Marie Dupont

Des Belges à bord de la plus grande expédition scientifique jamais menée en Arctique

Durée de lecture : 4 min

La plus grande expédition scientifique jamais organisée vers l’Arctique a été lancée récemment depuis le port de Tromsø en Norvège. Baptisée MOSAiC, pour Multidisciplinary drifting Observatory for the Study of Arctic Climate, cette mission permettra de recueillir des données concernant l’évolution du processus climatique dans cette région fortement impactée par les changements climatiques. Des chercheurs de l’unité de recherches FOCUS  de l’ULiège font partie de l’équipage composée de scientifiques venant de 17 pays*.

La banquise, source ou puits de carbone ?

L’Arctique est la région du monde qui enregistre le réchauffement le plus élevé de ces dernières décennies. Comprendre les raisons de ce réchauffement, l’impact qu’il a sur cette zone et les répercussions que cela pourrait avoir sur d’autres régions de la planète est crucial.

Pendant une année, 6 équipes de recherche se relaieront à bord du Polarstern, le plus gros navire scientifique d’Europe. Il va se laisser emprisonner dans les glaces de l’Arctique, afin de collecter des données sur l’atmosphère, la glace de mer, l’océan, l’écosystème ou encore le cycle biogéochimique. Et ce, pour mieux comprendre les interactions qui façonnent le climat et la vie dans cet environnement polaire.

Le vaisseau de recherche allemand Polarstern durant son hivernage en Mer de Weddel  ©Stefan Hendricks

Bruno Delille, chercheur qualifié FRS-FNRS de l’Unité d’Océanographie Chimique, prendra part au dernier relais de l’expédition. « Un des principaux objectifs de notre groupe est d’estimer le rôle de la banquise arctique comme source ou puits de gaz à effet de serre pour l’atmosphère, dans un contexte où la banquise évolue très rapidement à cause des changements climatiques. »

Des mesures chimiques sur un cycle annuel complet

« Du fait des contraintes logistiques inhérentes au travail dans cette région, notre vision est désespérément parcellaire – quelques semaines d’étude par-ci, quelques mois au plus par-là – avec lesquels il est difficile de tirer un bilan annuel fiable des flux de gaz à effet de serre. MOSAiC est une opportunité unique d’étudier ces questions et d’intégrer nos mesures au cours d’un cycle annuel complet dans une des régions les plus inaccessibles. »

Infographie des principaux centres d’intérêt scientifique de MOSAiC ©MOSAiC

 

« C’est un effort logistique exceptionnel, jamais conduit jusqu’alors. MOSAiC sera pour nous un pas en avant déterminant, et donc un objectif essentiel. Nous serons à bord responsables des mesures d’oxyde nitreux, un des principaux gaz à effet de serre, et collaborerons pour la mesure de deux autres gaz plus connus, le dioxyde de carbone et le méthane. »

Une expédition folle aux chiffres fous

L’expédition MOSAiC, dont le budget est de 140 millions d’euros, est dirigée par l’Institut Alfred Wegener du Centre Helmholtz pour la recherche polaire et marine. Elle présente des défis sans précédent.

Une flotte internationale de quatre brise-glaces, d’hélicoptères et d’avions ravitaillera le Polarstern pour son voyage épique. Au total, 600 participants internationaux, dont la moitié de chercheurs, participeront à cette mission. Elle se terminera à la fin de l’été arctique 2020. Le Polarstern se libérera alors des glaces et retournera à son port d’attache de Bremerhaven, en Allemagne, où il devrait arriver vers la mi-octobre 2020.

Notre météo se mitonne en Arctique

Pour Markus Rex, Directeur de l’expédition et chercheur au Alfred Wegener Institute : “Cette mission est révolutionnaire. Jamais, auparavant, il n’y avait eu une expédition aussi complexe dans cette partie du monde et en hiver. Nous étudierons les processus climatiques dans le centre de l’Arctique. Ainsi, pour la première fois, nous serons en mesure de les comprendre et de les représenter correctement dans les modèles climatiques. »

« L’Arctique est l’épicentre du réchauffement de la planète et a déjà subi des changements spectaculaires. Et c’est là que « se cuisine » la météo en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Les conditions météorologiques extrêmes comme les éclosions d’air froid de l’Arctique en hiver ou les vagues de chaleur en été sont liées aux changements qui y surviennent. En même temps, les incertitudes de nos modèles climatiques ne sont nulle part plus grandes que dans cette région polaire. Il n’y a pas de pronostic fiable sur la façon dont le climat arctique évoluera ou sur les impacts potentiels sur notre climat. Notre mission est de changer cela. »

 

*Belgique, Canada, Chine, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Japon, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Russie, Espagne, Suède, Suisse et Etats-Unis.

 

Natacha Delrez (ULiège) remporte la finale internationale 2019 du concours « Ma thèse en 180 secondes » à Dakar

Durée de lecture : 4 min

La sixième finale internationale du concours d’éloquence et de vulgarisation scientifique «Ma thèse en 180 secondes» a été remportée jeudi soir à Dakar (Sénégal) par Natacha Delrez, doctorante à l’Université de Liège.

La prestation de la jeune doctorante du FNRS à la Faculté vétérinaire de l’ULiège a séduit le jury. Elle a remporté le premier prix, devant la candidate malgache, récompensée par le deuxième prix de ce concours, et le candidat français, classé troisième.

C’est la deuxième fois en six éditions que ce concours international de vulgarisation des sciences sourit à l’Université de Liège. En 2015, à Paris, le mathématicien et doctorant Adrien Deliège avait déjà remporté le premier prix.

À chaque fois, le principe est identique : présenter en 180 secondes, sur scène, de manière vulgarisée les tenants et aboutissants des recherches scientifiques menées dans le cadre de son doctorat.

L’anguille, le virus et la luciole

Pour les 18 finalistes de l’édition 2019 de MT180 à Dakar, la scène en question n’était autre que celle du nouveau Grand Théâtre National. Devant le jury, et plus de 1600 spectateurs, les talents d’oratrice de Natacha Delrez, et la clarté de son exposé, intitulé « il était une fois l’anguille, le virus et la luciole », ont fait la différence.

« Au sein du Laboratoire du Pr Alain Vanderplasschen, je travaille sur la problématique de l’infection des anguilles européennes (Anguilla Anguilla) par un herpèsvirus », explique Natacha Delrez.

« J’essaie de comprendre quand et comment le virus infecte ces poissons, comment il se propage dans leur organisme pour finalement les affaiblir et entraîner leur mort », précise la scientifique, qui entame sa troisième année de thèse à Liège.

Vacciner les poissons par balnéation

Grâce au soutien du FNRS et du Fond Européen pour les affaires maritimes et la pêche qui financent ses recherches, la chercheuse espère aussi pouvoir mettre au point un vaccin efficace et sûr contre ce virus.

Mais à propos, comment vaccine-t-on des anguilles ? « On ne peut pas se permettre de vacciner les poissons un à un comme certaines espèces ornementales de grande valeur, détaille la chercheuse. Ici nous travaillons sur le système utilisable en aquaculture. Dans le cadre de ma thèse j’essaye de comprendre comment le virus pénètre dans l’organisme des poissons. Nous avons pu mettre en évidence que le virus se propageait par contact direct, peau à peau, entre individus ».

