Les filles commettent de plus en plus de délits

par Raphaël Duboisdenghien

"Psychologie de la délinquance" - Michel Born et  Fabienne Glowacz. Editions De Boeck, VP 25 euros
« Psychologie de la délinquance » – Michel Born et Fabienne Glowacz. Editions De Boeck, VP 25 euros
«Beaucoup de recherches continuent à étudier les seuls garçons tandis que d’autres tirent leurs conclusions au départ d’un échantillon mixte sans qu’on prête une réelle attention à comparer en détail ce qui joue pour chaque groupe sexué», regrettent Michel Born, ancien professeur à l’École de criminologie de l’Université de Liège, et Fabienne Glowacz qui y dirige le Service de psychologie clinique de la délinquance.
 

Dans la nouvelle édition de la «Psychologie de la délinquance», aux éditions De Boeck ces chercheurs font le bilan des connaissances sur la délinquance au féminin. Pour pouvoir agir. Tant en prévention qu’en intervention éducative, curative ou thérapeutique.
 
L’influence des pairs
 
La délinquance des filles augmente plus rapidement que celle des garçons. La précocité pubertaire n’est pas étrangère à ce déséquilibre. Mais les délits demeurent moins graves, moins diversifiés, moins nombreux que ceux commis par les garçons. Les différences constatées entre adolescentes sont souvent plus importantes que celles qui les séparent de leurs homologues masculins. Les abus sexuels dans l’enfance sont de puissants facteurs de risque.
 
Élevées communément sur un modèle de devoir, de contrôler envies et frustrations, les filles retournent plus souvent la violence contre elles-mêmes ou se limitent aux agressions verbales et relationnelles. Adoptent des conduites antisociales sous l’influence de pairs plus engagés dans ces comportements. La consommation de drogues serait associée à un fort attachement aux camarades.
 
«Les recherches montrent que l’association aux pairs déviants est à l’adolescence un facteur prédicteur de délinquance pour les filles comme pour les garçons. Les filles délinquantes sont très enclines à fréquenter des camarades qui valorisent et encouragent de telles activités. L’influence néfaste des pairs est encore plus marquée quand ils constituent une bande. Des activités comme la flânerie ou la fréquentation de lieux non supervisés multiplient les occasions de commettre des actes déviants ou délictueux
 
L’école ? «Les deux variables scolaires qui interviennent dans les processus d’engagement dans la délinquance sont le fait d’aimer aller à l’école et de faire des efforts à l’école. Si la qualité de la relation avec les professeurs joue un rôle prédominant pour les filles, la réussite scolaire semble affecter la délinquance des garçons plus que celle des filles
 
Les relations avec les parents
 
La faiblesse de l’attachement témoigné aux parents, plus particulièrement à la mère, est mise en exergue. La fugue est couramment un mode de survie et de fuite du milieu familial abusif. Elle amène les adolescentes à fréquenter un entourage marginal.
 
«L’attachement aux parents, une discipline parentale dure, des relations pauvres ou conflictuelles avec les parents, une pauvre supervision de leur part et une discipline inconséquente sont parmi les facteurs qui ont été le plus souvent reliés à la délinquance féminine. Le poids de ce facteur tend à diminuer avec l’âge. Au cours de l’adolescence, quand les relations avec les pairs et les relations amoureuses prennent le relais
 
Faire sa place dans une bande
 
Plus que pour les garçons, basculer dans la délinquance serait activé pour les filles par une perception d’un environnement hostile et menaçant. La précarité socio-économique est associée indirectement à la déviance des adolescentes. Les filles qui ont connu des conditions de vie difficiles et violentes durant leur enfance sont en attente de protection, de reconnaissance affective. Pour les obtenir, elles se tournent vers les garçons.
 
Et elles risquent d’être entraînées dans une spirale de la délinquance. D’être contraintes à commettre les mêmes actes délictueux qu’eux ou à être utilisées comme objets sexuels pour faire valoir leur place dans une bande. En étant reléguées à une place secondaire. En devant se dévouer au bien-être des autres membres. Majoritairement de sexe masculin.
 
Chez les filles, les conduites délictueuses apparaissent et se limitent très majoritairement à l’adolescence. L’engagement tardif dans la délinquance s’accompagne de déficits cognitifs et neuropsychologiques. D’une faible estime de soi. Ces jeunes femmes connaissent bien souvent une vie d’adulte perturbée par des arrestations, des tentatives de suicide, un abus de substances psychotropes.