Marie Dupont

Une protéine qui fait mal

Durée de lecture : 3 min

Tous les vertébrés ressentent la douleur. Cette sensation pénible et désagréable passe par l’action de neurones spécialisés : les nocicepteurs. Une équipe de l’Institut de neuroscience de l’ULB étudie les caractéristiques de ces récepteurs et a mis en évidence le rôle primordial de la protéine PRDM12 dans leur genèse.

Mutation problématique

En 2015, des chercheurs allemands et britanniques ont montré que des mutations dans le gène PRDM12 se manifestent par une insensibilité congénitale à la douleur (ICD).

Les patients atteints d’une ICD s’automutilent, souffrent d’écorchures faciales ou encore d’ulcères aux pieds. La raison de ces symptômes est simple mais peu banale :  ils ne ressentent pas ou peu la douleur.

La corrélation démontrée entre PRDM12 et l’ICD a généré un intérêt tout particulier pour l’étude de ce gène. 

Produire des nocicepteurs

 “Activé dès le développement embryonnaire, le gène PRDM12 n’est exprimé que dans le système nerveux et principalement dans les nocicepteurs” explique Eric Bellefroid, professeur à l’Institut de Neurosciences de l’ULB.  

 La protéine PRDM12 jouerait donc un rôle spécifique dans la production de neurones sensibles à la douleur, et ce même avant la naissance.

Lorsque le gène PRDM12 est supprimé dans des embryons de souris, les ganglions de la tête et du tronc sont plus petits. Et ce parce que sans PRDM12, les neurones spécialisés ne se développent pas.

 Sans PRDM12, pas de nocicepteurs. Sans nocicepteurs, pas de sensation à la douleur. Des chercheurs suédois ont obtenu les mêmes résultats renforçant encore plus les observations des scientifiques belges.

Crapaud, souris et cellules humaines

 Le gène PRDM12est dit “conservé” car sa séquence est retrouvée dans un panel très large d’organismes. L’équipe de l’ULB a travaillé sur trois modèles différents : le crapaud (Xenopus), la souris et des cellules souches d’origine humaine.

“On utilise le crapaud parce que les embryons sont disponibles en grande quantité et se développent à l’extérieur du corps de la mère. Tous les premiers stades du développement sont accessibles” explique le Pr Bellefroid.

Travailler avec des embryons de souris présente un avantage énorme pour observer ce qu’il se passe chez les mammifères.

L’utilisation des cellules humaines permet d’étendre les conclusions obtenues à partir des deux premiers modèles.

Un potentielle  thérapeutique

Non seulement PRDM12 est requis pour la genèse des nocicepteurs mais aussi pour la maintenance de ceux-ci. Cette protéine est produite tant au niveau des neurones des embryons que des adultes et a un rôle à jouer dans la sensation de douleur bien après la fin de notre développement.

Imaginer un médicament qui cible PRDM12 est-il une utopie ? Pas forcément, mais il faut y aller pas à pas et impliquer le secteur pharmaceutique. C’est ainsi que le laboratoire collabore avec UCB dans le cadre d’un projet Win2Wal.

“Que se passe-t-il quand on élimine PRDM12 chez la souris adulte ? Cela va-t-il changer les propriétés électrophysiologiques des neurones ? Le comportement des souris sera-t-il différent sans PRDM12 ? Seront-elles moins sensibles ? Est-ce que PRDM12 est impliqué dans des douleurs chroniques ?” se questionne le Pr Bellefroid.

“Si la réponse est oui à toutes ces questions, alors PRDM12 deviendrait véritablement une cible intéressante pour le développement de nouvelles approches thérapeutiques” conclut-il.

Spirou, toujours dans le coup à 81 ans

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Les Métamorphoses de Spirou: “Le dynamisme d’une série de bande dessinée” sous la direction de Gert Meesters, Frédéric Paques et David Vrydaghs. Presses universitaires de Liège, coll. «ACME» – VP 24.00€

Plus d’une centaine d’albums au compteur, 29 dessinateurs, et 32 scénaristes. La série de bandes dessinées « Spirou », créée en 1938, poursuit encore son histoire. Elle est parvenue à se démarquer des autres grandes BD francophones grâce à sa constante adaptation, évoluant selon l’époque et ses auteurs.

C’est en tout cas le constat du groupe de recherche en bandes dessinées « ACME » dans l’ouvrage collectif « Les Métamorphoses de Spirou ».

La BD, un objet de recherche universitaire

Il y a 10 ans, une poignée de spécialistes en BD décide de créer ce groupe de recherche. Il réunit aujourd’hui 18 chercheurs de l’UCL, l’ULB, l’ULiège, l’UNamur, l’UGand, l’Université de Lille et de la KUL. Chacun a sa propre approche dans l’étude de cet objet culturel, qu’elle soit historique, littéraire, économique, sociologique, ou encore institutionnelle.

Ces scientifiques ont décidé de lancer la collection « ACME » afin d’interroger le médium. Mais aussi dans le but de questionner les critiques et concepts théoriques destinés à décrire la bande dessinée. « Les Métamorphoses de Spirou » figure comme le second ouvrage collectif du groupe, après un premier volume consacré à la maison d’édition L’Association.

« Nous avons choisi d’étudier la série Spirou car elle n’est pas figée dans un carcan. Si l’on se réfère aux séries Lucky Luke ou Astérix, qui ont également eu plusieurs auteurs, on voit bien qu’il n’y a pas d’évolution dans les dessins, les thématiques abordées, le modèle de narration ou encore l’humour. C’est tout le contraire pour Spirou », affirme le Pr David Vrydaghs, doyen de la faculté de philosophie et lettre de l’UNamur, co-directeur de la publication avec Gert Meesters et Frédéric Pâques, et membre fondateur d’ACME.

« Bien que certains éléments reviennent, comme le costume de groom, chaque auteur est parvenu à reprendre le personnage à sa façon. Le format, l’humour et le style d’aventure ont changé à chaque fois ».

L’héritage de Franquin

Dans l’ouvrage, les chercheurs analysent le personnage et son histoire, incluant la naissance de son comparse Fantasio dans les années 40. Ils épinglent aussi les apports principaux des différents auteurs.

« Les auteurs jouissent au départ d’une grande liberté créatrice, la série repart littéralement à zéro à chaque épisode, ce qui entraîne une certaine imprévisibilité dans les scénarios. Toutefois, on note une réelle rupture dans ce modèle avec l’arrivée d’André Franquin », précise le Pr Vrydaghs.

Sa contribution dès 1946 dans l’univers de la série a été fondamentale. Inventant des personnages emblématiques comme le Comte de Champignac, Zorglub, Zantafio, Seccotine et surtout le Marsupilami. Des personnages qui resteront après le départ de Franquin.

« Les bédéistes qui ont suivi ont en effet eu des difficultés à se défaire de cet héritage. Ce sont Tome et Janry, auteurs de la série de 1984 à 1998, qui se démarquent peut-être le plus de l’univers de Franquin. Principalement sur le plan des intrigues. Avec eux, la série est influencée par le roman noir et policier et devient plus sombre. Ils créeront en parallèle la série dérivée « Le Petit Spirou » à laquelle ils se consacrent encore aujourd’hui ».

L’étude du 9eart, une pratique encore marginale

Cette spin-off est un bon exemple pour illustrer l’adaptabilité du personnage. La série a su évoluer avec son temps. Et avec une histoire s’étalant sur 8 décennies, Spirou met en perspective l’évolution de la société belge :

« Les premiers tomes, surtout ceux de Joseph Gillain, dit Jijé, sont marqués par le catholicisme et le colonialisme. Dans les albums écrits par Franquin dans les années 50-60, on note l’engagement pacifiste de l’auteur qui ne supportait pas les militaires et les ridiculisait dès qu’il en dessinait », précise le professeur de littérature.

Un engagement que l’on retrouvera encore davantage dans la série suivante de Franquin : « Gaston Lagaffe ».

Avec plus de 700 bédéistes, la Belgique représente le berceau du 9eart. Le groupe de recherche ACME est pourtant le seul qui existe en Belgique.

« La recherche dans ce domaine reste en réalité marginale et n’est pas toujours perçue comme sérieuse. Le monde universitaire a en effet tendance à reproduire dans ses choix d’objets les hiérarchies culturelles. La BD est ainsi qualifiée d’art populaire, inférieure aux autres formes d’arts, de même que le rap ou les jeux vidéo ».

« Cela tend toutefois à changer. Les BD sont davantage vues comme des formes d’expressions de la culture contemporaine, qui nous disent quelque chose sur notre société », assure David Vrydaghs.

 

 

Avenir incertain pour le nouveau dinosaure exposé à Bruxelles

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C’est une belle saga qui a trouvé temporairement son épilogue à Bruxelles. « Arkhane », un nouveau fossile quasi complet d’allosaure (à 70 %), découvert aux États-Unis en 2014 et acquis l’an dernier à Paris par un amateur pour quelque deux millions d’euros, a été préparé et est désormais visible pendant 11 mois au Muséum des Sciences naturelles de Bruxelles. Le fossile a pris place dans la galerie de l’Évolution.

Cerise sur le gâteau, le petit nouveau serait même une nouvelle espèce de dino, inconnue jusqu’à présent de la communauté scientifique. Le hic, c’est qu’elle pourrait le rester, à défaut d’obtenir son certificat de naissance « officiel ». C’est-à-dire faire l’objet d’une publication scientifique en bonne et due forme attestant de sa découverte.

Plusieurs indices ostéologiques plaident pour une nouvelle espèce

« Nous sommes certains d’avoir en face de nous une nouvelle espèce d’allosaure », indique le paléontologue Pascal Godefroit, responsable de la Direction opérationnelle Terre et Histoire de la Vie de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB). C’est dans son laboratoire, au Muséum, que le fossile a été étudié depuis octobre dernier.

« L’étude détaillée du fossile montre de nombreux caractères ostéologiques uniques, que l’on ne retrouve pas dans le squelette des autres allosaures connus à ce jour. Ce sont des détails qui peuvent paraître insignifiants pour un œil non exercé, mais qui prennent toute leur signification pour les spécialistes des dinosaures. Arkhane appartient donc plus que probablement à une nouvelle espèce, encore inédite pour la Science, du genre Allosaurus », précise le scientifique.

