Marie Dupont

Bruxelles est la principale ville étudiante de Belgique

Durée de lecture : 4 min

86.000, tel est le nombre d’étudiants universitaires ou fréquentant une institution d’enseignement supérieur à Bruxelles. Ce qui fait de la capitale belge la principale ville étudiante du pays, devant Gand (63.000 étudiants), Louvain (40.000), Liège (38.000), Anvers (38.000) ou Louvain-la–Neuve (23.000).

 

« En outre, le nombre d’étudiants de l’enseignement supérieur à Bruxelles a progressé de 20% ces dix dernières années », pointe Brussels Studies, la « revue scientifique électronique pour les recherches sur Bruxelles », qui  vient de publier une première synthèse à ce propos.

 

 

Attrait international

 

Le nombre de jeunes cerveaux à Bruxelles s’explique de diverses manières. L’offre importante des établissements universitaires et supérieurs dans la capitale en est une raison. L’étude en dénombre 51.

 

Un peu plus de la moitié de ces établissements draine l’essentiel des effectifs étudiants. Il s’agit d’établissements reconnus officiellement et financés par les pouvoirs publics. Les chercheurs de Brussels Studies dénombrent 20 institutions subsidiées par la Fédération Wallonie-Bruxelles, cinq par la  Communauté flamande et deux institutions subsidiées bilingues (l’Ecole Royale Militaire et la Faculté Universitaire de Théologie protestante) . Pour le reste, les chercheurs ont identifié 24 institutions internationales ou privées.

 

« Ce nombre particulièrement élevé d’institutions d’enseignement supérieur à Bruxelles résulte de plusieurs processus, dont deux ont des racines historiques profondes », notent les chercheurs. Dans ces derniers cas, il s’agit de fractures philosophiques ou linguistiques.

« La présence de nombreuses Institutions d’enseignement supérieur internationales atteste en outre de la montée en puissance de Bruxelles sur la scène internationale », écrivent-ils.

 

 

Sciences économiques et santé

 

Autre information intéressante, les étudiants bruxellois sont surtout intéressés par les filières juridiques et les sciences économiques et de gestion (29% des inscriptions). Les études liées à la santé (sciences médicales, paramédicales, pharmacie) concentrent 18 % des inscriptions. Suivent les sciences sociales, politiques et de la communication (15%) et les filières scientifiques et sciences de l’ingénieur (11%).

 

« Les études artistiques et l’architecture attirent 9 % des étudiants tandis que les filières potentiellement liées à la fonction internationale de Bruxelles (traduction, langues…) regroupent environ 5% des inscriptions, » précisent les auteurs.

 

Filières suivies par les étudiants à Bruxelles (2011-2012)

 

Filières suivies par les étudiants à Bruxelles (source BSI)
Filières suivies par les étudiants à Bruxelles (source BSI)

 

Qui sont ces étudiants ?

 

Les étudiants bruxellois sont d’abord…. des Bruxellois. 37 % des étudiants inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur à Bruxelles ont en effet leur domicile dans la Région de Bruxelles-Capitale tandis que 27 % des étudiants sont domiciliés en Brabant wallon ou en Brabant flamand.

 

La dimension internationale est aussi bien présente. « En 2011, 23% des étudiants n’avaient pas la nationalité belge et 7% n’étaient pas ressortissants de l’Union européenne », souligne l’étude. Et elle précise : cela ne veut cependant pas forcément dire qu’ils viennent tous de l’étranger.  Bruxelles compte 33% d’habitants n’ayant pas la nationalité belge. Une population dont les enfants peuvent évidemment résider et étudier à Bruxelles.

 

Encore une précision. Les étudiants bruxellois sont surtout des étudiantes et en majorité francophones. Les jeunes femmes représentent en effet 57% des étudiants inscrits. Globalement, 28% de ces 86.000 étudiants  fréquentent une institution néerlandophone et 72% une institution francophone.

 

 

Une visibilité plutôt discrète

 

Bruxelles apparaît donc comme la principale ville étudiante du pays. Soit. Mais où sont donc les étudiants ? Leur visibilité n’est pas aussi frappante que dans d’autres villes du pays.

 

Ici aussi, plusieurs éléments de réponse sont avancés. Il y a tout d’abord la fragmentation du paysage de l’enseignement supérieur à Bruxelles. Les campus universitaires sont situés en périphérie tandis que diverses hautes écoles sont implantées dans le tissu urbain central.

