Transformer ses émotions en moteurs de réussite

12 décembre 2025
par Raphaël Duboisdenghien
Temps de lecture : 4 minutes
“Les émotions, carburant secret de nos apprentissages?”, par Line Fischer. Presses universitaires de Namur. VP 10 euros

Les Presses universitaires de Namur lancent une nouvelle collection de vulgarisation scientifique. Les objectifs? Mettre la rigueur scientifique et la profondeur des recherches au service de toutes et tous. Particulièrement des jeunes étudiantes et étudiants. Écrit par des chercheuses et des chercheurs, chaque livre proposera une étude récente issue de l’UNamur.

Un atelier de compétences émotionnelles

Line Fischer inaugure la collection Passerelle avec «Les émotions, carburant secret de nos apprentissages?» . Diplômée en psychologie clinique de l’enfant et de l’adolescent (UCLouvain), la chercheuse se préoccupe des liens entre émotions et situations d’apprentissage dès sa thèse de doctorat. Axée sur la régulation émotionnelle dans l’apprentissage à l’université.

«Au département éducation et technologie de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation de l’UNamur, nous avons mis sur pied un ‘atelier de compétences émotionnelles’ à destination des étudiants de l’agrégation», raconte la chargée de cours en formation initiale des enseignants. «Ce dispositif a vu le jour suite à différents constats des formateurs et des étudiants se disant trop peu outillés face à la gestion de la classe. Face aux relations élèves-collègues-parents. Face à la démotivation des élèves… Ce module vise à introduire les futurs enseignants aux théories nécessaires pour comprendre les processus émotionnels. Et leur rôle dans l’apprentissage. Mais, il vise également à proposer différents exercices pratiques permettant d’apprivoiser la dimension émotionnelle pour soi et ensuite, pour les élèves.»

Le désagréable n’est pas forcément négatif

Selon les neurosciences, nous ne pouvons pas apprendre sans émotions… «Les émotions agréables n’ont pas forcément un effet positif», souligne Line Fischer. «Tandis que les émotions désagréables n’ont pas forcément un effet négatif. Le stress de devoir répondre à une exigence ou à respecter une échéance, ne vous a-t-il pas parfois poussé à vous y mettre?»

«La valence de l’émotion ne permet donc pas à elle seule de prendre ses effets sur l’apprentissage. Nous ajoutons l’idée que c’est davantage l’intensité avec laquelle l’apprenant vit une émotion. Plus l’émotion est intense, plus elle active le corps au niveau physiologique. Ou encore, la fréquence à laquelle il la ressent.»

«C’est un peu comme si, lorsque l’émotion est intense, elle se mettait à occuper tout votre cerveau, vous rendant incapable d’apprendre. Pareil, lorsque vous êtes extrêmement triste ou intensément joyeux, il devient tout à fait périlleux de rester concentré sur une tâche.»

Réguler selon la situation et le but

Est-on forcé d’attendre qu’une émotion intense diminue, ou passe, pour envisager d’apprendre à nouveau? Est-on totalement soumis à ce qui nous arrive émotionnellement? «Heureusement, la réponse est non», dit la docteure en sciences psychologiques et de l’éducation. «Ce sont des questions qui ont guidé mes recherches et qui m’ont poussée à me questionner sur une manière de mieux outiller les apprenants. Les émotions académiques, une fois bien identifiées, peuvent être gérées, ou régulées. Et cela s’apprend!»

«La définition scientifique de la régulation émotionnelle ouvre la porte à une grande variété de régulations. Selon la situation et le but que poursuit celui qui apprend. Ainsi un étudiant peut chercher, à quelques jours de l’examen, à augmenter son stress pour se mettre au travail. Et se concentrer intensément sur la mémorisation du cours. Mais il peut aussi vouloir à tout prix diminuer son anxiété si elle est trop présente et incapacitante.»

Des stratégies

Chacun de nous régule ses émotions… «Selon différents buts, que l’on appelle les buts émotionnels», explique la chercheuse. «Ces derniers correspondent, assez souvent, assez simplement, aux émotions que l’on souhaite ressentir ou non dans une situation. Être davantage stressé. Se sentir moins coupable. Être plus intéressé. Maintenir sa curiosité…»

Les stratégies de gestion par les comportements aident à réguler les émotions. Comme demander à une personne plus experte de réexpliquer les points nébuleux. Discuter avec d’autres des stratégies qu’ils emploient. Chercher des informations complémentaires sur Internet. Restructurer les informations sous la forme de schéma. Ou faire totalement autre chose pour revenir ensuite à la tâche à tête reposée…

Dans ses recherches, Line Fischer insiste sur l’importance de ne pas considérer que les émotions agréables vont de soi. Mais que l’on peut aussi agir pour les amplifier dans les apprentissages. «Identifier les émotions qui boostent vos apprentissages est une démarche essentielle pour en faire de véritables alliées dans un voyage au pays de la connaissance.»

Pour la chercheuse, il est urgent que les connaissances scientifiques sur les relations entre émotions et apprentissages percolent à tous les niveaux de l’enseignement. «Cela permettrait d’améliorer progressivement notre système scolaire.»

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