Un champignon asiatique menace les salamandres

par Christian Du Brulle

La salamandre terrestre, encore appelée salamandre tachetée, est menacée en Wallonie. Un champignon d’origine asiatique, « dévoreur de salamandres » (Batrachochytrium salamandrivorans), tue en quelques jours les animaux qui ont été en contact avec ses spores. « Des spores qui sont très résistantes sous nos latitudes », souligne le Dr An Martel, de l’Université de Gand.

 
Ce pathogène, qui touchait déjà les salamandres d’Allemagne et des Pays-Bas, a fait son apparition en Belgique en 2013. « Un premier cas avait alors été signalé dans la région d’Eupen », explique Thierry Kinet, qui suit le niveau des populations d’amphibiens en Wallonie au sein de l’association Natagora, et qui cosigne l’article scientifique publié dans «Nature». « Depuis, plusieurs cas ont été rapportés à Robertville et au Sart-Tilman (Liège). L’an dernier, un premier cas a également été découvert non loin de Dinant ».

 

Nécroses cutanées

 
Le champignon ne laisse aucune chance aux salamandres tachetées. L’étude, dirigée par l’Université de Gand avec la collaboration de l’association naturaliste et des chercheurs bruxellois (VUB) et suisses (KARCH), montre que Batrachochytrium salamandrivorans menace la salamandre terrestre de disparition complète en Europe, à brève échéance.

 

Il s’attaque à la peau des animaux contaminés, ce qui conduit à la formation de nécroses cutanées qui finalement tuent l’animal.

 
« Les salamandres meurent systématiquement après l’exposition à des quantités infimes de champignon et sont incapables de développer une résistance », indique l’étude.

 

Interdire l’importation d’espèces exotiques potentiellement porteuses

 

Les spores du champignon asiatique, sans doute importé en Europe via le commerce international d’animaux, persistent aisément dans notre environnement, mais aussi dans d’autres espèces d’amphibiens moins sensibles, qui servent de réservoir.

 

Les chercheurs suisses du Centre de coordination pour la protection des amphibiens et reptiles (KARCH) constatent que 13 % seulement des salamandres infectées survivent après avoir été en contact avec le champignon.

 

« Il en résulte que, dans un délai de six mois, les populations de salamandres concernées sont réduites de plus de 90 %, puis finissent par disparaître complètement », précise le Pr An Martel.

 

Dans la dernière étude qui vient d’être publiée sur le sujet, Gwij Stegen, également de l’Université de Gand, estime que les mesures classiques pour lutter contre les maladies animales telles que la vaccination et le repeuplement ne réussiront pas à éradiquer le champignon de nos écosystèmes. Sa suggestion ? La prise de mesures urgentes et radicales pour limiter la perte de biodiversité en Europe qui devraient passer par une interdiction totale des importations de salamandres et de tritons exotiques, vendus comme animaux de compagnie et sans doute vecteurs d’importation du pathogène. Mais aussi, un effort accru en matière de recherche.