 

Il y a aussi le poids relatif des étudiants bruxellois dans une ville de près de 1,2 million d’habitants. A Bruxelles, on compte 14,6 habitants par étudiant contre 4,0 à Gand ou 2,5 à Louvain.

 

Enfin, le fait que la majorité des étudiants habitent Bruxelles, le Brabant wallon ou le Brabant flamand tend à diluer leur présence dans la ville. Leur logement n’est pas concentré dans un quartier mais bien dispersé dans toute la Région.

 

Première synthèse  globale

Cette étude est la première réalisée à ce jour pour cerner, de manière globale, le rôle et l’importance de l’enseignement supérieur à Bruxelles dans ses interactions avec la ville. Elle comporte trois parties.

La première précise le cadre institutionnel et politique belge dans lequel fonctionnent les institutions d’enseignement supérieur à Bruxelles.

La deuxième établit une série de constats.

La troisième aborde quelques grands défis et débats relatifs aux institutions d’enseignement supérieur à Bruxelles.

Note: cet article a été complété le 12 mai 2014 par l’adjonction, dans le premier paragraphe, du nombre d’étudiants à Liège (chiffre 2011), tiré du rapport “Recherche sur l'(In)adéquation entre l’offre et la demande de kots dans les principales villes estudiantines wallonnes”. (www.segefa.be)

La rousseur intrigue toujours

Durée de lecture : 4 min
La rousseur infamante Ed Académie royale de Bruxelles
La rousseur infamante
Editions Académie royale de Belgique 2014,128 pages.
Version papier, 5 euros.
Numérique, 3,99 euros.

La chercheuse littéraire Valérie André a eu envie d’en savoir davantage sur l’anathème lancé contre les roux. La Maître de recherches du F.R.S.-FNRS retrace l’histoire littéraire de ce préjugé ancestral dans «La rousseur infamante», éditée par l’Académie royale de Belgique .

 

En 2008, la professeure à l’Université libre de Bruxelles a fait paraître ses «Réflexions sur la question rousse» aux éditions Tallandier. Le mal-être lié à la rousseur n’a-t-il pas perdu de son actualité?

 

«Il y a quelques mois, à l’issue de la conférence que je donnais à l’Académie royale de Belgique dans le cadre des leçons du Collège Belgique, une auditrice me confie que toute sa vie affective a été conditionnée par sa rousseur», relate Valérie André. «Le 13 février 2013, à Bourg-Saint-Maurice, le petit Matteo, 13 ans, se donnait la mort par pendaison pour mettre fin au calvaire qu’il subissait chaque jour sur les bancs du collège Saint-Exupéry. Sa rousseur était devenue trop lourde à porter, les brimades trop douloureuses. Le drame est isolé, fort heureusement, mais il nous interpelle.»

 

La biologie clarifie la situation

 

La biologie révèle le secret de la rousseur. La couleur des cheveux, comme celle de la peau ou des yeux, est conditionnée notamment par la présence et la répartition d’un pigment, la mélanine. Chez les sujets roux, on assiste à une mutation dans sa chaîne de synthèse. Statistiquement, c’est une anomalie. Seulement quelque 3% de la population seraient touchés par cette particularité chromatique. Ces personnes sont plus sensibles aux attaques des rayons ultra-violets.

 

Le préjugé lié à cette particularité n’est pas anecdotique… «La littérature offre au chercheur un terrain d’enquête privilégié tant il reflète, souvent sans le savoir, l’état de la société qui la voit naître», explique la docteure en philosophie et lettres. «Depuis les origines, la littérature a accompagné le préjugé et elle a contribué, fût-ce à son corps défendant, à l’ancrer dans l’inconscient, à lui conférer un poids de vraisemblance. La littérature des XIXe et XXe siècles puisera sans se priver au réservoir sans cesse renouvelé des absurdes préventions.»

 

Les rouquins abondent en effet dans la ménagerie romanesque, poétique, théâtrale ou cinématographique. Les monstres hugoliens Quasimodo, Gwynplaine ou Habibrah sont roux. Mac Murphy, le pensionnaire révolté de l’asile d’aliénés de «Vol au-dessus d’un nid de coucou» de Milos Forman, fait aussi partie de ce club fréquenté déjà par le pharaon Ramsès II, le traître Judas, l’écrivain Jules Renard qui a souffert des plaisanteries sur la couleur de sa tignasse. Garfield, le chat le plus paresseux de l’histoire de la BD. Et Nana, la «mouche d’or» qui hante les cahiers naturalistes d’Émile Zola.

 

L’effet Poil de Carotte

 

La membre de l’Académie royale de Belgique s’attarde sur Vautrin, le personnage de la Comédie humaine: «Balzac réunit dans cette figure romanesque l’ensemble des clichés liés à la rousseur et, plus précisément, aux représentants de la gent masculine porteurs de cette anomalie. Il oublie toutefois de nous parler de la prétendue odeur des rousseaux.

 

Aujourd’hui encore, cette idée reçue circule dans les livres, les articles de journaux et, bien évidemment, sur Internet où les internautes s’abandonnent aux commentaires les plus extravagants. Il suffit de faire un rapide détour sur la Toile pour se convaincre de la pérennité d’une médisance dont la médiocrité surpasse parfois la bêtise.»

 

Poil de Carotte est l’emblème du monde cruel de l’enfance… «L’impact du roman est considérable. Rien ne sera plus pareil après Poil de Carotte. Jules Renard change la perspective: cette fois, le roux, c’est lui. La réfraction du préjugé passe désormais par le prisme autobiographique. L’auteur ne transpose pas l’idée reçue dans la fiction, il la vit. Poil de Carotte s’impose comme figure de l’enfant espiègle et rusé, du mal-aimé dont on aimerait prendre la défense. Sa rousseur le rend sympathique et impose un type de personnage dont la littérature jeunesse allait s’emparer de façon durable. Le phénomène est frappant: les auteurs de BD, de cartoons et de dessins animés adorent les rouquins.»

 

Un hôpital au bord de mer

Durée de lecture : 8 min

Traiter des milliers de blessés de guerre dans un hôpital qui a vu le jour avec des moyens de fortune. Pratiquer une chirurgie de pointe pour l’époque et effectuer dans le même temps des travaux de recherche. Voilà l’exploit qu’ont réalisé des chirurgiens belges au cours de la Première Guerre mondiale.

 

Qui entend prononcer le nom d’Antoine Depage se dit que ce nom ne lui est pas inconnu. Mais qu’a donc fait ce Monsieur pour être entré dans l’Histoire ? Il s’agit en fait d’un de nos plus grands chirurgiens, à la fois pour son apport à la chirurgie et pour la manière dont il s’est illustré au cours de la Grande Guerre.

 

Impréparation totale

Reprenons depuis le début. Malgré son héroïsme, l’armée belge n’a pas pu faire grand-chose devant les hordes allemandes qui voulaient traverser notre pays pour s’attaquer à la France. En vertu de la neutralité qui était la sienne, la Belgique a refusé d’être complice de cette agression et fut donc victime de la déferlante germanique pour se retrouver en peu de temps réduite à quelques kilomètres carrés acculés à la mer.

 

Il faut bien dire que notre armée était bien mal préparée à devoir faire face à la puissance des armées du Kaiser. Mais même dans cette situation, les combats continuent de faire rage … et le nombre des blessés d’augmenter d’une manière effroyable, à côté de celui des tués. Et le service médical de l’armée belge – si on peut avancer pareille dénomination- était lui aussi tout aussi mal préparé à gérer pareille catastrophe.

 

Avec le peu de moyens disponibles, les blessés étaient transportés loin derrière les lignes, vers Calais notamment, pour y être soignés. Inutile de dire qu’en raison de la distance et des mauvaises conditions de transports, une proportion importante d’entre ces pauvres ères n’arrivait pas à l’hôpital (à cette époque, on dit « l’ambulance » lorsqu’il s’agit de militaires).

 

Le délai nécessité par l’arrivée à un hôpital situé loin des lignes, autant que les effroyables conditions de transport avaient raison de bon nombre de ces malheureux. Et pourtant, c’était ainsi que les armées pratiquaient à l’époque avec les victimes des combats.

 

De la vraie chirurgie

C’est alors que le Roi Albert, le Roi Chevalier dont on loue encore aujourd’hui le courage, a demandé à un chirurgien de renom, le Dr Antoine Depage, de prendre la direction du service de santé de l’armée. Mais il refuse parce qu’il veut faire « de la vraie chirurgie » et demande l’autorisation de monter un hôpital sous la bannière de la Croix-Rouge et d’y organiser une prise en charge plus efficace de nos malheureux soldats blessés au front.

 

Difficile, pour cet universitaire de se confronter aux médecins militaires qui défendaient leur grade et leur soi-disant compétence, de s’imposer et de créer une installation efficace, d’autant, comme on l’a dit, que les moyens disponibles étaient lamentablement dépassés. Mais cette forte personnalité y parvint mit en œuvre une première idée géniale, celle de soigner les victimes le plus près possibles des lignes. Ils étaient ainsi pris en charge plus rapidement et n’avaient plus à subir autant de secousses qui lors du transfert aggravaient leur état.

 

Ce fut un exploit grâce à la rapidité de la mise en place de ce que l’on appela bientôt « l’hôpital de l’Océan ».

 

La solidarité nationale, et surtout celle des populations des pays alliés, a joué pleinement et la collecte de fonds fut rapidement efficace. L’épouse du Dr Depage fut loin d’être étrangère à ce succès : elle a parcouru le monde libre, en grande partie les Etats-Unis, pour solliciter la générosité d’innombrables donateurs. Ce fut au retour d’un de ses voyages Outre-Atlantique qu’elle périt dans le torpillage du Lusitania par les Allemands.

 

Une approche moderne

La tâche fut loin d’être simple, mais Depage n’en était pas à son coup d’essai. Déjà lorsqu’il exerçait à l’Hôpital Saint-Jean à Bruxelles il y avait mis sur pied le premier service de chirurgie associé à un laboratoire médical. Il avait aussi rendu la chirurgie plus optimale en créant des sous-spécialités au sien desquelles chaque situation particulière était traitée de manière spécifique, mais dans un contexte pluridisciplinaire.

 

C’est dans cet esprit qu’il instaura à l’Hôpital de l’Océan le traitement des blessures de guerre. Grâce à lui, avec son élève Georges Debaisieux et les autres chirurgiens qu’ils purent attirer auprès d’eux, une nouvelle vision de la traumatologie se mettait ainsi en place.

 

On peut dire que cette approche très moderne pour l’époque est un véritable monument de la médecine belge. Elle est encore à la base des interventions actuelles auprès des blessés : la notion de débridement, qui consiste à éliminer chirurgicalement les tissus morts ou très abîmés avant de fermer les blessures, reste un des fondamentaux de la chirurgie moderne.

 

Les méfaits des engrais « naturels »

Une autre innovation est la détersion et la désinfection des plaies. Elle consiste non seulement à éliminer les microbes, mais aussi les sécrétions purulentes et les débris tissulaires qui retardent la cicatrisation et risquent de créer des situations irrécupérables telles que la gangrène par exemple.

 

Cette désinfection est capitale, mais les moyens disponibles alors étaient dérisoires : les antibiotiques n’existaient pas encore. Ils ne sont venus qu’au moment de la Seconde Guerre mondiale. On mesure mal, à notre époque, l’importance de la désinfection des plaies car cela paraît évident. A l’époque, c’était une révolution.

 

C’était d’autant plus important, dans cette guerre des tranchées, que les blessures étaient souillées de terre. Une terre qui avait servi aux cultures et était, depuis des siècles, engraissée avec des engrais dits « naturels ». On imagine aisément ce que des siècles d’exploitation traditionnelle ont pu déposer comme bactéries et comme germes dans le sol où les soldats venaient alors se faire massacrer.

 

Rencontre avec le Nobel de Médecine Alexis Carrel

C’est grâce à sa rencontre avec Alexis Carrel, prix Nobel de Médecine qui eut par la suite l’idée très contestable d’exprimer ses sympathies envers les idées des nazis, qu’Antoine Depage trouva le moyen de désinfecter les plaies. Chacun connaît en effet la solution de Carrel-Dakin, utilisée par le premier et mise au point par le second, chimiste anglais de génie, qui était parvenu à résoudre une série de problèmes techniques qui empêchaient l’utilisation de ce désinfectant chez l’homme.

 

Et là n’est pas la seule innovation des chirurgiens de l’Hôpital de l’Océan. Tout en apportant leurs soins salutaires aux blessés de la guerre, ils ont effectué des travaux scientifiques qui ont permis d’améliorer encore les traitements, notamment en étudiant soigneusement l’évolution des infections des plaies.

 

Ils ont consigné leurs observations et leurs résultats dans des rapports qui sont aujourd’hui connus sous le nom de « Travaux de l’Hôpital de l’Océan » et qui sont rassemblés en pas moins de trois imposants volumes.

 

Des interlocuteurs bien inspirés

Hôpital de l'OcéanHôpital de l’Océan Raymond Reding Editions Jourdan, Bruxelles-Paris, 2014 ISBN 978-2-87466-334-5, 239 pp., 18,90 €
Hôpital de l’OcéanHôpital de l’Océan
Raymond Reding
Editions Jourdan, Bruxelles-Paris, 2014
ISBN 978-2-87466-334-5,
239 pp., 18,90 €

Tout cela, et bien d’autres choses encore, est détaillé dans le livre « Hôpital de l’Océan » que vient de publier aux Editions Jourdan le Pr Raymond Reding, chirurgien aux Cliniques Universitaires St-Luc de l’UCL.

 

Lorsqu’on lui demande pourquoi il s’est mis à écrire cet ouvrage, il évoque deux personnages.

Le premier est son grand-père, un des derniers témoins de la Grande Guerre. Il a entendu ses récits et a compris qu’il fait œuvrer à la mémoire de tous ceux qui se sont sacrifiés, en y survivant ou non, pour défendre le pays et sa liberté. Le second personnage qui l’a encouragé est le Pr Francis Zech, doyen de la Faculté de Médecine, qui lui a fait prendre conscience de l’importance de cet épisode de la médecine belge. « Un très grand moment de notre histoire médicale », commente le Pr Reding.

 

L’Hôpital de l’Océan est une saga qui n’est pas née du hasard. Elle trouve ses racines dans l’histoire des protagonistes. L’ampleur de la tâche fut immense, puisque l’hôpital a compté rapidement 1200 lits et s’est étendu jusqu’à pouvoir en contenir 2400, soit plus que n’importe lequel des hôpitaux que nous connaissons actuellement en Belgique.

 

Du travail à la Belge

Le livre du Pr Reding est aisé à lire. Son style est agréable sans être grandiloquent. Il est fort bien documenté et n’est pas celui d’un donneur de leçons. Nous dirions qu’il est un peu à la Belge. Le travail est fait, il est bien fait, mais sans forfanterie et en toute modestie et simplicité.

 

Il fallait l’écrire : c’est en effet un grand moment de notre histoire médicale. Un moment comme il en est encore bien d’autres, et qui mériteraient eux aussi les faveurs d’un ou plusieurs auteurs et d’un éditeur.

 

 

 

Quand la science s’invite en cuisine !

Durée de lecture : 5 min

Où est-il écrit que la science n’a pour royaume que les laboratoires des universités ? Tous les jours, sans le savoir, nous jouons aux scientifiques en herbe… Comment ça ? En cuisinant, pardi ! Nos meilleures recettes ne sont finalement que de petites expériences scientifiques mises bout à bout. C’est ce que nous explique Carole Equeter dans ses livres de cuisine d’un nouveau genre.

 

Une carrière toute tracée de scientifique

Docteur en biologie, Carole Equeter a, depuis toute petite, voué une véritable passion aux sciences. En toute logique, elle s’oriente vers un master en biologie moléculaire après ses études secondaires. Très vite tout s’enchaîne : le doctorat en sciences biologiques, un job d’expert au Centre du Cancer suivi d’un autre dans l’industrie pharmaceutique. Mais cette carrière scientifique toute tracée ne l’épanouit pas autant qu’elle aurait imaginé… « Je suis gourmande, j’adore la cuisine et j’ai décidé que cette seconde facette m’aiderait à rendre ma formation scientifique plus intéressante encore », explique Carole Equeter.

 

Des ateliers culinaires scientifiques

« Je voulais faire quelque chose qui me permettrait d’aller à la rencontre des autres pour leur transmettre mes deux passions : la cuisine et les sciences. J’ai donc imaginé des ateliers culinaires d’un nouveau genre.

 

Des ateliers qui apprendraient à cuisiner des plats simples, mais savoureux et qui seraient le vecteur de pincées de science afin de cuisiner malin. » Des petites informations scientifiques qui permettent de mieux comprendre pourquoi une recette doit être effectuée dans un ordre précis et pas dans un autre ou pourquoi une recette, parfois, ne marche pas. « Monter des oeufs en neige, faire une pâte à pain ou encore faire cohabiter les matières premières sont tant de petites touches de sciences dont on ignore généralement la teneur. Finalement, mes ateliers culinaires vulgarisent des procédés scientifiques que l’on retrouve dans la vie de tous les jours. »

 

Sa propre maison d’édition

Dans la foulée, Carole Equeter crée sa propre maison d’édition pour développer un support papier à ses ateliers culinaires. C’est comme cela que voient le jour les livres « Un peu de tout… et une pincée de science » et « Méli-Mélo en cuisine ». Des livres qu’elle veut résolument didactiques. Tant côté recette, que côté science.

 

« J’ai veillé à n’y publier que des recettes simples que l’on peut très facilement adopter au quotidien. Quant aux informations scientifiques, je voulais qu’elles soient compréhensibles de tous : de l’enfant qui cuisine avec sa maman, à l’ado que l’on désire réconcilier avec les cours de sciences, en passant par les mères soucieuses de comprendre le pourquoi du comment des trucs de grand-mère ou encore les messieurs curieux. Mon objectif : les aider à comprendre les mécanismes scientifiques derrière les recettes pour ne plus jamais les rater et choisir ses ingrédients de manière éclairée. »

 

Les cinq chapitres proposent un méli-mélo de saveurs : petites saveurs salées, fast-food maison, plats, desserts et produits de boulangerie. Une initiative saluée par Jamy Gourmaud, l’un des grands noms de la vulgarisation scientifique : « Il y a mille façons d’aimer la science, y compris dans une assiette, surtout quand elle est bien faite, légère et facile à digérer. Goûtez-y, vous y reviendrez ! ».

 

Florilège de pincées de sciences !

De nombreuses  pincées de sciences sont  disponibles sur le site internet de Carole Equeter. En voici quelques unes :

  • Comment les boulangers parviennent-ils à cuire leurs pains au chocolat sans que celui-ci ne fonde à la cuisson ? En utilisant un chocolat ne contenant qu’un faible pourcentage de beurre de cacao (point de fusion 34°C) et plus riche en sucre (point de fusion 186°C). Résultat : le petit pain cuit tandis que le chocolat reste impassible.
  • Pourquoi faut-il des casseroles spéciales lorsqu’on cuisine avec une plaque à induction ? Les plaques de cuisson à induction produisent un champ magnétique qui, une fois transmis à la casserole, induit la production d’énergie thermique (chaleur). Seule condition pour que cela fonctionne : le matériau de la casserole doit être capable de conduire ce champ magnétique. C’est d’ailleurs pour cela que s’il n’y a pas de casserole sur la taque de cuisson, elle ne chauffe pas. Afin de reconnaître ces casseroles, c’est très simple : placez un aimant sur le fond de la casserole, s’il y adhère, la casserole peut être utilisée à l’induction.
  • Comment réussir un fondant au chocolat ? En le réservant au frigo au minimum 1 heure avant la cuisson. De cette manière, l’extérieur du gâteau cuira plus vite que son cœur.
  • Pourquoi votre pain n’est-il pas monté ? Probablement parce que vous avez mis en contact la levure de boulanger et le sel : cela produit un choc osmotique. Résultat, l’eau de la levure gagne le sel. La première, déshydratée, meurt.
  • Comment faire briller ses petits pains ? En les badigeonnant de lait dès qu’ils sortent du four. De cette manière, au contact du petit pain chaud l’eau contenue dans le lait s’évapore immédiatement, elle ne ramollit donc pas le petit pain. Tandis que la matière sèche du lait reste et lui donne une apparence brillante.

 

Carole Equeter ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, elle rêve d’un livre sur le jardinage, d’un livre sur le bricolage ainsi qu’un autre sur l’utilisation des huiles essentielles en cuisine.

En septembre, elle sortira un livre dédié aux produits de boulangerie réalisé avec une professionnelle de la meunerie. Fin 2014, un livre de cuisine autour du fromage verra le jour grâce à un partenariat avec un artisan affineur de renommée internationale.

 

Borderline… Une souffrance bien réelle

Durée de lecture : 4 min
Manuel du borderline  ed. Eyrolles, 252 pages 25 euros
Manuel du borderline
ed. Eyrolles, 252 pages
25 euros

«Après un quasi-siècle d’incompréhension et d’impuissance du monde soignant, le destin des borderlines a enfin pris une autre direction», déclarent les psychiatres Martin Desseilles, Bernadette Grosjean et Nader Perroud des universités de Namur, de Californie et de Genève. «Nous savons désormais que cette maladie est bien réelle, et parfaitement traitable. Il reste encore beaucoup à faire. Les idées préconçues ne disparaissent pas du jour au lendemain. Et si de multiples traitements spécialisés ont fait leurs preuves, ils demeurent longs, ardus et difficiles d’accès.»

 

Depuis 1884, le terme anglais «borderline», «état limite», désigne la souffrance des personnes qui changent tout le temps d’humeur. Ont des difficultés relationnelles. Ne savent pas qui elles sont, ce qu’elles veulent dans la vie… Ce trouble de la personnalité se déclare généralement dans l’adolescence. Il touche 4% de la population. Plus souvent les femmes que les hommes. Ce sont surtout les problèmes relationnels qui handicapent les borderlines.

 

Redonner espoir

 

On ne sait pas exactement ce qui cause cette maladie. Dans nos pays, le besoin de performance, l’individualisme forcené, pourraient en être les raisons principales. L’héritage génétique? Il existe très peu d’études. L’impulsivité semble se transmettre dans les familles. Plus de 70% des parents de borderline ont, ou ont eu, des troubles psychiatriques. Des recherches scientifiques montrent qu’il existe aussi une relation entre la maltraitance pendant l’enfance et ce mal-être.

 

Les trois psychiatres ne se contentent pas de leur déclaration. Ils ont uni leurs efforts pour produire un «Manuel du borderline» grand public (éd. Eyrolles, 25 euros). L’objectif n’est pas de remplacer les spécialistes de la santé. Mais de redonner espoir. D’accompagner concrètement les malades, leurs proches, les psychothérapeutes. En retraçant l’historique de la maladie. En aidant à identifier ses symptômes. En présentant des thérapies qui ont fait leurs preuves. Les auteurs ont aussi créé un site pour se tester, questionner, témoigner.

 

Les médicaments ne sont pas à la base des traitements envisagés. Ils ne traitent pas le trouble borderline ou ses symptômes. Mais les antidépresseurs sont efficaces pour surmonter les états dépressifs des malades. Certains antipsychotiques stoppent les ruminations, soulagent les moments de stress. Pris occasionnellement, les anxiolytiques sont utiles. Sans pouvoir supprimer la cause de l’angoisse, des troubles de sommeil.

 

Une thérapie du non-jugement

 

Une intervention psychothérapeutique peut avoir un impact biologique comme un médicament. L’important est la cohérence de ces deux approches. Pour les psychiatres Martin Desseilles, Bernadette Grosjean et Nader Perroud: «Soigner par l’esprit, par la présence, par les mots, par l’empathie, par la validation, par le son de la vie ou par un certain regard que l’on porte sur sa vie, par la capacité d’écouter l’inécoutable, d’entendre l’inaudible…, aucune pilule ne peut faire cela. Pour le borderline, ce sera d’abord la relation et même le non-verbal, le cadre, la présence consistante et non blessante d’un autre bienveillant et non jugeant qui ouvre des portes…»

 

Les centaines de formes de psychothérapies ont souvent des points communs. L’efficacité du traitement serait plus liée au choix du psychothérapeute qu’à la technique utilisée. Les recherches mettent en particulier l’accent sur la capacité du psy à former une alliance de travail avec le patient. Sur son expérience et sa maîtrise de la technique.

 

Les trois spécialistes des états limites consacrent un chapitre du «Manuel du borderline» à la thérapie comportementale dialectique (TCD). Devant l’incapacité des soignants de la comprendre et de la soigner, la psychologue Marsha Linehan a développé cette méthode efficace, très pratiquée aux États-Unis. Elle a eu l’idée d’ajouter des touches de validation aux techniques des thérapies cognitivo-comportementales (TCC). Dire en même temps au malade qu’il faut changer de comportement et qu’on comprend pourquoi il le fait est le fondement de la méthode. La professeure à l’Université de Washington s’est aussi inspirée de l’acceptation du moment présent pour donner naissance à la TCD. Ses principes sont avant tout basés sur le non-jugement des patients borderlines. Sur l’humilité des thérapeutes et de la thérapie.