Quelles sont ces caractéristiques ? La mâchoire inférieure est très fine et présente des dents très petites par rapport à celles de la mâchoire supérieure. La griffe du premier doigt de la main est proportionnellement plus massive que chez l’espèce d’allosaure déjà connue (Allosaurus fragilis). La pointe du pubis est plus réduite que chez Allosaurus fragilis, alors que la base du pubis est plus élargie. Enfin, l’angle de la tête du fémur est plus grand que chez Allosaurus fragilis.

Garantir l’accès à cet holotype potentiel

Le nouveau dino est arrivé au Muséum via un collectionneur privé, néophyte mais passionné, et qui souhaite rester anonyme. L’animal est donc en dépôt à Bruxelles, où il est désormais présenté au public. « Pour qu’il puisse faire l’objet d’une publication scientifique, il faudrait que l’accès au fossile soit garanti dans le temps », précise le muséologue Gérard Cobut. « Dans cette perspective, il faudrait que le spécimen soit versé dans une collection accessible, par exemple celle d’une institution reconnue ou une fondation, qui garantira son accès aux futures générations de paléontologues. S’il s’agit bien d’une nouvelle espèce, ce spécimen  en sera l’holotype (le spécimen de référence qui a servi à décrire la nouvelle espèce).

La balle est désormais dans le camp du propriétaire de ce petit nouveau. Que fera-t-il ? Qu’adviendra-t-il du dinosaure dans 11 mois ?

En attendant que cet imbroglio soit démêlé, les recherches continuent sur le fossile. Une minuscule « carotte » a été prélevée dans le fémur de l’animal, depuis la surface jusqu’au cœur de l’os. Le paléontologue Koen Stein (VUB et Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique), va tenter, au départ de cet échantillon et via une étude microscopique, de donner un âge précis au spécimen. Lors du développement de l’animal, les os gardent inscrits dans leurs tissus les signes de leur croissance. Un peu comme les cernes des arbres. Ce genre d’information peut aider à donner un âge au dino, et éventuellement permettre d’en apprendre davantage sur sa vie, il y a 150 millions d’années.

S’inspirer de Keynes pour une Europe efficace

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“Introduction à la pensée de Keynes” par Pagano Giuseppe. Editions Ellipses – VP 25€

Le Pr Giuseppe Pagano prolonge ses cours et ses conférences à la Faculté Warocqué d’Économie et de Gestion de l’Université de Mons par une «Introduction à la pensée de Keynes» aux éditions Ellipse. Pour nourrir une réflexion grand public sur les théories de l’économiste britannique décédé en 1946.

Un atout pour convaincre les Européens

Selon Giuseppe Pagano, coordonnateur du groupe d’experts à l’origine du «Plan Marshall 2022» adopté par le Gouvernement wallon, l’Union européenne (EU) pourrait s’inspirer utilement de la pensée de Keynes.

«Il ne faut surtout pas prendre à la légère cette proposition», souligne François Morin, professeur émérite à l’Université de Toulouse-Capitole (France). «Elle résulte d’un engagement d’un homme qui a consacré une grande partie de sa vie intellectuelle à la pensée et à l’action de Keynes.»

Le chômage est un immense gaspillage

John Maynard Keynes considère que le chômage est un immense gaspillage de ressources et de talents. Un facteur essentiel de pauvreté et d’inégalité.

«C’est le constat d’un chômage anormalement élevé et persistant dans les années 1920 et 1930, en Angleterre comme aux États-Unis, qui amena Keynes à remettre en cause les analyses économiques qui prévalaient à l’époque. Et selon lesquelles les marchés s’ajustaient rapidement et parfaitement par la variation des prix et des salaires, et donc revenaient spontanément à l’équilibre», explique le Pr Pagano. «Keynes se mit alors à la recherche d’une théorie économique radicalement différente, en ce sens qu’il la voulait plus proche de la réalité, donc plus utile et plus convaincante. Elle aboutit, dans la Théorie générale, à une vision nouvelle et cohérente du fonctionnement de l’économie. Et créa presque ex nihilo une nouvelle branche de cette discipline qu’on appellera macroéconomie.»

Les pouvoirs publics doivent intervenir

En Angleterre, à partir de l’automne 1934, les cours donnés par Keynes à l’University of Cambridge se basent sur les épreuves de sa «Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie». Le livre paraît en 1936.

«La Théorie générale renverse l’analyse économique traditionnelle. Keynes cesse de penser que, par hypothèse, tout problème se résout spontanément et sans intervention des pouvoirs publics. Il positionne l’économie non pas seulement comme la science qui cherche à économiser les ressources rares. Mais aussi comme la science qui essaie d’utiliser entièrement, au profit du bien-être général, le matériel, les infrastructures, les hommes, les femmes, les compétences, les bonnes volontés et l’intelligence devenus malencontreusement oisifs et improductifs.»