« Nous comptons utiliser la même voie d’entrée pour administrer le vaccin. Cela passera par une technique de balnéation. En aquaculture, nous diluons le vaccin dans des bassins où se trouvent les poissons. C’est donc par leur peau qu’ils seront vaccinés ».

« Bien sûr, il faut aussi savoir quand administrer ce vaccin aux poissons. Pour cela, il faut connaître la pathogénie de la maladie. C’est à dire identifier le moment auquel les anguilles sont infectées, comment l’agent pathogène entre dans l’individu, comment il se propage et provoque la maladie, quels sont les organes les plus touchés… »

Une semaine de rencontres et de partages pour les 18 candidats

A Dakar, la finale du sixième concours international francophone d’éloquence et de vulgarisation scientifique « Ma Thèse en 180 secondes » est un succès. Pour les 18 candidats (dont 12 candidates) en lice, la semaine a été riche en rencontres, en partages et en contacts.

De quoi nouer des relations avec des scientifiques venus de divers continents et de multiples disciplines. « C’est magnifique de pouvoir dialoguer avec des doctorants venus de partout dans le monde », dit encore Natacha Delrez. « C’est très différent d’un congrès scientifique où l’on se retrouve avec des personnes spécialisées dans la même discipline que la vôtre. Ici, les partages, les explications partent dans toutes les directions. C’est d’une grande richesse», conclut-elle.

Tianarilalaina Tantely Andriamampianina, la concurrente de Madagascar arrivée en deuxième position et qui étudie les propriétés anti-inflammatoires d’une plante malgache, de même que le musicologue français Tom Mebarki classé troisième, ne disent pas autre chose !

Découvrez ici la prestation de Natacha Delrez enregistrée lors de la finale interuniversitaire belge du concours Ma thèse en 180 secondes Belgium.

 

 

 

 

 

Donald Trump et Xi Jinping tomberont-ils dans le piège de Thucydide? 

Durée de lecture : 5 min

 

«Vers la guerre. L’Amérique et la Chine dans le Piège de Thucydide?» par Graham Allison. Editions Odile Jacob – VP 29,90 euros, VN 21,99 euros.

Thucydide devrait faire réfléchir les présidents états-unien et chinois. Selon l’historien grec du Ve siècle avant notre ère, la montée en puissance d’Athènes et la peur qu’elle inspire à Sparte rendent la guerre du Péloponnèse inévitable. Au XXIe siècle, cela pourrait être Washington face à Pékin. C’est la thèse du Pr Graham Allison dans « Destined for War. Can America and China Escape Thucydides’s Trap? ». Traduit en «Vers la guerre. L’Amérique et la Chine dans le Piège de Thucydide?». Le politologue états-unien appelle « piège de Thucydide » la dynamique qui pousse un pays dominant à affronter un pays émergent.

Imaginer l’inimaginable

« Ce n’est pas un livre sur la Chine », précise le chercheur qui a enseigné pendant 50 ans à Harvard. « J’analyse plutôt l’impact sur les États-Unis et sur l’ordre mondial d’une Chine en plein essor. La Chine et les États-Unis suivent actuellement une trajectoire de collision qui – sauf à prendre, de part et d’autre, des mesures aussi difficiles que douloureuses – les conduira tout droit à la guerre. En épluchant les annales des cinq derniers siècles, les chercheurs du programme Piège de Thucydide, que je dirige à l’Université Harvard, ont pu repérer 16 moments dans l’histoire où l’émergence d’un pays est venue perturber la domination d’un autre. »

Au moins 2 guerres ont été évitées au XXe siècle. Le Royaume-Uni, puissance dominante, contre les États-Unis. Les États-Unis contre l’Union soviétique, puissance émergente. « Pour échapper au piège de Thucydide, nous devons accepter de penser l’impensable et d’imaginer l’inimaginable », juge le Pr Allison. « Vu la situation actuelle, il nous faut désormais infléchir le cours même de l’histoire. »

Comparaison n’est pas raison

Spécialiste de la Grèce antique, Monique Mund-Dopchie se réjouit que Xi Jinping et Donald Trump s’intéressent au piège de Thucydide.

« C’est bien la peur suscitée par l’impérialisme conquérant d’Athènes qui a amené Sparte à entrer en guerre », confirme la professeure émérite à l’Université catholique de Louvain (UCLouvain). « Mais le diable est dans les détails. »

« D’une part, Sparte n’était plus en 431 une puissance dominante sur l’ensemble de la Grèce. D’autre part, l’assimilation des États-Unis à Sparte, qui plaît particulièrement, nous dit-on, à Steve Bannon, l’ex-conseiller en stratégie de Donald Trump, est pour le moins discutable. Peut-être la Sparte qui envisage avec méfiance les guerres extérieures ressemblait-elle aux États-Unis à un moment de leur histoire, sous la présidence du Monroe, partisan d’une politique de repli sur le territoire national et son hinterland traditionnel. Mais il convient de ne pas se faire d’illusions sur la portée de sa victoire sur Athènes. Car les Lacédémoniens ont été entraînés dès 396 dans des guerres contre les autres cités grecques, dont Sparte n’est pas sortie victorieuse. Enfin, cette dernière est exclusivement une puissance terrienne, tandis que les USA sont par vocation à la fois continentaux et maritimes. »

« Ici encore, comparaison n’est pas raison. L’identification des États-Unis à Sparte n’est pas aussi évidente et valorisante pour les États-Unis que le croient ceux qui la mettent en avant. »

Lucidité et modération

« Thucydide et les relations internationales » par Monique Mund-Dopchie. Editons de l’Académie, collection « L’Académie en poche » – VP 7 euros, VN 3,99 euros

Dans la collection « L’Académie en poche », la Pre Mund-Dopchie enquête sur la vision de l’historien de l’Antiquité. Son « Thucydide et les relations internationales » évoque la biographie de l’Athénien. Analyse les textes qui abordent des questions de politique entre les cités-États. S’intéresse à leur influence sur des penseurs, journalistes et politologues occidentaux.

Monique Mund-Dopchie souligne la qualité de la méthode utilisée par Thucydide, auteur des 8 livres sur l’ « Histoire de la guerre du Péloponnèse ». Un conflit qui opposa, pendant 27 ans, Athènes et ses alliés à une coalition de cités péloponnésiennes dont Sparte prit la tête.

« Thucydide essaie d’établir les faits en établissant le sérieux des témoins et en recoupant leurs témoignages. » Au contraire de l’historien Hérodote qui recueille toutes les informations en les soumettant uniquement au crible de la vraisemblance.

Pour la Pre Mund-Dopchie, membre de la Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques de l’Académie royale de Belgique, il ne faudrait pas utiliser le « capital impérissable » de Thucydide sans tenir compte de son environnement. Ni limiter la « leçon » de l’ « Histoire de la guerre du Péloponnèse » aux seules analyses stratégiques. « Peut-être est-ce l’exigence de lucidité et de modération qui constitue la leçon la plus actuelle de Thucydide à une époque agitée », conclut la chercheuse qui se consacre à la survie des auteurs grecs dans la culture occidentale.

A Liège, des chercheurs dissèquent les jeux vidéo

Durée de lecture : 4 min
«Culture vidéoludique!» par le Liège Game Lab. Editions Maison des Sciences de l’Homme, Coll «Petite collection MSH» – VP 10€

Avec la «Culture vidéoludique!», le Liège Game Lab enrichit la «Petite collection MSH» des Presses universitaires de Liège. Les publications de la Maison des Sciences de l’Homme de l’ULiège alimentent un espace de réflexion, d’échange et d’engagement pour un large public.

Pleins feux sur les réalisations des amateurs

Les chercheurs du Liège Game Lab sont issus de différentes disciplines des sciences humaines. Pour eux, le jeu vidéo est un objet culturel. Comme la littérature, la musique, le cinéma, la BD ou les séries télévisées. Cela leur permet d’étudier l’avant, l’après et l’à-côté du jeu. De se pencher sur les joueurs secondaires qui observent les comportements des autres joueurs. De dresser un panorama de la recherche sur l’avatar, ce virtuel pilotable par les joueurs. D’examiner l’univers fictionnel de l’activité. De nouer un lien entre jeu vidéo, littérature, cinéma, presse spécialisée. De s’intéresser aussi aux réalisations des amateurs qui ne sont pas rémunérés par leurs œuvres.

Ces passionnés utilisent des logiciels d’aide à la création. «Une grande partie des utilisateurs se rassemble autour de forums en ligne et se constitue en communautés de pratique, mais aussi de goûts», explique le chercheur Pierre-Yves Hurel qui détaille 500 façons de faciliter la création. «Par exemple, nous comptons plus de 50 forums francophones actifs ou fermés prenant le logiciel RPG Maker comme objet. Les amateurs y présentent leurs créations. Cherchent à obtenir des commentaires et avis pour les aider à avancer.»

«Le jeu vidéo amateur n’est pas qu’un espace de production d’œuvres», souligne l’assistant au Département des Arts et Sciences de la Communication de l’ULiège.

«Il recouvre aussi différents espaces sociaux partagés dans lesquels les membres élaborent et discutent des critères de définition, de bon goût, d’esthétique. Plus généralement, c’est surtout le bouillonnement créatif, la cohabitation de projets formels hétérogènes et des projets personnels qui nous semblent être des marqueurs de distinction importants avec le jeu vidéo commercial.»

Le chercheur demande qu’on accompagne la reconnaissance du jeu vidéo amateur. Pour protéger les droits des créateurs. Développer une approche du jeu vidéo en tant qu’espace de démocratie culturelle.

Les joueurs partagent leurs créations

Des joueurs s’emparent de jeux vidéo pour produire des œuvres dérivées. «La conception du premier jeu vidéo résultait déjà d’un acte ludique», rappelle l’aspirante F.R.S.-FNRS Fanny Barnabé qui poursuit son doctorat à l’ULiège. «Il s’est exprimé par le détournement de l’usage conventionnel d’un super calculateur du Massachusetts Institute of Technology (MIT). C’est en effet à partir des expérimentations informatiques d’un groupe d’étudiants se faisant appeler hackers que Spacewar a vu le jour en 1962.»

Certains joueurs réutilisent des personnages, des situations. D’autres ajoutent des niveaux. Fixent des contraintes. Notamment en exploitant les bugs, ces erreurs informatiques.

Selon la chercheuse, les jeux vidéo semblent encourager une forme de réception créative. «Des joueurs peuvent aujourd’hui partager leurs créations avec un large public. S’organiser en communautés autour de sites ou forums de référence. Ou encore, échanger entre eux de bonnes pratiques et développer un discours réflexif sur leur activité.»

La course aux nouveautés

La presse jeu vidéo a besoin de la nouveauté pour intéresser ses lecteurs. La nouveauté a besoin de la presse spécialisée pour se faire connaître…

«Cet aspect promotionnel pèse lourd sur les épaules des journalistes actuels», constate le journaliste Boris Krywicki, assistant et doctorant au Département Culture, Médias et Communication de l’ULiège. «Ils doivent jongler entre passion et professionnalisme pour parler de jeu vidéo sans incarner des fans fascinés.»

«Actuellement, la diversité de la production vidéoludique est telle qu’il semble délicat pour les journalistes de se reposer sur les canons établis. Aujourd’hui, un jeu vidéo peut aussi bien frôler les 250 millions de dollars de budget qu’être façonné par un ou deux créateurs sur fonds propres. Il est impossible pour la presse jeu vidéo d’évaluer la qualité des titres contemporains sans se positionner idéologiquement par rapport à leurs modes de production.»

L’internet bouscule les médias papier, force les journalistes à se remettre en question… «La presse en ligne a, au départ, supplanté les magazines grâce à sa réactivité éditoriale. Plutôt que de s’épuiser à rattraper la course aux nouveautés, les journalistes empruntent des chemins de traverse et tentent de se placer tantôt en surplomb, tantôt de côté.»

La forêt de demain pousse à Marche-les-Dames

Durée de lecture : 7 min

Série (5/5) : “Auprès de mon arbre…”

Pour un saut dans le futur, rendez-vous au lieu-dit de la patte-d’oie. La forêt de Marche-les-Dames présente en effet les atours de la forêt diversifiée qui se rencontrera largement demain. Car le temps de la monoculture forestière est révolu. Les épicéas, sauvagement décimés l’an dernier par une invasion de scolytes, ne diront pas le contraire. Les changements climatiques se font d’ores et déjà sentir dans nos forêts. Et les attaques de pathogènes n’en sont qu’un volet. En espérant limiter la casse dans les prochaines décennies, des chercheurs et des gestionnaires forestiers se tournent désormais vers la forêt mélangée, assurée en grande partie par une régénération naturelle.

La forêt domaniale de Marche-les-Dames est une zone Natura 2000. Ici, les espèces exotiques sont interdites. Le chêne rouge ? Le châtaignier ? Ces essences ne sont pas les bienvenues. « On ne travaille qu’avec des espèces indigènes”, explique Xavier Vandevyvre, agent du DNF et gestionnaire de la forêt de Marche-les-Dames. “De plus, on ne peut pas introduire de résineux là où il n’y en avait pas précédemment. » Honneur est fait aux feuillus bien de chez nous.

Une sélection génétique naturelle

La nature a horreur du vide. L’espace laissé par un arbre prélevé est vite comblé par l’action de la régénération naturelle. C’est la meilleure façon pour voir s’installer des successeurs aptes à survivre aux changements climatiques. Un arbre sur pied produit des centaines de milliers de graines. Ayant lui-même survécu aux aléas climatiques, il a donc déjà été sélectionné génétiquement. Par la suite, les plantules issues de la germination de ses graines se livreront une concurrence entre elles et avec les plantules d’autres espèces. Les meilleures, les plus aptes, parviendront à entamer leur croissance. A la survenue d’une sécheresse, une nouvelle sélection naturelle s’opérera.

Cellule en régénération spontanée dans la forêt de Marche-les-Dames. © Laetitia Theunis
Cellule en régénération spontanée dans la forêt de Marche-les-Dames. © Laetitia Theunis

«  On mise donc sur une sélection génétique naturelle et de temps à autre, on introduira une espèce différente, contrôlée, par petites touches», précise Hugues Claessens, professeur d’écologie forestière et de gestion des ressources forestières au sein du département BIOSE (Biosystem Engineering) dans le centre de recherches TERRA à Gembloux Agro-Bio Tech.

L’alisier torminal, un bon candidat par rapport aux changements climatiques

C’est ainsi que dans une clairière, des arbrisseaux en ligne sont entourés d’un grillage les mettant à l’abri de l’appétit des cervidés. Ce sont des alisiers torminaux, des arbres appartenant au genre des sorbiers.« Cette essence, c’est le Graal des propriétaires forestiers, raconte Hugues Claessens.Il y a quelques dizaines d’années, les comptoirs des banques suisses étaient fabriqués avec ce bois doté d’un beau grain. Du coup, les riches en ont voulu. C’est un arbre qui s’est vendu à des prix de fou. »

Si aujourd’hui, la mode est passée, l’espèce demeure très intéressante. En effet,  elle est méridionale, a sa limite de dispersion en Belgique et on ne lui connaît pas encore de pathogènes. « On sait bien que le climat va lui devenir de plus en plus favorable, poursuit-il.C’est pourquoi beaucoup de gestionnaires forestiers installent des petites cellules d’adaptation progressive de la forêt, comme c’est le cas ici. » Celle de Marche-les-Dames a été plantée en 2005.

Plantation d'alisiers dans forêt de Marche-les-Dames © Laetitia Theunis
Plantation d’alisiers dans forêt de Marche-les-Dames © Laetitia Theunis

Le hêtre, arbre en voie de disparition

Parmi les jeunes alisiers, un merisier pousse bien droit. Aussi appelé cerisier sauvage, il produit un bois de qualité pour de la menuiserie de haut niveau. Jadis, son prix de vente a été très élevé, peut-être qu’un nouveau marché prometteur s’ouvrira à l’avenir. Dans les trouées d’enrichissement, on peut compter sur l’établissement naturel de cette espèce indigène.  Tout comme sur le bouleau verruqueux et le bouleau pubescent qui pousse préférentiellement en haute Ardenne. Tous deux sont des colonisateurs faciles dès qu’il y a une mise à blanc. Ou peut compter aussi sur l’érable, le chêne et le charme.

Quid du hêtre ?  Il est en train de disparaître de nos forêts. Le climat ne lui convient plus et cela va aller en s’empirant. Dans sa  thèse de doctorat, Nicolas Latte, désormais assistant de recherche en gestion des ressources forestières à Gembloux Agro-Bio Tech, a montré que, parmi les feuillus, le hêtre est une des espèces les plus sensibles aux changements climatiques. « C’est une essence qui ne supporte pas trop ni les sécheresses ni les canicules. Et quand ces deux événements ont lieu ensemble, c’est la catastrophe. 

Le changement climatique, favorable au tilleul

Par contre, le tilleul à petites feuilles tire clairement son épingle du jeu. « J’ai pu montrer que cette essence n’a pas du tout été impactée par le changement climatique ces 50 dernières années,  son accroissement est stable. Ses réactions au climat sont stables aussi. Le tilleul  a même tendance à s’améliorer, à « profiter » légèrement du changement climatique », poursuit-il. Bien qu’affectée par les années sèches, la croissance du tilleul à petites feuilles se restaure immédiatement l’année suivante. Cela s’expliquerait par un enracinement capable de mobiliser des ressources en eau dans les profondeurs du sol et les failles de la roche. Mais aussi par sa capacité à limiter sa transpiration pendant les journées trop chaudes, réduisant les pertes d’eau et évitant le dessèchement de ses tissus.

« Peut-être devra-t-on planter des tilleuls car cette essence est trop peu représentée dans la forêt actuelle. Mais avoir toutes les autres espèces sous la main, qui vont repartir en semis naturel, c’est une manière de s’adapter aux changements», dit Hugues Claessens.

Diversifiée, la forêt tient mieux le coup en cas de sécheresse

Voilà un an que Xavier Vandevyvre s’occupe de la forêt de Marche-les-Dames. Son prédécesseur a veillé de longue date à diversifier la forêt. Cesarbres en mélange ont-ils mieux résisté aux événements climatiques de ces dernières années ? « Oui, assure Hugues Claessens, quand il y a des coups de sécheresse on voit clairement ceux qui souffrent et ceux qui tiennent le coup. En 2018, c’était frappant. Le fait d’être dans une forêt diversifiée, ça limite la casse. »

Pour l’expliquer, plusieurs aspects entrent en compte. Le premier est écologique. Il s’agit de l’enracinement, différent selon les espèces, comme l’explique Nicolas Latte, en prenant deux espèces emblématiques en exemple :

Ensuite, les feuilles des différentes essences ne se décomposent pas à la même vitesse. En tombant sur le sol, elles forment la litière forestière. Celle-ci se transforme en humus riche en matières minérales au fur et à mesure que les feuilles se décomposent. Mais celles du hêtre prennent énormément de temps. Il faut compter environ deux ans avant que les minéraux qu’elles contiennent ne repartent dans le sol et puissent être utilisés par les arbres. Au contraire, le feuillage du bouleau se décompose très vite. Il redynamise donc beaucoup plus rapidement le cycle du sol. En cumulant ces deux particularités, les forêts mélangées sont en quelque sorte des forêts mieux nourries.

Moins de risque d’attaque de pathogènes

Aussi, les forêts mélangées donnent du fil à retordre aux pathogènes et diluent par là le risque de maladie. Prenons d’abord un contre-exemple : dans les monocultures d’épicéas, les scolytes sont à la fête. Trouver des arbres à grignoter est si facile, tous les voisins conviennent. Dans ces conditions, le nombre d’insectes ravageurs, même au départ d’un petit foyer, grimpe rapidement de façon exponentielle. Au contraire, dans les forêts mélangées, trouver un arbre hôte est bien plus difficile. Imaginons un pathogène du chêne, si son espèce fétiche est dispersée parmi des hêtres et des bouleaux, il la trouve moins facilement et finit par se perdre et se faire dévorer.

A l’avenir, il est à craindre que de nouveaux pathogènes arrivent en Belgique. Mais on ne sait ni quelle essence sera menacée ni quand cela arrivera. « Face à cette incertitude, la meilleure solution pour le forestier est de diversifier le plus possible », assure Nicolas Latte. Cela semble être un pari de bon sens face à un avenir climatique incertain.

Les arboretums à la rescousse

Durée de lecture : 5 min

Série (4/5) : “Auprès de mon arbre…”

L’épicéa va mal. Les scolytes ravageurs ne sont qu’un des multiples stress qui les accablent. Tant est que les spécialistes ne donnent pas cher de son avenir. Accablée par les multiples facettes du changement climatique, cette essence phare de notre industrie forestière pourrait disparaître de nos forêts. Face à cette prévision, des chercheurs de l’UCLouvain s’intéressent aux arboretums. Ils espèrent y trouver un remplaçant résineux à l’épicéa. De quoi rassurer l’industrie tout en diversifiant la forêt wallonne.

A la recherche du remplaçant idéal

Il ne fait aujourd’hui nul doute que l’épicéa est très sensible aux effets du changement climatique. Or l’essence est omniprésente en Wallonie. Elle représente près de 80% de l’ensemble de résineux au sud du pays, lesquels forment 43% de la forêt wallonne. Mais les choses sont en train de changer. La surface couverte par l’épicéa diminue drastiquement. Or la dynamique filière bois wallonne fonctionne majoritairement sur l’exploitation de cette essence. Il est urgent de lui trouver un substitut.

