Fœtus anencéphale et reproduction d’un tableau de Jérôme Bosch © Céline Husson

Balade au cœur du corps à l’UNamur

par Céline Husson

Un homme nu. Une fleur chastement plantée devant ses organes génitaux. Le pied posé sur une pierre ronde, il est entouré d’un amas d’organes, d’écritures, de symboles… L’exposition qui vient de s’ouvrir à l’Université de Namur réserve quelques surprises à ses visiteurs. Dont cette gravure issue d’un ouvrage démesuré.

Exposer la médecine autrement

Ce livre, et bien d’autres, sont portés à la vue de tous dans le cadre de l’exposition temporaire « Quand la médecine rencontre son patrimoine », proposée par la Faculté de Médecine de l’Université de Namur et la Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin.

« L’idée était de parler de la médecine autrement qu’en termes de concours, d’examen », indique Yves Poumay, doyen de la Faculté de Médecine.

© C.H.

Les ouvrages sélectionnés proviennent des deux Réserves précieuses de la BUMP. « Il y a des éditions du XVIe, XVIIe, XVIIIe et l’on va même jusqu’au XXe siècle », explique Florence Libert, bibliothécaire-documentaliste au Pôle patrimonial de l’UNamur, une des curatrices de ces fonds.

Les thèmes abordés se suivent sans rupture, comme dans une balade. On ne se rend pas forcément compte de leur présence ni de leur diversité. Le livre qui accompagne l’exposition est plus explicite : Balade patrimoniale en médecine, pharmacie et sciences biomédicales. On y traite donc d’anatomie, de botanique médicale, de maladies, de biomédecine, d’art, d’histoire et de pratiques religieuses.

Un « pop-up » du 17e siècle

L’homme nu dont il est question ci-dessus n’est autre qu’une planche d’anatomie descriptive dès débuts du 17e siècle. Le livre en contient trois.

Ces gravures sont comme des mille-feuilles. Elles permettent de découvrir plus en détail, couche par couche, les organes et les membres. Certaines comptent une quinzaine de couches. Chaque « tranche » de l’organe est proposée en recto-verso.

« Captotrum microscopicum secundo » issu du Cum deo de J. L. Remmelin (1619) © Céline Husson
« Captotrum microscopicum secundo » issu du Cum deo de J. L. Remmelin (1619) © Céline Husson

Le livre date de 1619. Son titre est peu évocateur pour le lecteur contemporain : Cum Deo, Johannis Remmelini […] Captotrum mircoscomicum, suis aere incisis visionibus splendens, cum historia & Pinace de novo prodit. L’auteur en est Johann Ludwig Remmelin (1583-1632).

Topographique anatomique

« C’est le seul livre du genre que je connaisse dans nos collections », explique Catherine Charles, restauratrice de livres anciens au Pôle patrimonial de l’UNamur et l’une des curatrices de l’exposition. « Quand on l’ouvre pour la première fois, on ne se rend pas compte qu’il y a autant de couches. Le papier est tellement fin et le collage tellement bien réalisé que la gravure a l’air d’être… une simple gravure ! »

Si aujourd’hui la technique du « pop-up » s’est banalisée, il s’agissait d’une pratique peu répandue au 17e siècle. Elle permet de pratiquer l’anatomie topographique : chaque élément est étudié en fonction de sa position dans le corps. Il faut également souligner la prouesse technique des graveurs, imprimeurs et relieurs qui ont réalisé un travail impressionnant pour l’époque. « Cela a dû prendre un temps fou. Ce sont des choses que l’on ne fait plus jamais », s’émerveille Catherine Charles.

Une animation de la gravure, accompagnée du commentaire audio de Pierre Garin, directeur du Laboratoire d’Anatomie de la Faculté de Médecine de l’UNamur, est projetée sur le mur adjacent. « On voulait que le visiteur comprenne bien le principe de ces feuillets mobiles, puisqu’il ne peut pas manipuler cet ouvrage dans l’exposition », précise Florence Libert.