Selon Keynes, la crise provient d’un investissement trop faible par rapport à l’épargne. Pour augmenter l’investissement et l’amener au plein-emploi, l’État peut utiliser une politique de travaux publics et augmenter son propre investissement. Une part croissante du revenu des ménages est épargnée s’il dépasse ce qui est nécessaire pour couvrir les besoins primaires. L’épargne crée l’investissement par le jeu régulateur du taux d’intérêt. L’économiste combat l’idée que la flexibilité des salaires garantit automatiquement, ou rapidement, un retour vers le plein-emploi.

Régler les problèmes nuisibles au bien-être

Keynes est connu pour son attachement aux faits et aux chiffres… «Il aurait été peu disposé à tenir pour normale, par exemple, la situation où, dans l’UE, le chômage touche 18,8 millions de personnes», pense Giuseppe Pagano.

Où les dirigeants européens pourraient-ils chercher cette inspiration plus keynésienne? «Celle-ci pourrait utilement être puisée dans les 5 grandes lignes directrices qui traversent les écrits de Keynes», assure le docteur en Sciences économiques appliquées. «Le sens de la réalité, avant toute chose. L’attention pour le temps et donc le rejet du longtermisme de l’inaction. La recherche de l’efficacité. La nécessité de l’action. Et le principe de proportionnalité qui doit inciter à considérer, d’abord, les problèmes les plus nuisibles pour le bien-être des citoyens».

«En matière budgétaire, la norme de 3%, qui constitue la limite actuelle du déficit, devrait être remplacée par un équilibre courant strict, en dehors des périodes de récession ou de croissance anormalement faible. Et la possibilité pour les États de financer leurs investissements par l’emprunt.»

En Afrique de l’Ouest, les hippopotames modulent la biodiversité

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Les hippopotames, ces énormes mammifères semi-aquatiques, ne sont pas que ces cousins des cétacés qui sortent à l’occasion leurs narines, leurs yeux et leurs oreilles des pièces d’eau où ils passent le plus clair de leurs journées. À leur manière, ils constituent également un des maillons importants de la biodiversité en Afrique. Mais aussi de la stabilité du climat…

Comme d’autres espèces animales, ils aident à la dissémination de nutriments dans leur biotope. Et en particulier du silicium, comme vient de le découvrir un groupe de chercheurs belges.

Transfert de ressources et chaines alimentaires

« Les animaux jouent un rôle important dans la distribution des ressources à travers les paysages, en raison de leur capacité à ingérer de grandes quantités de nourriture dans un lieu et à les restituer en partie dans un autre sous forme d’excréments où lors de leur décès », indiquent Jonas Schoelynck, du groupe de recherche sur la gestion des écosystèmes de l’Université d’Anvers, et ses collègues, dont le Dr Bart Van de Vijver, du Jardin Botanique de Meise.

Ce transfert de ressources a d’importants effets sur le cycle du carbone ainsi que sur la productivité des écosystèmes et la structure de leurs chaines alimentaires. Habituellement, les études de ce genre s’intéressent aux cycles biogéochimiques de nutriments comme le carbone, l’azote ou le phosphore. Avec cette étude sur les hippopotames, les chercheurs belges ont surtout étudié un autre élément chimique : le silicium (Si), lui aussi important dans la chaîne du vivant.

« Bien que notre compréhension du cycle biogéochimique du silicium se soit fortement développée ces dernières années, nous n’avions pas encore intégré le rôle potentiel de la grande faune dans ce cycle », indiquent les scientifiques, qui comblent ici une lacune.

Précieuses déjections

« La compréhension du cycle du silicium a progressé, passant d’une approche presque exclusivement régie par des processus géologiques à une compréhension beaucoup plus nuancée, qui comprend la transformation biologique de cet élément ».

Le silicium provient à l’origine de l’altération minérale. Mais les flux de silicium dissous dans les rivières et les océans sont surtout dus aux animaux.

Dans le cas des hippopotames, c’est via leurs excréments qu’ils influencent ces flux. Les hippopotames passent la majeure partie de la journée dans l’eau. Mais à la nuit tombée, ils n’hésitent pas à gagner la terre ferme pour dénicher leur nourriture, essentiellement des végétaux qui ont notamment absorbé le silicium issu du sol.

Après digestion, les hippopotames, de retour dans leur environnement aquatique, relâchent ce silicium qui est alors emporté par les rivières et les courants présents dans les lacs.

Un tiers des hippopotames menacés de disparition en trois générations

Dans la savane d’Afrique de l’Est, les hippopotames agissent ainsi comme des “pompes” à silicium (en réalité de la silice, une forme composée de silicium et d’oxygène). Ils déplacent donc cet élément dans les rivières et les lacs, où les algues diatomées l’utilisent pour construire leurs structures.

Selon les recherches de Jonas Schoelynck et de ses collègues, les hippopotames vivant près du fleuve Mara, au Kenya, peuvent moduler jusqu’à 76% le flux total de silicium dans ces cycles de savane et ainsi avoir un impact sur les diatomées et autres phytoplanctons… qui sont à la base de réseaux alimentaires et de fixation du carbone.

Les perturbations qui affectent la population des hippopotames pourraient donc avoir des impacts écologiques et climatiques généralisés, notent les chercheurs.