Sans compter que dans le contexte de changement climatique, une forêt saine est un puits de carbone. L’usage du bois comme matériau de construction permet en plus à cette séquestration de CO2 de durer dans le temps. Si cela ne va pas solutionner le problème du réchauffement, cela va au moins permettre de gagner du temps. Et si la solution venait de l’une des 204 espèces exotiques que les botanistes ont implantées dans les 27 arboretums belges au début du siècle dernier?

A Seraing, l’Arboretum de la Vecquée compte un hôte de marque, un séquoia géant venu de Californie. Mais ce n’est pas sur ce mastodonte que les chercheurs se sont concentrés. Sapin de Nordmann, Cyprès de Lawson et Thuya géant lui ont été préférés. C’est que, dans leur aire d’origine, ceux-ci présentent des caractéristiques intéressantes : ils sont résistants à la sécheresse et poussent rapidement tout en produisant du bois de qualité.

La dendrochronologie révèle l’adaptation des espèces exotiques à notre climat

Mais avant de les ériger en successeurs à l’épicéa, il faut d’abord tenter de s’assurer qu’ils tiendront le coup face aux bouleversements du climat à venir. Pour glaner quelques indices, des chercheurs explorent l’adaptation de ces 3 espèces exotiques à notre climat. A cette fin, ils remontent le temps vers le début du XXe siècle. C’est-à-dire au moment où ces essences ont été plantées.

Issus de 11 des 27 arboretums que compte la Belgique, tous centenaires ou presque, les résineux étudiés détiennent dans leur bois la mémoire de leur adaptation à notre climat. Pour en prendre connaissance, la dendrochronologie est une méthode de choix. Sans entrer dans les détails, il s’agit de prélever une fine carotte de bois sur les arbres vivants et d’en mesurer la largeur des cernes, c’est-à-dire la quantité de bois produite chaque année. Une méthode d’analyse d’inter-datation donne ensuite toutes sortes d’indices qui, mis en lien avec les données climatiques historiques, révèlent comment les arbres se sont comportés au fil du temps.

Carottage d'un Nordmann dans la forêt de Saint-Hubert © UCLouvain-ELIE
Carottage d’un Nordmann dans la forêt de Saint-Hubert © UCLouvain-ELIE

Au bout d’environ deux ans de recherche cumulés, où en est-on ? Pas moins de 251 arbres ont été carottés – 75 sapins de Nordmann, 99 cyprès de Lawson et 77 thuyas – et les multiples cernes de ces arbres centenaires ont été mesurés.

« On va désormais travailler sur les indices climatiques. Il s’agit de fouiller un peu plus dans le détail et de voir ce que l’on peut sortir comme info sur l’écologie de ces 3 espèces lorsqu’elles sont plantées en Belgique. Étant donné que depuis 25-30 ans, on est dans un contexte de changement climatique, il s’agit de voir si ces essences réagissent déjà. A partir de la croissance de chaque arbre, on étudie comment l’individu réagit à l’environnement d’une année à l’autre, en ping-pong”, explique Caroline Vincke, professeure de sciences forestières  au sein du Earth and Life Institute (ELIE) de l’UCLouvain l’UCLouvain, avant de préciser davantage cette recherche, soutenue par l’accord-cadre de recherches et vulgarisation forestière:

 

 

En effet, si le premier objectif est de trouver des espèces qui permettraient de diversifier la forêt wallonne et de remplacer l’épicéa là où il disparaît ou est moribond, on pourrait aussi imaginer de les implanter en mélanges. «  Ces espèces n’auraient alors pas vocation d’être très productives mais présenteraient un intérêt de plus pour l’écosystème ou aideraient l’épicéa à mieux tenir le choc. Ce sont des hypothèses. » 

Pas dans un milieu strictement forestier

En arboretum, les arbres vivent dans un milieu relativement protégé. Ils sont à mille lieues des conditions environnementales qui règnent dans les forêts. Là, la vie s’y fait en grands massifs, parfois denses, et les interactions avec les autres arbres sont multiples, qu’elles soient de compétition ou de coopération. Partant de cela, « nous allons devoir être prudents dans la façon d’interpréter les données ».

Autre limitation : seuls les arbres qui ont survécu aux événements du dernier siècle sont passés au crible. « On ignore combien sont morts dans l’aventure. On ne sait pas non plus à quelle vitesse ils ont poussé en hauteur – on pourrait le faire, mais ça nécessiterait de les abattre, donc ne va pas le faire -. » Par ailleurs, ce projet n’a pas pour vocation d’étudier les propriétés mécaniques du matériau bois ou de confirmer sa performance en tant que bois de structure. « Il sera nécessaire d’avoir des études complémentaires si on veut des confirmations. » Et si l’on veut élire rapidement un remplaçant à l’épicéa.

A Gedinne, on mise sur la diversification des essences

Durée de lecture : 6 min

Série (3/5) : “Auprès de mon arbre…”

Diversifier. C’est l’une des grandes stratégies d’atténuation des impacts du changement climatique en forêt. Leurs gestionnaires publics comme privés s’apprêtent à dire adieu aux forêts équiennes monospécifiques. C’est-à-dire dont les peuplements sont composés d’individus de la même espèce et du même âge. Ce changement de système cultural est une question de bon sens afin d’augmenter les chances de voir certains individus résister aux aléas climatiques à venir, tels que les sécheresses. Et donc d’éviter aux forestiers des pertes sèches massives, à l’image de ce qu’il advint suite à la crise des scolytes. Mais quelles essences mettre ensemble pour garantir un bon rendement?

Associer plusieurs espèces d’arbres pourrait permettre de répartir les risques climatiques à venir, d’utiliser les ressources nutritives de manière complémentaire, de profiter de sensibilités différentes aux aléas, le tout en révélant un rendement de bois intéressant. Au conditionnel, car en matière forestière, il n’est pas de loi générale, mais une multitude de cas particuliers. Quentin Ponette, professeur en écologie forestière à l’UCLouvain, a fait de cette thématique son cheval de bataille.

Une forêt wallonne expérimentale

A Gedinne, un terrain communal est planté d’une forêt expérimentale. Ce dispositif, connu sous l’appellation Forbio (FORest BIOdiversity and Ecosystem Functioning), est spécialement conçu pour tester les effets de la diversité des essences sur le fonctionnement des écosystèmes forestiers. Deux sites frères sont situés en Flandre, l’un à Zedelgem, l’autre à  Hechtel-Eksel.

Peuplements mélangés dans trois forêts expérimentales © FORBIO-UCLouvain

Tous trois sont construits selon un quadrillage au sol délimitant une quarantaine de parcelles de 4,5 m de côté. Chacune abrite 9 arbres éloignés l’un de l’autre de 1,5 m. « On part d’un pool de 5 espèces ligneuses adaptées au site mais fonctionnellement différentes. » A Gedinne, il s’agit de l’érable, du chêne sessile, du hêtre, du mélèze hybride et du douglas, soit 5 espèces intéressantes pour l’industrie belge du bois.

« De là, on constitue différents niveaux de richesse : certaines placettes sont des monocultures alors que leurs voisines sont des peuplements de 2, 3 et 4 espèces. Et pour chaque niveau de richesse, il y a 5 types de compositions : 5 monocultures, 5 peuplements.Chaque espèce est donc présente à une fréquence similaire“.

