Napoléon à Waterloo aurait été victime… d’un volcan indonésien

par Christian Du Brulle

Certaines éruptions volcaniques ont eu un impact important, voire durable, sur l’atmosphère terrestre et la vie des Terriens. On pense par exemple au volcan islandais Eyjafjallajökull, dont l’éruption de 2010 a cloué quasi tout le trafic aérien transatlantique et européen au sol pendant de nombreux jours.

L’explosion du volcan indonésien Krakatoa en 1883 est également bien documentée. Elle causa des milliers de morts, généra un tsunami et expédia dans l’atmosphère de telles quantités de cendres que le ciel de toute la planète en resta assombri pendant plusieurs années.

Une éruption gigantesque, deux mois avant la bataille de Waterloo

Cette fois, c’est un autre volcan indonésien qui fait l’actualité. Du moins l’actualité d’un scientifique britannique de l’Imperial College de Londres, le Dr Matthew Genge. Ses travaux concernent Waterloo et les événements qui s’y sont déroulés en 1815. Pour lui, c’est clair, la défaite de Napoléon à Waterloo serait en partie causée par l’éruption du volcan indonésien Tambora.

Les cendres volcaniques électriquement chargées émises lors de cette éruption auraient, selon sa théorie, « court-circuité » l’atmosphère de la Terre en 1815, provoquant un mauvais temps tout autour de la Terre, et incidemment… la défaite de Napoléon.

Impact sur l’ionosphère

« Les historiens savent que les conditions pluvieuses et boueuses lors de la bataille de Waterloo en juin 1815 ont aidé l’armée alliée à vaincre l’empereur français Napoléon Bonaparte », dit le chercheur. « Deux mois auparavant, un volcan nommé Mont Tambora avait éclaté, sur l’île indonésienne de Sumbawa, tuant 100.000 personnes et plongeant la Terre dans une «année sans été». Ces cendres volcaniques électrifiées provenant des éruptions de ce genre peuvent «court-circuiter» divers phénomènes se produisant dans l’ionosphère, le niveau supérieur de l’atmosphère, et ainsi jouer un rôle dans la formation des nuages ».

Le Dr Genge suggère ainsi que l’éruption du Tambora a eu un impact direct sur l’ionosphère, ce qui aurait entraîné une plus grande formation de nuages. D’où les fortes pluies en Europe, qui ont contribué à la défaite de Napoléon Bonaparte.

Lévitation électrostatique

Ses travaux montrent que les éruptions volcaniques majeures peuvent projeter des cendres beaucoup plus haut qu’on ne le pensait jusqu’à présent, jusqu’à 100 kilomètres au-dessus du sol.

« Auparavant, les géologues pensaient que les cendres volcaniques étaient piégées dans la basse atmosphère. Mes recherches montrent que les forces électriques peuvent injecter des cendres dans la haute atmosphère », indique-t-il.

Une série d’expériences montre que les forces électrostatiques peuvent soulever des cendres bien plus haut que le seul phénomène convectif thermique lié à l’éruption. Le Dr Genge a créé un modèle pour calculer à quel point les cendres volcaniques chargées électriquement pouvaient s’élever. Il a ainsi constaté que des particules de moins de 0,2 millionième de mètre de diamètre pouvaient atteindre l’ionosphère lors de grandes éruptions.

«Les panaches volcaniques et les cendres peuvent avoir des charges électriques négatives. Par conséquent, le panache repousse les cendres et les propulse plus loin dans l’atmosphère. Cela fonctionne un peu comme deux aimants dont les pôles de mêmes signes se repoussent », dit-il. C’est ce qu’il appelle la lévitation électrostatique.

Un parallèle avec le Krakatoa et le Pinatubo

Les relevés météorologiques sont rares pour 1815. Pour tester sa théorie, le Dr Genge a examiné les données météorologiques enregistrées à la suite de l’éruption d’un autre volcan indonésien en 1883, le Krakatoa.

Il a également identifié des perturbations de l’ionosphère après l’éruption du volcan Pinatubo, aux Philippines, en 1991. Selon lui, ces perturbations auraient pu être causées par les cendres électriquement chargées du volcan.

En 1815, Napoléon et ses troupes auraient donc été victimes des effets collatéraux d’une éruption volcanique survenue deux mois plus tôt et à quelque 10.000 km de Waterloo? Ce qui est clair, en ce qui concerne la fameuse bataille, ce sont les conditions météorologiques peu favorables du moment. La « drache » qui arrosa les protagonistes de cet épisode historique joua sans doute un rôle dans la défaite de Napoléon. Même si à l’époque, les relevés systématiques de température et de pluviosité n’étaient pas encore d’actualité.