Des chercheurs qui indiquent aussi que les populations d’hippopotames africains devraient diminuer de 30% au cours des trois prochaines générations…

Rendez-vous au festival « I Love Science »

Durée de lecture : 3 min

Qui était là le premier: l’œuf ou le dinosaure ? Pour le savoir, rendez-vous ce week-end à Bruxelles. Daily Science vous donne en effet rendez-vous au second « I Love Science Festival » organisé par la Région de Bruxelles-Capitale, au Palais 1 de Brussels Expo, sur la plateau du Heysel, à l’ombre de l’Atomium.

Nous vous y proposons de rencontrer six scientifiques surprenants actifs à Bruxelles, dans des domaines multiples, le temps de six mini-conférences interactives et accessibles à tous.

Voici les rendez-vous que nous vous fixons dans la salle de conférences du Palais 1. Cette salle est située dans l’allée gauche du palais.

Samedi 27 avril

10h15  Qui était là le premier: l’œuf ou le dinosaure ? Rencontre avec  le Dr Koen Stein, paléontologue à la VUB. Ce chercheur  a étudié les plus vieilles coquilles d’oeufs de dinos connues sur Terre…

12h30  “Elémentaire mon cher Mendeleev! »  Le tableau périodique des éléments chimiques a 150 ans. Et il n’a pas pris une ride, nous expliquera la Professeure de chimie Cécile Moucheron, de l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

14h00  A Bruxelles aussi la Terre tremble! Les sismomètres de l’Observatoire royal de Belgique captent chaque année des dizaines de tremblements de Terre survenant dans le pays, y compris à Bruxelles! En 2018, 65 séismes ont été détectés. Le Dr Michel Van Camp, chef du service de sismologie de l’Observatoire royal nous dira tout sur ces mouvements de terrain.

Dimanche 28 avril 

10h30 « Alcool, tabac, drogues… Que se passe-t-il dans notre cerveau quand on rechute ? », avec Elisa Schröder, doctorante FNRS (FRESH) à l’ULB/CHU Brugmann.

12h30 Comment naissent les expositions scientifiques? Nous vous entraînons dans les  coulisses du musée de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, avec Sophie Boitsios, biologiste et… muséologue!

15h00  Deux kilos d’aliens squattent nos intestins! Que savons-nous de ces bactéries indispensables à notre santé? Par le Pr Patrice Cani, spécialiste du microbiote de l’UCLouvain-Woluwé.

Outre ces conférences, le Festival « I Love Science », qui est accessible gratuitement, propose un programme riche et varié d’activités pour petits et grands.

De multiples associations et initiatives de promotion de la Science et de la recherche y sont présentes. Cela va des activités proposées aux plus jeunes jusqu’à la présence des universités et hautes écoles, en passant par des stands d’informations sur le financement régional de la recherche.

Sans oublier la présence, devant le Palais 1, d’une série d’animations de plein air et la présence d’une flottille de « Science trucks », ces engins qui viennent à la rencontre des curieux!

Et à propos, suivez-nous aussi sur les réseaux sociaux! Nous partagerons volontiers nos découvertes avec vous tout au long de ce week-end.

A demain, au I Love Science Festival?

Les 77 merveilles de l’Africa Museum

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ART SANS PAREIL
Objets merveilleux du Musée royal de l’Afrique centrale.
Editions Julien Volper – VP 25€

Pour sa réouverture, le Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), renommé Africa Museum, présente l’exposition temporaire «Art sans pareil». Et un livre portant le même titre. Richement illustré, il dévoile 77 merveilles analysées par des universitaires, des conservateurs, des spécialistes des arts africains. Dans la plupart des cas, ces masques, statues en bois, ivoires sculptés, objets en métal figurent dans la salle «Art sans pareil».

«Un grand nombre des œuvres exposées atteignent des sommets artistiques rarement atteints au niveau mondial», juge Guido Gryseels, directeur général de l’Africa Museum à Tervuren. «Ensemble, elles offrent un aperçu général très complet de la richesse artistique du Congo. Mais aussi de la diversité et de l’ancienneté de ses cultures. Et celles de certains autres pays d’Afrique centrale.»

Des fétiches à clous protégeaient les villageois

«Ces objets témoignent tout autant de la richesse que de la diversité des collections de Tervuren», ajoute Julien Volper, le commissaire de l’exposition, chercheur, conservateur, maître de conférences à l’Université libre de Bruxelles (ULB). «Depuis les origines de l’institution, les éditions du MRAC ont publié plus de 500 titres en sciences humaines. Ces écrits permettent, de manière non négligeable, d’avoir une meilleure approche culturelle de l’Afrique.»

Les fétiches à clous sont représentatifs de l’art africain. «Dans l’imaginaire européen, on les rattache souvent à des pratiques de type vaudou. À des actes noirs de sorcellerie. Il importe de corriger cette image hollywoodienne. Leur possession par un village et la renommée de leur pouvoir dans une région donnée peuvent être comparées à la foi et la fierté qui animaient un village belge possédant une châsse abritant les reliques d’un saint renommé.»