Au total, à Gedinne, on dénombre plus de 30.000 arbres sur 8 hectares.

«  Entre espèces mélangées, il n’y a pas que des effets positifs, donc pas que de la coopération, il y a aussi de la compétition. Il est dès lors très important d’avoir des dispositifs suffisamment grands ; et ce, afin d’en tirer des infos en termes de gestion forestière qui puissent directement servir », explique le Pr Ponette,  qui s’occupe de la gestion du site expérimental de Gedinne.

Eclaircies, coupes diverses, la forêt expérimentale est entretenue comme s’il s’agissait d’une forêt de rente classique. L’un des objectifs est en effet de pérenniser la production de bois pour l’industrie dans un contexte de climat changeant.

Globalement, la réponse au mélange est positive, mais …

Les trois forêts belges expérimentant les peuplements mélangés ont été mises en place entre 2009 et 2012. Presque une dizaine d’années plus tard, quels enseignements peut-on en tirer ?

«Globalement, des études réalisées sur la croissance des arbres montrent que les mélanges sont plus productifs par rapport aux monocultures correspondantes. Si cela est vrai en moyenne, cet effet varie toutefois assez fort selon la composition spécifique. Il y a en effet de fortes disparités selon les espèces en présence », explique le Pr Ponette.

Pourquoi la productivité est-elle plus importante dans certains cas spécifiques ? Le spécialiste évoque l’importance des conditions du milieu :

 

De nombreuses questions cruciales attendent encore de trouver réponse. Le site expérimental est ouvert à tout chercheur qui souhaiterait y mener des recherches.

Parmi les siens ou en mélange, le chêne s’en fout

Dans un autre dispositif, hêtres et chênes ont été mélangés. Résultat ? Le hêtre bénéficie de la présence du chêne en termes de croissance. Autrement dit, il grossit plus vite. Par contre, quand survient un événement de sécheresse, il en souffre bien plus en mélange avec le chêne qu’en monoculture.

« Dans ce cas précis, l’augmentation de sa croissance, et de sa demande en ressources, le fragilise en quelque sorte. Notre hypothèse est qu’il devient moins capable de réguler sa transpiration quand il y a un problème de déficit hydrique. »

Quid du chêne ? Montre-t-il des avantages à être planté en mélange avec le hêtre ? « On n’observe ni de réponse en termes de croissance ni de réponse en termes de sensibilité à la sécheresse. Cela montre la complexité de ces études de mélanges. Il est difficile de mettre à jour une règle générale. »

Le couple hêtre – pin sylvestre sous la loupe européenne

Sous l’impulsion donnée par une action COST dénommée EuMIXFOR (European Network on mixed forests),  un large réseau européen de chercheurs en sciences forestières entend bien y voir clair sur les mécanismes sous-jacents. De la Suède à l’Espagne, en passant par la Belgique, l’Italie ou encore la Bulgarie, ce groupe dynamique a mis en place un vaste dispositif européen de triplets. Chacun est composé d’une première placette de hêtre en monoculture, d’une seconde de pin sylvestre en monoculture, et d’une troisième hébergeant le mélange des deux espèces.

 

© foretnature.be

L’étude des peuplements purs montre que les deux espèces utilisent l’eau de manière contrastée, le hêtre étant beaucoup moins économe que le pin sylvestre. Les associer dans un même peuplement peut modifier le fonctionnement de chacune. Résultat ? Si le mélange d’espèces est, en moyenne, bénéfique pour le hêtre ; le pin sylvestre, au contraire, pâtit de cette alliance.

L’effet du mélange est intimement lié à la disponibilité en eau. Dans des sites qui en sont bien pourvus,  le mélange d’espèces est, en moyenne, bénéfique pour le hêtre. Quant au pin sylvestre, au contraire, il souffre de cette alliance. Cela refléterait la forte compétition exercée par le hêtre dans ces conditions.

Lorsque le sol est sec, les deux espèces trouvent leur compte en étant en couple. Par contre, en cas d’épisodes ponctuels de sécheresse, le mélange n’améliore pas de manière systématique la résistance de leur peuplement.

Pas un remède miracle

Finalement, avec tant de fluctuations dans les réponses, l’avenir est-il aux forêts mélangées ? Pour répondre à cette question brûlante, Quentin Ponette, professeur en écologie forestière à l’UCLouvain est prudent.

« Concernant la sécheresse, certains ont avancé que le mélange était la panacée. Mais des études montrent que cela peut différer fondamentalement selon les conditions du milieu et selon les espèces associées. Les résultats  vont dans tous les sens. Ensuite, il faut pointer que l’effet du mélange est quand même limité : ce sont des effets qui jouent à la marge par rapport aux peuplements purs. On n’assiste pas à des augmentations de rendement de 50 %, c’est souvent beaucoup plus ténu. »

Le mélange d’espèces forestières ne serait donc pas un remède miracle face aux défis auxquels la forêt wallonne, et par extension européenne, sera confrontée. Néanmoins, « il s’agit d’une stratégie de gestion intéressante qui permet d’améliorer les performances des peuplements dans certaines circonstances. Et par là elle doit être envisagée en complément d’autres approches. Il y a de la place pour différentes stratégies d’adaptation par rapport aux changements climatiques », conclut le chercheur.

Les bois ont la mémoire du stress

Durée de lecture : 7 min

Série (2/5) : “Auprès de mon arbre…”

Un doux effluve de forêt envahit les narines. Sur les paillasses, des carottes. Pas des légumes, mais de fins tronçons de bois prélevés à l’horizontale de l’écorce jusqu’au cœur des arbres, à l’aide d’une tarière. Après séchage et polissage au microtome, les carottes sont placées dans des languettes rainurées en épicéa. Ces portoirs permettent de les observer plus facilement au binoculaire. Les cernes sont alors passés au crible, la quantité de bois produite chaque année est mesurée. La mémoire de l’arbre est ainsi scannée. Au laboratoire  des sciences forestières du Earth and Life Institute (ELIE) de l’UCLouvain, on s’intéresse aux multiples stress ressentis par les arbres. Car oui, eux aussi souffrent de ce mal du siècle. Et cela se lit dans leur bois.

Prélèvement d'une carotte de sapin de Nordmann dans la forêt de Saint-Hubert à la tarière à main. © UCLouvain-ELIE
Prélèvement d’une carotte de sapin de Nordmann à la tarière à main dans la forêt de Saint-Hubert. © UCLouvain-ELIE

Le chêne pédonculé a tout particulièrement retenu l’attention ces dernières années. C’est qu’en 2014, la situation était alarmante en Wallonie. Plus de 1000 hectares de chênaies étaient affaiblis. Dans le jargon, on dit qu’elles étaient « dépérissantes » : leurs arbres portaient peu de feuilles et poussaient très lentement. La mortalité s’élevait dans certains peuplements jusqu’à 80 %. Ce triste constat a été dressé lors d’une enquête menée par le Département de la Nature et des forêts (DNF) et l’Observatoire wallon de la santé des forêts.