Les livres des Réserves précieuses peuvent néanmoins être consultés lorsqu’ils ne sont pas exposés. Il suffit d’en demander l’accord au Pôle Patrimoine.

L’anatomie des « monstres »

Ce « Traité des monstres » de Jan Palfijn, édité en 1708, établit un catalogue de malformations souvent méconnues à l’époque. « J’espère que vous avez le cœur bien accroché ! », prévient Florence Libert. À côté de l’ouvrage on découvre un fœtus anencéphale (dont la boîte crânienne n’est pas refermée) datant de la première moitié du XXe siècle. En écho, un livre ouvert sur une reproduction d’une toile de Jérôme Bosch, dépeignant un univers peuplé de créatures monstrueuses.

 

Fœtus anencéphale et reproduction d’un tableau de Jérôme Bosch © Céline Husson
Fœtus anencéphale et reproduction d’un tableau de Jérôme Bosch © Céline Husson

Sur les négatoscopes, ou tables lumineuses, on se livre volontiers à la comparaison des manières de représenter un pied, une main, un thorax, un cœur ou un cerveau. D’un côté des dessins anatomiques peu réalistes du XVIe siècle. De l’autre, des images médicales modernes dépeignent les progrès de la science, et des techniques.

L’anatomie des plantes

Dans la pièce voisine sont rassemblés les ouvrages qui traitent de botanique médicale. Otto Brunfels nous fait découvrir les balbutiements de la botanique descriptive avec son Herbarium (1536-1540).

Nicolas-François Regnault nous impressionne avec ses trois volumes luxueux : les gravures, colorées à la main, sont imposantes par la précision et le soin qui leur a été donné. La botanique mise à la portée de tous (de tous les gros portefeuilles, surtout) n’en compte pas moins de 472 !

 

Illustration scientifique d’un pied d’ancolie issue de La botanique mise à portée de tous de Nicolas-François Regnault (18e siècle) © Céline Husson
Illustration scientifique d’un pied d’ancolie issue de La botanique mise à portée de tous de Nicolas-François Regnault (18e siècle) © Céline Husson

Une scénographie multimédia

L’espace d’exposition n’est pas très grand, la visite ne pourrait durer que 10 minutes. Pourtant, tout est fait pour que l’expérience du visiteur soit la plus enrichissante possible.

Chaque livre – il y en a plus de cinquante – est présenté de manière dynamique. Une capsule, un organe plastiné, ses pages numérisées ou des objets en lien avec le sujet d’étude. Comme ce cystoscope, un appareil long et fin qui accompagne le Traité des maladies de la prostate…

Les capsules, à écouter sur un smartphone avec des écouteurs, dévoilent le commentaire de professeurs, de chercheurs et de spécialistes. Loin du ton rigoureux et scientifique habituel, celles-ci se veulent spontanées.

Chirurgien, botaniste, pharmacien ou simple curieux, quel que soit le profil du visiteur, cette exposition est l’occasion de découvrir une des richesses détenues par l’Université de Namur.

Un catalogue, aux Presses universitaires, pour prolonger la découverte

Balade patrimoniale en médecine, pharmacie et sciences biomédicales, dir. pub. Yves Poumay avec la coll. de Florence Libert et Catherine Charles, Presses Universitaires de Namur, 2017
« Balade patrimoniale en médecine, pharmacie et sciences biomédicales », dir. pub. Yves Poumay avec la coll. de Florence Libert et Catherine Charles, Presses Universitaires de Namur, 2017.

Le catalogue de l’exposition « Balade patrimoniale en médecine, pharmacie et sciences biomédicales » permet de continuer la visite. Chaque ouvrage présenté dans l’exposition y est illustré par une ou plusieurs planches. En regard, on découvrira des textes écrits par des spécialistes, principalement issus de l’Université de Namur, mais aussi de Liège et de Bruxelles. Ils nous éclairent sur le contexte dans lequel chaque ouvrage a été édité et ses caractéristiques, parfois exceptionnelles.