Selon les croyances, ces «nkisi nkonde» pouvaient traquer voleurs et sorciers. Les tuer en provoquant des maladies redoutables. Leur volonté provenait, pour une grande part, de l’âme de défunts. Un «nganga», un tradipraticien, les activait, contre rémunération. Il enfonçait une pointe de métal dans le fétiche en bois. Si elle restait fichée, la demande du solliciteur était acceptée. Haut de 115 cm, le fétiche de l’exposition est inscrit depuis 1912 dans la collection du MRAC. Il provient de la région de Boma (République démocratique du Congo).

Le chef-d’œuvre du musée

La couverture du livre est ornée d’un masque cornu… «La fonction exacte de cette pièce unique, devenue le chef-d’œuvre du musée de Tervuren, n’est pas connue», explique Julien Volper. «Lorsqu’en 1896, l’officier belge Oscar Michaux pénètre de force dans le village de Luulu, il découvre et récupère un objet qu’il décrit comme une immense tête creuse, avec deux cornes, servant au féticheur qui se l’adaptait sur les épaules.»

«Les hypothèses les plus approfondies touchant à l’exemplaire acquis par Michaux visent à le rattacher au bumbudye. On peut considérer le bumbudye comme la confrérie luba des gardiens de la mémoire et des traditions. Ceux qui ont en charge la connaissance des mythes, de l’histoire des chefferies (les territoires placés sous l’autorité d’un chef traditionnel) et des interdits politiques et religieux.» Depuis 1919, ce masque-heaume, haut de 39 cm, fait partie de la collection du MRAC.

Une défense d’éléphant unique en son genre

Une défense d’éléphant sculptée a eu un parcours assez mouvementé. «Offerte par les Britanniques à Sa Majesté Léopold II, elle fut présentée lors de l’Exposition internationale Bruxelles-Tervuren de 1897, avant d’intégrer plusieurs années plus tard le Musée du Congo», raconte Julien Volper. «Comme cet objet ne relevait pas des cultures liées aux possessions coloniales belges, il fut transmis en 1931 aux Musées royaux d’art et d’histoire. Lesquels, grâce à la politique du directeur Jean Capart, développèrent une section ethnographique.»

En 1979, la défense, longue de 159 cm, est transférée au Musée de Tervuren. «Cet objet presque inconnu est le seul du genre conservé dans une collection muséale belge. En lien avec la personne de l’oba (souverain) du royaume du Bénin (sud-ouest de l’actuel Nigeria), ces défenses étaient destinées à être placées sur des autels dévolus aux ancêtres royaux. Les différents personnages et animaux représentés évoquent et glorifient l’autorité, la sacralité et la puissance de l’oba.»

La défense de l’Africa Museum daterait des années 1850-1880. Des recherches pourraient confirmer son origine.

À Mons, le CO2 vaut de l’or

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Une question est au centre des débats actuels : que faire du dioxyde de carbone produit en masse par les activités humaines et impliqué dans le réchauffement de notre planète ? Agir en amont, sur la production, est généralement la solution privilégiée. Agir en aval, sur la capture et l’utilisation de ce gaz à effet de serre est une autre alternative que les chercheurs de l’UMons tentent de développer. Une recherche qui s’étale sur deux axes: capter le polluant pour qu’il ne se retrouve pas dans notre atmosphère; l’utiliser dans des procédés industriels dans une optique de développement durable.

Des éponges à C02

L’équipe du Pr De Weireld de la Faculté Polytechnique de l’UMons se concentre sur la capture. Financé par l’Europe, le projet MOF4AIR se focalise sur les propriétés de matériaux poreux appelés MOFs (Metal Organic Frameworks). Ces “éponges” sont capables de capturer sélectivement le CO2. Le but sera d’aller sur le terrain, au plus proche des fumées industrielles, pour rendre plus efficace la capture du dioxyde de carbone. Le second projet européen, GRAMOFON, s’intéressera aux propriétés régénérativesdes MOFs. En effet, ces matériaux peuvent être réutilisés mais cette caractéristique est loin d’être optimale et demande plus ample investigation.

Conversion chimique

Le deuxième aspect de la recherche menée par l’équipe du Pr De Weireld concerne l’utilisation du gaz après sa capture. Ils se sont plus spécifiquement intéressés aux méthodes de conversion du COen d’autres produits tels que le méthanol.

Afin d’évaluer la viabilité des techniques pour utiliser et convertir le CO2, les chercheurs montois ont créé un modèle mathématique. Celui-ci intègre trois facteurs principaux:

– critère d’ingénierie;

– critère économique;

– critère environmental, de santé et de sécurité.

Et c’est là tout l’intérêt de leur recherche. En effet, la maturité technologique (critère 1) d’une méthode de conversion du CO2 est importante mais ne suffit pas à savoir si la technique est réellement intéressante à long terme. Ainsi, les critères supplémentaires (2 et 3) permettent de se demander, par exemple “cette méthode est-elle adaptée à la taille du marché?”, “y-a-t-il un risque pour la santé humaine en utilisant cette technique?”, “cette conversion est-elle compétitive?”, etc.

Les analyses montrent que les méthodes de conversions du CO2les plus efficaces sont celles qui permettent de générer :

– des composés bon marché qui sont produits en grande quantité sur le marché (ex. le méthanol ou l’urée);

– des composés onéreux qui sont produits en petite quantité (ex. les acides salicylique et formique).