Détail de la carotte prélevée à la tarière. © UCLouvain-ELIE
Détail de la carotte prélevée à la tarière. © UCLouvain-ELIE

Remonter le temps grâce à la dendrochronologie

Comment expliquer un tel drame ? Quels sont les stress subis par ces arbres qui les ont amenés petit à petit à passer de vie à trépas ? Voilà qui a occupé une équipe de chercheurs menés par Caroline Vincke, professeure de sciences forestières, grâce aux financements de l’Accord-cadre de recherches et de vulgarisation forestière. La dendrochronologie s’est vite imposée comme une méthode de choix.

« On voulait voir ce que les arbres avaient archivé comme information sur leur histoire. Et l’indicateur le plus probant pour cela, ce sont les cernes. Il s’agit de la quantité de bois produite par l’arbre en un an. Grosso modo, quand il est large, c’est que l’arbre allait bien cette année-là, qu’il a bien profité de son environnement. Par contre, quand le cerne est tout petit, c’est que pour une raison ou une autre, il a dû travailler au minimum. »

Par cette méthode, on peut également mettre au jour le contraste entre la quantité de bois qu’un arbre a fait au printemps et celle qu’il a produite en été. Et obtenir des informations plus détaillées encore : dans le bois de printemps, on peut compter le nombre de vaisseaux conducteurs que l’arbre a construit, mesurer leur surface et essayer d’en déduire sa capacité à conduire l’eau des racines jusqu’aux feuilles.

Carottes de bois séchant dans les languettes rainurées © Laetitia Theunis
Carottes de bois séchant dans les languettes rainurées © Laetitia Theunis

Des données météo historiques comme indices

Grâce à la dendrochronologie, les scientifiques peuvent affirmer qu’un arbre a subi un stress à un moment donné. Mais quel était la nature de ce stress ? Ici commence un autre volet de la recherche : collationner et analyser les données environnementales historiques. Notamment la météo. Depuis les années 60, l’IRM et d’autres organismes organisent un suivi assez fin de la météorologie wallonne.

« Bon an mal an, on peut, selon les périodes, calculer des indices de stress. Ça peut être un indice de gelée, d’intensité de l’hiver, de stress hydrique printanier, de stress hydrique estival, de la vitesse du vent. On parvient à convertir ces données météo en indicateurs de stress potentiels pour les arbres », explique Pr Vincke. Mais on ignore si les arbres souffrent davantage d’un stress aigu que d’une succession de petits stress chroniques, comme l’explique la scientifique :

 

Les stress biotiques historiques sont peu voire pas documentés

Par ailleurs, à la météo de jadis s’ajoutent d’autres dimensions environnementales historiques. Si les stress de type « climat » ou « sol »peuvent être simulés, il n’en est rien pour les attaques d’insectes et d’autres organismes vivants, comme l’explique le Pr Vincke :

 

Depuis 2014, l’Observatoire wallon de la santé des forêts organise des suivis concernant les attaques de pathogènes. « Dans 25 ans, les chercheurs en sciences forestières auront ces données historiques à disposition. Nous, quand on travaille dans le passé, on doit faire des hypothèses sur les stress biotiques, on se base sur les événements majeurs qu’on a pu recenser dans la littérature, et c’est tout. Il y a donc une part d’incertitude. »

Pour les chênes, le stress déclencheur a eu lieu dans le milieu des années 80

Devantave, Basse-Bodeux, Rienne et Louette. Quatre peuplements, sis sur des sites ardennais contrastés, ont été sélectionnés en 2014 pour étudier de près l’hécatombe des chênes pédonculés. Ces chênaies affaiblies et mourantes hébergeaient toutes des arbres quasi centenaires. Par leurs analyses dendrochronologiques, les chercheurs ont donc remonté le temps jusqu’au début du XXe siècle.

Leurs arbres ont été catégorisés en « sain », « dépérissant » et « mort » selon l’observation de leur houppier, c’est-à-dire de leur couronne. Lorsque l’arbre est en pleine santé, celle-ci est densément couverte de feuilles jusqu’à son extrémité. Si ce n’est pas le cas, c’est un symptôme révélant l’affaiblissement de l’arbre.

La recherche a permis de montrer que les chênes morts et affaiblis en 2014 ont commencé à montrer des signes de faiblesse dans le milieu des années 80. « Le dépérissement est donc un processus très lent. Il a été enclenché, plus que probablement suite à la très grosse sécheresse de 1976, laquelle a été suivie dans les années 80 par d’autres sécheresses et par plusieurs années avec des hivers très rigoureux. »

La suite des événements a conditionné leur devenir. Tous les autres stress – extrêmes ou chroniques – subis par la suite jusqu’en 2014 ont empêché les chênes affaiblis de récupérer et de se rétablir. Si les arbres possèdent normalement une réelle capacité à résister aux stress, la condition sine qua nonpour qu’elle s’exprime est de disposer d’une longue période de récupération dénuée de stress.

Mieux gérer la forêt en amenuisant les critères de vulnérabilité

Cette recherche permet de mieux comprendre la réaction des arbres aux stress répétés et donc de mieux gérer les forêts.

« Cette étude avait du sens, car on sait que l’environnement des arbres, qui est aussi le nôtre,  évolue en permanence et pas forcément dans un sens qui est rassurant. C’est-à-dire qu’on va vers des conditions climatiques inédites, avec une augmentation progressive de la température.  On l’observe déjà en Wallonie depuis au moins 15 ans, avec une diminution des précipitations au printemps et en été. On le mesure dans nos stations expérimentales. Les événements extrêmes, imprévisibles, comme 2018, 2017, au printemps 2011, il y a en a beaucoup”, explique Pr Caroline Vincke.

Ce changement climatique  s’accompagne d’une pollution qui est aussi un facteur d’affaiblissement des arbres. Il dérégule aussi le cycle des pathogènes : on ne sait pas trop bien lesquels vont apparaître, lesquels vont être rendus plus virulents, etc. Le contexte d’incertitudes est préoccupant car on ne connaît pas la capacité de récupération, d’adaptation des arbres. »

Et de conclure, « plus que jamais, il convient de s’assurer que les arbres soient plantés à un endroit qui leur convient aujourd’hui mais aussi compte tenu des risques futurs ; de s’assurer qu’ils soient  avec les bons compagnons (mélange avec d’autres espèces, NDLR) et de s’assurer qu’ils soient plantés selon la bonne densité (qui leur permet un accès aisé à l’eau et aux éléments minéraux, NDLR). » Les premiers stades d’une forêt, soit les 20 premières années, sont les plus fragiles. Gageons que les forestiers veilleront à leur chevet.

 

La forêt wallonne simulée par un demi milliard d’arbres virtuels

Durée de lecture : 4 min

Série (1/5) : “Auprès de mon arbre…”

La vie n’est pas un long fleuve tranquille. C’est vrai également pour la forêt wallonne. Au cours des dernières décennies, elle a connu des changements de composition rapide. En particulier une évolution rapide des épicéas qui perdent environ 27.000 hectares par an. En grande partie au profit des feuillus et du douglas. Face à ces bouleversements, il est de bon ton de s’interroger : quel est l’avenir de nos ressources forestières? Des chercheurs de l’ULiège ont développé un outil numérique pour apporter réponse, notamment au Département de la Nature et des Forêts (DNF) et aux industries qui dépendent du bois belge.

Mises bout à bout, les forêts wallonnes couvrent un tiers de la superficie de la région. Sur ces 556.200 hectares dévolus aux arbres, 475.200 hectares, soit 85 %, sont des peuplements appelés productifs. Ces forêts sont composées majoritairement de feuillus (57%), les résineux représentant quant à eux 43 % des espèces.

