Projet BEE, Haute Ecole Albert Jacquard, Namur.

Les « abeilles » numériques namuroises au service des enseignants

par Camille Stassart

SERIE (5/5) Recherche en Hautes Ecoles

Enseigner et développer un projet de recherche font bon ménage dans les Hautes Ecoles. À Namur, Isabelle Sacré et Christophe Laduron le prouvent, avec le projet « BEE » (Builders of Educative Ecosystem). Un projet de recherche qui concerne précisément… l’enseignement.

Christophe Laduron, instituteur et titulaire d’un diplôme de Master en Sciences de l’éducation de l’Université de Liège (ULiège), a enseigné la psychopédagogie à la Haute Ecole Albert Jacquard (HEAJ), à Namur. « Je travaille aujourd’hui comme chercheur à l’Université de Liège où je suis maître de conférences », explique-t-il. « Mais je suis également le coordinateur de la recherche à la HEAJ. Cela comprend notamment le projet BEE ».

 

Favoriser l’intégration de diverses démarches pédagogiques

Ce projet vise à élaborer des dispositifs d’apprentissage pour la formation des futurs enseignants. Le but étant de les inciter à intégrer diverses démarches pédagogiques, telles que la « pédagogie par projet », dans leur futur métier. Cette recherche est menée par Christophe Laduron, en collaboration avec Isabelle Sacré et Philippe Latinis. Il est financé par le Fonds Social Européen, la Haute Ecole Albert Jacquard (HEAJ) et le Centre d’Autoformation et de Formation continuée (CAF).

 

« Depuis 2015, je suis chargée de mission au Centre d’Autoformation et de Formation continuée pour les catégories pédagogiques des Hautes Ecoles de la Fédération Wallonie Bruxelles », indique Isabelle Sacré, diplômée en psychopédagogie de L’ULiège et qui a également enseigné plusieurs années à la HEAJ. « Ce qui explique que j’ai rapidement rejoint le projet BEE ».

Merlin l’Enchanteur

 

Philippe Latinis, quant à lui, contribue au développement du projet en tant que concepteur des supports multimédias. Après des études en arts plastiques à l’Institut Communal des Arts Décoratifs et Industriels, Philippe Latinis s’est formé en Illustrations-bandes dessinées à Saint-Luc. Il est actuellement détaché au CAF comme formateur en éducation aux médias.

« Au sein du projet, mon rôle est de trouver la meilleure approche multimédia aux idées émises en équipe. Je suis un peu le Merlin l’Enchanteur du projet » sourit-il.

 

Le numérique pour apprendre à son rythme

 

Le dispositif conçu dans le cadre du projet BEE se base sur les nouvelles technologies. « Tout a commencé durant l’évènement «24 h de cours en Haute Ecole», organisé à la HEAJ. Les étudiants devaient mettre en scène et théâtraliser un livre pour enfants afin d’inciter les écoliers à le lire », rappelle Christophe Laduron.

 

Les trois chercheurs remarquent alors que l’objectif final de la démarche n’est pas toujours atteint auprès des étudiants. À savoir leur apprendre à transférer la pédagogie par projets dans leurs pratiques de terrain.

 

« Nous nous sommes dit que nous devions trouver un dispositif qui leur permettrait de réellement transformer leurs regards et leurs pratiques d’enseignement » explique Isabelle Sacré.

 

Libérer du temps pour chaque enfant

 

L’équipe décide alors de partir de la notion d’« écosystèmes numériques ». Au départ d’un support numérique, par exemple une tablette, les futurs enseignants sont guidés. L’outil leur offre un ensemble de ressources pédagogiques. Déterminées par le formateur, ces ressources peuvent être des animations, des vidéos ou encore du texte. Le tout étant adapté au contexte et aux compétences à enseigner.

 

« La force de l’écosystème est de s’adapter à chaque élève, en lui offrant la possibilité de faire des allers-retours dans la matière quand il le souhaite. Cette démarche modifie aussi la place de l’enseignant dans sa classe. Elle lui permet de dégager du temps pour l’accompagnement de chaque apprenant », explique Christophe Laduron.

 

Un statut de chercheur en Hautes Ecoles ?

 

Le projet remporte un large succès auprès des étudiants de la Haute Ecole namuroise. Les scientifiques impliqués dans ce projet sont eux aussi satisfaits.

 

« Nous jouissons d’une grande liberté, soutient Christophe Laduron. Nous choisissons nous-mêmes l’objet de notre recherche, nous en définissons les étapes, et ne subissons pas de pression de la part de l’institution ».

 

Le revers de la médaille de cette liberté ? Le manque de reconnaissance pour leur métier de chercheur, disent-ils. « Nous sommes davantage perçus comme des innovateurs ou des ‘créatifs’ de la part de nos collègues plutôt que comme des chercheurs », analyse Isabelle Sacré. « Je n’ai pourtant pas l’impression de changer de métier quand je travaille sur mes projets à la HEAJ ou à l’ULg » insiste Christophe Laduron.

 

Et l’équipe de suggérer la mise en place d’un véritable statut de chercheur en Hautes Ecoles. « Ce qui légitimerait nos activités de recherche », concluent-ils.

 

Note: Les différents projets de recherche présentés cette semaine par Daily Science ne constituent qu’un petit échantillon des projets portés dans les Hautes Ecoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le dernier rapport annuel de SynHERA  propose d’en découvrir bien d’autres.