Le Pr. De Weireld commente ses conclusions en stipulant que “c’est une méthodologie que nous avons appliquée à un instant t”. Autrement dit, leur modèle mathématique peut être modifié en fonction des développements technologiques et économiques futurs. Cette étude constitue un outil qui est amené à évoluer pour déterminer les meilleures méthodesde conversion du CO2. 

Une utilisation en boucle

Transformer un gaz polluant en méthanol ou en acide salicylique, c’est donc visiblement efficace et économiquement viable. Ils sont ensuite intégrés dans la fabrication de bien de notre quotidien; cosmétiques, matériaux de construction, biocarburants, peintures, produits pharmaceutiques, etc.

“Il y a certains groupements d’industriels qui sont de plus en plus intéressés par ces technologies de conversion du CO2”, insiste le Pr. De Weireld. “L’industrie fait beaucoup d’efforts et doit continuer à en faire”, continue-t-il. En effet, il semblerait que petit à petit, un scénario se dessine où le CO2est produit par les industries et ensuite re-utilisé par celles-ci. La boucle est donc (presque) bouclée.

L’idée peut paraître révolutionnaire mais n’est pas si neuve que cela. En 2005, onze ans après avoir reçu le Prix Nobel de Chimie, l’hongro-américian George Olah parlait déjà d’ “économie du méthanol”. Ce concept sous-entend la conversion du CO2en méthanol, et l’utilisation de ce dernier pour produire des carburants.

D’autres alternatives

L’utilisation directedu dioxyde de carbone est également possible. Par exemple, il peut servir comme fluide réfrigérant dans nos frigos. Le CO2a dès lors remplacé les gaz CFC dont les effets néfastes sur la couche d’ozone ont freiné leur utilisation.

Le CO2peut également être stocké dans les couches géologiques de la terre par un processus appelé minéralisation. L’idée est d’injecter le gaz polluant dans les roches souterraines où il se retrouve chimiquement piégé.

Enfin, des organismes biologiques peuvent également être utilisés pour la transformation du CO2. Par des processus biochimiques propres au vivant, des algues et/ou des bactéries peuvent assimiler le CO2et le convertir en molécules plus complexes.

Il est évident que c’est la convergence de toutes ces techniques (et d’autres encore) qui permettront effectivement d’atteindre les objectifs climatiques fixés par le GIEC

 

 

La recherche sur les ovaires artificiels progresse à l’Hôpital Saint-Luc

Durée de lecture : 3 min

« Après la guérison d’un cancer, le rétablissement de la fertilité devient souvent une préoccupation vitale pour les patientes en âge de procréer »assure Parinaz Asiabi, doctorante au Pôle de Gynécologie de l’Institut de recherche expérimentale et clinique de l’UCLouvain.

Les traitements tels que la chimiothérapie ou la radiothérapie peuvent en effet entrainer la perte des fonctions endocriniennes et reproductives. C’est pourquoi l’équipe du Pre Christiani Amorim cherche depuis quelques années à développer un ovaire artificiel transplantable.

Un projet qui a pu progresser grâce aux recherches de Parinaz Asiabi, aspiranteF.R.S-FNRS.

La conservation risquée des ovules

L’Hôpital Saint-Luc et son unité de recherche en gynécologie ont été des pionniers dans la préservation de la fertilité. Le meilleur moyen se trouve à ce jour dans la cryoconservation. Un processus qui consiste à refroidir et à stocker des cellules, tissus ou organes, en vue de les transplanter plus tard. Toutefois, dans le cas des tissus ovariens, 1 prélèvement sur 10 sera inexploitable.

Tissus ovarien humain

« Cela s’explique par le fait que certains types de cancer, il existe un risque de réintroduction de cellules malignes présentes dans le tissu cryoconservé. Cette technique n’est donc pas toujours recommandée »indique Parinaz Asiabi.

De là est née l’idée de développer un ovaire artificiel transplantable (TAO). Pour atteindre cet ambitieux objectif, le laboratoire s’est concentré sur deux grandes caractéristiques de l’ovaire : sa structure physique et ses propriétés biologiques.

« Ma thèse porte sur cette seconde caractéristique »précise la doctorante.

Des cellules d’ovaires manipulées pour la 1refois

Biologiquement, les ovaires sont composés de 3 types de cellules : les épithéliales, les germinales, et les stromales. Les premières recouvrent l’extérieur de l’ovaire. Les germinales se trouvent à l’intérieur de l’ovaire. Quand les stromales constituent le tissu qui soutient l’ovaire.

« A l’aide de différentes approches, j’ai cultivé in vitro des cellules stromales pour tenter de les différencier en cellules de la thèque, essentielles pour la croissance et la maturation de l’ovocyte et du follicule (le sac qui contient l’ovocyte) »indique la chercheuse.

Cellules stromales en culture

Ce processus, qui s’opère alors naturellement au sein de l’ovaire, a pu être reproduit par la chercheuse : « Une telle différenciation cellulaire n’avait jamais encore été réalisée en laboratoire avec des cellules humaines. Après 3 ans de travail acharné, j’ai finalement obtenu les résultats souhaités »se réjouit-elle.