Pour les gérer durablement, il est essentiel de disposer d’informations sur leur évolution au cours du temps. Ce travail de fourmi est assuré par l’Inventaire Permanent des Ressources Forestières de Wallonie (IPRFW). Et ce, grâce à un réseau d’observations de plus de 11.000 placettes d’échantillonnage dont les arbres sont mesurés tous les 5 à 15 ans.

La forêt wallonne désormais simulée par 500.000.000 arbres

Mais voilà, aujourd’hui, tout va vite. Les opportunités économiques et les prises de décisions politiques ne peuvent pas attendre. Le réchauffement climatique est à nos portes et ses effets commencent à se faire sentir. Pensons au désastre causé en quelques mois sur les épicéas par l’invasion de scolytes. Il fallait donc parvenir à caractériser la ressource forestière et son évolution avec un pas de temps plus court. Sous la direction de Jacques Hébert, professeur en gestion des ressources forestières à Gembloux Agro-Bio Tech, Jérôme Perin s’y est attelé. Il a développé un modèle numérique robuste pour simuler l’évolution de la forêt wallonne : la totalité de la forêt wallonne est ainsi représentée par plus d’un demi-milliard d’arbres virtuels.

La forêt, c’est un ensemble hétérogène, difficile à modéliser. Les couches orthographiques aériennes qui existent sur toute la Wallonie ont tout d’abord été utilisées pour mettre à jour les inventaires permanents des ressources forestières de Wallonie.

« Nous avons ensuite modélisé la dynamique forestière, c’est-à-dire modélisé la manière dont les forêts évoluent. Les sources  de données sont à nouveau celles mesurées pour l’IPRFW. Ça représente 100.000 arbres mesurés environ entre 1994 et 2004. Les principaux processus sylvicoles que nous avons simulés sont la croissance, le recrutement, les éclaircies au niveau arbre et les coupes rases et les successions au niveau peuplement. Tous ces modèles ont ensuite été introduits dans un logiciel de simulation qui permet au départ d’inventaires de recréer une image virtuelle de la forêt wallonne. On recrée 100.000 peuplements virtuels de 5 ha chacun, ça représente 500 millions d’arbres simulés. C’est une simulation grandeur nature de notre ressource forestière », explique Jérôme Perin.

Et dans 30 ans ?

Par le passé, on a planté de moins en moins d’épicéas et de plus de en plus de douglas. Si cette tendance se maintient, de quelles ressources forestières disposera-t-on dans 30 ans ? Globalement, selon le modèle, dans les trois prochaines décennies, la ressource devrait augmenter d’environ 11 %, soit 14 millions de m³. Et ce, grâce essentiellement au douglas et aux feuillus, notamment le chêne, alors que les volumes disponibles en épicéa ne cesseront de diminuer de façon très sensible.

Il n’y aurait donc pas de bile à se faire au niveau de la production. En effet, si l’épicéa est en train de disparaître de nos forêts, il est néanmoins remplacé par du douglas, un résineux doté d’une meilleure croissance. « Notre modèle révèle que cela suffit à compenser la perte de croissance en épicéa (et sa disparition due aux scolytes, NDLR), rassure Dr Perin. Pour peu que l’industrie puisse passer de l’épicéa vers le douglas, on aura un maintien des volumes produits. » Nos forêts continueront donc à produire le bois résineux dont notre industrie a besoin. A condition du moins que le douglas ne subisse pas d’attaques ravageuses à l’instar de l’épicéa.

Un outil pour tester les politiques forestières avant de les appliquer

Outre apporter une vision prospective utile aux propriétaires forestiers publics et privés, cet outil de simulation permet de tester différents scenarii. « Par exemple, de tester l’effet à long terme de crises plus ponctuelles comme celle due aux scolytes, précise le chercheur,mais aussi l’effet sur l’évolution des ressources que pourraient avoir différentes politiques forestières qui seraient mises en œuvre ou envisagée dans le futur. » Par exemple, une modification du code forestier, une prime à la plantation ou la définition d’aires protégées. Le modèle tourne et a été validé. Il reste désormais au DNF à l’utiliser.

L’enfant de Sclayn raconte les voyages et la longue histoire de la famille Néandertal

Durée de lecture : 3 min

Disparu il y a 40.000 ans, les Néandertaliens et leurs populations restent un mystère pour les scientifiques. Des études récentes sur l’ADN de divers Néandertaliens retrouvés en Belgique, à  la grotte Scladina, ainsi qu’en Allemagne lèvent aujourd’hui un coin du voile sur l’histoire de ces cousins de l’homme moderne.  Et en particulier sur leur généalogie et leurs migrations.

L’enfant de Sclayn ? Il s’agit de restes néandertaliens découverts dans la grotte Scladina, (commune d’Andenne, en province de Namur), mis au jour en 1993. Une découverte importante en Belgique. C’est la première fois que la découverte de ce genre est réalisée, depuis celle de Spy en 1886. Les techniques récentes d’analyse génétique ont permis de déterminer l’âge de ces restes néandertaliens : 120.000 ans environ. Soit l’ADN néandertalien le plus ancien connu à ce jour.

Grotte Scladina © Bonjean, Archéologie andennaise

Voyage en Asie centrale

C’est précisément sur cet ADN, et sur celui d’autres Néandertaliens découverts en Allemagne, dans la grotte d’Hohlenstein-Stadel, et remontant également à cette époque, qu’une équipe internationale vient de travailler. Elle inclut quelques spécialistes belges. La comparaison de ce matériel génétique avec celui d’autres spécimens découverts en Europe et pour lesquels de l’ADN en bon état a pu être isolé vient de raconter l’histoire de la famille Néandertal.

Sites néandertaliens où des études génétiques ont été réalisées.

Les derniers Néandertaliens ont vécu il y a 40.000 ans environ en Europe et en Asie centrale. D’autres études récentes avaient déjà montré que ces derniers appartenaient tous à un seul groupe, issu d’un ancêtre commun.

L’équipe d’aujourd’hui apporte quelques nuances à cette notion de famille unie. Elle révèle qu’au fil des siècles, les Néandertaliens européens ont migré vers l’Est, pour remplacer ceux qui vivaient alors en Asie centrale, dans l’actuelle Sibérie (grotte de Denisova).

Une famille unie, il y a 97.000 ans 

Les chercheurs ont découvert que les restes néandertaliens de Denisova, en Sibérie, âgés de 90.000 ans ont davantage de caractéristiques communes avec l’ADN de l’enfant de Sclayn et d’Hohlenstein-Stadel qu’avec les spécimens âgés de 120.000 ans, également découverts dans la grotte sibérienne.

A l’époque, il semble bien que deux « familles » (génétiques) distinctes coexistaient, sans toutefois se fréquenter. Par la suite, un groupe de néandertaliens « européens » a migré vers l’Est pour y remplacer la famille existante voici environ 97.000 ans.

L’équipe de scientifiques qui arrivent aujourd’hui à cette conclusion est formelle : les Néandertaliens de Sclayn et d’Hohlenstein-Stadel appartenaient à une population européenne qui a donné naissance à tous les spécimens néandertaliens connus à ce jour, sauf au groupe le plus ancien de la grotte de Denisova. Belle famille !

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