Photo: Jean-Marie Winants

Les sangliers menacent la vipère péliade wallonne d’extinction

par Christian Du Brulle

L’actualité des sangliers en Région wallonne ne porte pas que sur l’apparition de cas de peste porcine. Une étude longue de douze ans, et publiée la semaine dernière, montre que la surdensité de sangliers en Wallonie conduit une de nos trois espèces de serpents à l’extinction. En l’occurrence, il s’agit de la vipère péliade.

« Voici une dizaine d’années, on dénombrait en Wallonie un millier de spécimens adultes de vipères péliades indigènes », explique le biologiste Éric Graitson, chargé de projet au département études chez Natagora et co-auteur de l’étude scientifique. « Actuellement, on estime qu’il n’en reste que 100 à 200 spécimens ».

23 sites sous surveillance

La faute au sanglier, et plus particulièrement à sa surpopulation. « Les sangliers impactent les reptiles de plusieurs façons : par prédation directe, par compétition pour les proies, mais aussi en détruisant les micro-habitats utilisés comme refuge ou site de reproduction. Étant des organismes à mobilité réduite, les reptiles sont directement dépendants des conditions locales et sont particulièrement sensibles aux impacts causés par les sangliers en nombre trop élevé ».

Vipère Péliade. © Hubert Baltus
Vipère Péliade. © Hubert Baltus

« La vipère péliade est de loin la plus sensible des trois espèces de serpents à la surpopulation des sangliers », reprend l’herpétologue de Natagora, et collaborateur scientifique de l’Université de Liège. « Les espèces les plus rares sont souvent les plus impactées. De nos trois espèces de serpents, la vipère est la plus rare, donc aussi la plus sensible. La coronelle lisse et la couleuvre à collier souffrent aussi de la surpopulation de sangliers, mais leurs populations sont plus importantes et elles sont plus largement distribuées sur le territoire.

L’étude sur l’évolution des populations de vipères wallonne s’est déroulée sur une douzaine d’années. Au total, 23 sites ont été étudiés: 14 sites menacés et 9 sites témoins où en théorie l’impact des sangliers sur les serpents était moindre.

« Ce suivi intensif réalisé durant 12 ans sur la majorité des populations wallonnes de ce serpent révèle que sur tous les sites où les densités de sangliers ont augmenté, les populations de serpents ont rapidement disparu ou sont proches de l’extinction. À l’inverse, sur les rares sites où les sangliers ne sont pas ou peu présents, le nombre de serpents est stable », indique-t-on chez Natagora.

Les vipères n’ont pas d’ailes…

« Les reptiles ne sont pas les seuls menacés par la surpopulation de sangliers », précise encore Éric Graitson. « Certains oiseaux qui nichent au sol en sont également victimes. Mais le problème avec les serpents, c’est que contrairement aux oiseaux, ils ne se déplacent pas rapidement. Une vipère vit dans un périmètre limité de quelques hectares ».

L’essor du sanglier, causé en grande partie par une non régulation de ces populations, est ici pointé du doigt. Entre 1985 et 2012, la population de sangliers a été multipliée par 4,5 en Région Wallonne.


« L’augmentation des densités d’ongulés sauvages depuis plusieurs décennies, en Wallonie et ailleurs en Europe, a indéniablement un impact considérable sur l’espace rural », insiste-t-on chez Natagora. « Outre leurs impacts sur l’activité agricole et la régénération forestière, les impacts environnementaux causés par les surdensités de sangliers sont nombreux : ils perturbent les sols, mangent et détruisent une grande variété de plantes et d’animaux ». L’étude dont il est ici question concernant la vipère péliade le montre clairement.