En archéologie, on n’est jamais sûr de rien. Pour tenter de comprendre le fonctionnement d’objets anciens, voire peut-être de déterminer leur usage, ils sont quelques fois répliqués et testés. Cette archéologie expérimentale se pratique au laboratoire du préhistosite de Ramioul ainsi qu’à l’archéosite d’Aubechies, en Wallonie.
Cet été, sous la houlette de George Verly, archéologue aux Musées royaux d’art et d’histoire, et membre de l’EACOM, un fac-similé d’un four égyptien vieux de plus de 4.000 ans y a réduit un minerai en cuivre comme on le faisait au temps des pharaons.
Le point de départ de l’archéologie expérimentale, c’est une hypothèse, souvent exprimée par un archéologue de terrain. L’archéologue expérimental va, quant à lui, essayer d’y répondre en refaisant des gestes d’antan.
Un four égyptien du Moyen-Empire reproduit à Aubechies
Il arrive qu’un archéologue porte les deux casquettes, celle des fouilles et celle de l’expérimentation. C’est le cas de Georges Verly et de son projet de recherche multidisciplinaire sur la métallurgie antique et traditionnelle du cuivre en Égypte, en collaboration avec les Universités de la Sorbonne et du Canal.
Voilà six ans qu’il fouille un site métallurgique antique de Ayn Soukhna, non loin de la mer Rouge. Une centaine de fours à réduction datant du Moyen-Empire y ont été découverts. La copie conforme de l’un d’entre eux a été construite avec du grès, du sable et des pierres à l’archéosite d'Aubechies.

Georges Verly apprend à utiliser chacun de ses éléments et à faire fonctionner l’ensemble de 10 tonnes afin de comprendre le processus de fabrication du cuivre.
« L’avantage de l’expérimentation est qu’on devient de meilleurs archéologues », dit-il avant d’expliquer: « on dispose d’indices archéologiques spécifiant qu’à côté des fours, il y a systématiquement du crottin d’âne et du bois vert d’acacia devenu sec. On en ignorait la raison. Dans le four d’Aubechies, on a démontré que du bois qui vient d’être coupé permet d’atteindre 1200°C. Ensuite, on a constaté que l’ajout de crottin permet de descendre à 900°C, soit la température idéale pour réduire la malachite en cuivre. »
Les limites de l’archéologie expérimentale
Mais en Belgique, point d’acacia égyptien. Le chercheur a dû se rabattre sur des essences du terroir pour alimenter le fac-similé de four de l’époque des pharaons. Cette différence risque-t-elle de mettre en péril l’expérimentation ? Georges Verly rassure:

