L'Océan Austral

Toute la biodiversité de l’Océan Austral en un atlas

par Christian Du Brulle

C’est “la” nouvelle référence mondiale sur l’Océan Austral et sa biodiversité. Avec ses 500 pages, ses 800 cartes et ses 9.000 espèces recensées, le nouvel “Atlas biogéographique antarctique” (“Biogeographic Atlas of the Southern Ocean” dans sa version originale) qui vient de sortir de presses n’est autre que la radiographie la plus complète de la biodiversité présente dans les mers qui bordent l’Antarctique.

 

L'atlas biogéographique antarctique a été piloté par de Dr Claude De Broyer, de l'Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique.
L’atlas biogéographique antarctique a été piloté par de Dr Claude De Broyer, de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique.

Un travail de titan dont le pilote… est Belge. C’est le Dr Claude De Broyer, de l’Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique qui a assuré la rédaction en chef de cet imposant document, avec son collègue français le Dr Philippe Koubbi, un spécialiste de l’écologie des poissons polaires de l’Université Pierre et Marie Curie à Paris.

 

Le précédent “recensement” biogéographie datait de 1969

 

“Cela a été un travail de compilation et de vérification de quasi cinq ans”, nous confie le biologiste et spécialiste de la taxonomie des crustacés Cédric d’Udekem d’Acoz, également de l’IRSNB. Le Dr d’Udekem a travaillé sur ce projet avec le Dr De Broyer. Ils ne sont pas les seuls scientifiques belges à avoir apporté leur concours à cette vaste entreprise. Des chercheurs de l’Université Libre de Bruxelles, de l’Université de Gand et de la KULeuven ont également apporté leur expertise à cette radiographie de la biologie marine antarctique qui, au total, a mobilisé 147 scientifiques issus de 91 institutions implantées dans 22 pays.

 

Mais pourquoi coucher sur papier l’ensemble des connaissances scientifiques sur la biodiversité de l’Océan Austral? Par souci d’actualisation tout d’abord; la science a bien évolué depuis 1969, année de publication de la précédente synthèse biogéographie de cette région du monde (l’atlas américain “Antarctic Map Folio Series”).
Ensuite, parce que les expéditions marines en Antarctique se sont multipliées. Enfin, parce que les techniques à la disposition des chercheurs ont elles aussi connu de grands progrès. On ne décrit plus uniquement une espèce sur base de sa morphologie apparente, on s’intéresse aussi à son patrimoine génétique. “Deux espèces très similaires peuvent être ainsi s’avérer différentes”, confirme le Dr d’Udekem d’Acoz.

 

Au fil des 66 chapitres qui composent le nouvel atlas, les scientifiques examinent l’évolution de l’environnement physique, la génétique et l’impact possible du changement climatique sur les organismes marins dans la région. C’est aussi un condensé des connaissances actuelles sur la distribution de la vie dans l’océan Austral.

 

Des connaissances qui restent malgré tout lacunaires, comme l’explique Cédric d’Udekem d’Acoz.

Le cas emblématique de la baleine bleue

 

Certaines cartes de l’Atlas ne manquent pas de retenir l’attention. Comme cette juxtaposition entre la carte des recensements récents des baleines bleues et celle des “prises” commerciales de ces grands cétacés. La différence est frappante. On est passé à deux doigts de l’extinction des Balaenoptera musculus!

 

 

“Suite au harponnage intensif, il n’y a pas si longtemps, on ne dénombrait plus que 300 spécimens de cette espèce”, indique le scientifique belge. “Les mesures de protection radicale qui ont été prises permettent à cette population de remonter doucement la pente”.
Parce que c’est bien là aussi un des buts de ce atlas: fournir aux décideurs et aux gouvernements les informations indispensables pour permettre la mise en œuvre de politiques spécifiques en matière de préservation de la biodiversité.

 

Une spécialité belge: les crustacés amphipodes

 

Si les grands animaux marins attirent généralement le regard du public, les chercheurs belges pour leur part concentrent surtout leurs efforts sur des espèces plus discrètes… en taille mais particulièrement diversifiées en nombre et en genre, comme en attestent les contributions directes au nouvel atlas.
« A l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, nous avons développé une expertise en ce qui concerne les crustacés amphipodes antarctiques », indique Cédric d’Udekem d’Acoz. « On en dénombre plus de 900 espèces différentes en Antarctique et dans les régions limitrophes et il est probable qu’un nombre similaire d’espèces non décrites de cette partie du monde existe dans les diverses collections scientifiques dans le monde. C’est phénoménal ».

 

Découvrez ici quelques-uns des amphipodes de l’IRSNB (© Cédric d’Udekem d’Acoz)

 

 

L’Antarctique intéresse les scientifiques belges depuis 1897 et l’expédition scientifique menée par Adrien de Gerlache. Il y a aussi eu l’établissement de la base Roi Baudouin en 1958 puis la participation de la Belgique aux négociations du Traité sur l’Antarctique dès 1959.

 

Ecoutez le Dr d’Udekem d’Acoz relater un pan de cette histoire en ce qui concerne la biologie marine.

Un soutien belge continu

Le “Biogeographic Atlas of the Southern Ocean”, publié par le Comité scientifique pour les recherches antarctiques (SCAR), a notamment pu être réalisé grâce au soutien de la Politique scientifique fédérale belge, via son programme de recherche sur l’Antarctique et le réseau biodiversity.aq, lui aussi financé par BELSPO.

 

Ce réseau prend la forme d’un système d’informations sur la biodiversité antarctique. Il permet l’accès à diverses bases de données dans le monde. C’est un outil officiel du SCAR. Il a intégré notamment le réseau d’information sur la biodiversité marine SCAR-MarBIN développé dès 2007-2008 par les scientifiques belges, toujours avec le soutien du gouvernement fédéral belge et de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique ainsi que les bases de données gérées par l’Australian Antarctic Division (biodiversité marine et terrestre).

 

Le réseau biodiversity.aq est aussi l’outil de gestion des données et le référentiel de la recherche en matière de biodiversité menée à la station Princess Elisabeth. Mais là, à 200 km de la côte, on ne parle plus de biologie marine, bien entendu.