux de bananes leurs propriétés glissantes sont également présents dans nos articulations.

 

Les travaux des chercheurs japonais concernent donc aussi les phénomènes de friction et de lubrification en jeu dans chacun de nos mouvements. De quoi, un jour peut-être, concevoir de meilleures prothèses.

 

Dix prix IgNobel ont été décernés cette année dans des domaines aussi variés que les neurosciences (le visage de Jésus sur un toast), la psychologie, la santé publique ou encore en biologie animale. Dans ce dernier cas, c’est une équipe de la République tchèque qui a remporté la mise pour avoir mis en évidence que les chiens ont tendance à orienter l’axe de leur corps parallèlement aux lignes nord-sud du champ magnétique terrestre lorsqu’ils lèvent la patte…

 

Pas de Belges parmi les lauréats

 

Un regret toutefois, à moins qu’il ne s’agisse d’un soulagement… Aucun chercheur belge ne figure dans les lauréats de l’année. La dernière fois, c’était en 2011. Le Dr Luk Warlop, de la KUL avait été récompensé avec divers coauteurs pour ses travaux portant sur l’altération de notre discernement lorsque nous sommes pris d’un besoin physiologique pressant. En d’autres termes, il ressortait de son étude que nous sommes prêts à décider (presque) n’importe quoi, et surtout dans des domaines qu’on connaît peu ou mal, quand notre vessie est trop chargée…

 

Découvrez ici, et en anglais, la cérémonie 2014 de remise des prix IgNobel.