Ce projet de thèse a ainsi permis de dévoiler l’origine, le recrutement et la différenciation des cellules de la thèque dans l’ovaire humain. Peu connues jusqu’à présent.

Une fertilité scientifiquement assurée

Ces résultats encourageants constituent une étape importante dans la suite des travaux sur le TAO. Tout en ouvrant de nouvelles perspectives dans les domaines de l’ingénierie tissulaire et de la médecine de reproduction.

« En plus de contribuer à la création de TAO, qui, espérons-le, sera utilisé un jour pour restaurer les fonctions endocriniennes et reproductives des survivantes du cancer, nos résultats pourraient bien avoir d’autres applications. Par exemple, des traitements pour éviter une insuffisance ovarienne prématurée”.


« En outre, les nouvelles approches que nous avons développées ouvrent la voie à de nouvelles thérapies de substitution hormonale dans le domaine de la procréation assistée »
conclut Parinaz Asiabi.

Une conférence gesticulée pour amener le débat

Durée de lecture : 4 min

Par deux fois, la conférence gesticulée « La recherche, c’est nos oignons » fut à l’affiche durant le mois de mars. Lors du festival Nourrir Liège, dans un centre culturel, et lors du Printemps des Sciences, à l’Université de Namur. A mi-chemin entre vécu et contenu scientifique et politique, le récit est porté par un ton résolument accessible pour permettre au grand public de pénétrer dans un milieu qui lui est, pour la plupart, méconnu voire inconnu : celui de la recherche universitaire, de sa mécanique et de la façon dont les connaissances s’y construisent.

Recherche en technologies : à quand la réflexion en amont ?

« Si la conférence s’appelle « La recherche, c’est nos oignons », c’est dans l’idée que ce qui se passe dans les universités concerne tout le monde. Mais dans la façon dont elles s’organisent, tout est fait pour garder à distance les personnes qui potentiellement s’intéresseraient aux travaux qui y sont menés. Dans la conférence, je donne l’exemple d’un champ d’essais OGM entouré de hautes barrières. Globalement tout ce qui se passe dans les labos est hors de la vue. Et pourtant, ce qui s’y construit a et aura un impact énorme sur la société et son organisation. Dans la conférence, je parle des OGM, car cela est lié à mon expérience de vie, mais l’intelligence artificielle est du même genre. Les recherches dans ces domaines se préparent durant des années dans les universités à l’abri des regards, avant d’en sortir et de donner forme à la société. A ce moment-là, c’est beaucoup trop tard pour avoir des discussions autour de ces sujets. Il est crucial d’en débattre en amont, au moment de la distribution des fonds de recherche par exemple », explique Barbara van Dyck.

Chercheuse et activiste

Agronome de formation, elle a traversé la Manche pour réaliser un post-doctorat à l’Université de Sussex, grâce à une bourse européenne Marie-Curie. Elle y explore un champ disciplinaire émergent : la recherche sur les travaux menées en sciences et technologies. Cette approche ancrée dans les sciences sociales essaie de comprendre et d’expliquer comment les questions prennent forme en sciences. Barbara van Dyck se consacre à l’analyse des projets menées en Belgique en agro-alimentaire. Ça, c’est pour sa première “veste”, comme elle dit. Elle en porte une seconde, celle d’activiste.

Flash back. Le 29 mai 2011, les caméras sont braquées sur un portion de champ très controversée à Wetteren, en Flandre orientale. L’université de Gand et le ILVO, un institut de recherche public-privé, y mettent à l’essai une pomme de terre génétiquement modifiée pour être résistante au mildiou. A l’appel du collectif Field Liberation Movement, environ 250 activistes partent en croisade pour arracher ces patates OGM. Barbara van Dyck est l’un d’eux.

« C’était une action de désobéissance nécessaire pour dénoncer un manque de démocratie autour des nouvelles technologies. On voulait transformer une question technique en une question politique et sociétale», explique-t-elle.

Susciter le débat dans le milieu universitaire

En partant de l’économie de la pomme de terre en Belgique, et à l’aune de son expérience personnelle, sa conférence gesticulée explore quelques facettes de la façon dont la recherche se fait dans notre pays :

 

 

« La recherche, ça concerne tout le monde. Mettre son vécu, son histoire personnelle dans le récit, ça aide à rendre ce sujet plus proche. Le moyen d’expression qu’est la conférence gesticulée permet de poser un regard large sur ce qu’il s’est passé à Wetteren, d’en donner une interprétation, poursuit-elle. Outre les rencontres avec le grand public, je fais aussi cette conférence gesticulée dans les universités afin de susciter la discussion avec des collègues. Les plus âgés sont souvent fâchés car ils ne veulent pas être confrontés à ce genre de question. Par contre,  cela parle beaucoup aux jeunes scientifiques qui ont des doutes. Ils s’interrogent : dois-je quitter l’université ou est-ce que j’y reste ? Cela permet de discuter des deux options, et aussi de souligner que le chercheur non impliqué, neutre, n’est pas la seule option. Depuis Descartes, on nous fait croire que la recherche c’est quelque chose d’objectif, alors qu’elle dépend de son contexte. J’utilise la conférence gesticulée pour débattre d’un sujet si fin.»