Chercheurs et acteurs de terrain explorent la diversité sociale

par Raphaël Duboisdenghien

Un scientifique et un acteur de terrain interviennent dans chacun des chapitres… «Ce double regard approfondit l’analyse et l’enrichit», explique Rachel Brahy, docteure en sciences politiques et sociales. «Nous en faisons la marque de fabrique de cet ouvrage qui considère sur le même plan les auteurs et les contributeurs non académiques. Notre nébuleuse diversité devrait ainsi, peu à peu, se laisser davantage percevoir comme une constellation, ouvrant à la compréhension, au débat et à l’esprit critique.»

"Dialogues sur la diversité", Rachel Brahy et Elisabeth Dumont, Presses universitaires de Liège, 28 euros).
« Dialogues sur la diversité », Rachel Brahy et Elisabeth Dumont, Presses universitaires de Liège, 28 euros).

Avec cette 2e édition des «Dialogues sur la diversité», la coordinatrice scientifique de la Maison des sciences de l’homme de l’Université de Liège (ULiège) Rachel Brahy et Élisabeth Dumont, conseillère stratégique à la Ville de Liège, prolongent la réflexion commencée dans le premier livre édité en 2015 aux Presses universitaires de Liège.

 

Haine et rejet de l’autre avancent masqués

Trois chapitres scrutent l’extrême droite, le racisme, les stéréotypes qui se nourrissent d’idées simples. Le professeur de science politique à l’ULiège Jérôme Jamin et Stéphanie Ardu, porteuse du projet liégeois «Nuit blanche contre listes noires», décryptent les ingrédients de l’extrême droite.

«Ce qui caractérise le plus le racisme des partis d’extrême droite en France, en Belgique et aux Pays-Bas, mais aussi dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest, c’est le développement d’un langage codé, apparemment anodin, et pourtant très connoté. Le Front national français, le Vlaams Belang flamand et le Partij voor de Vrijheid néerlandais ont tous les trois opéré des changements dans ce sens. Pour des raisons électorales et afin d’éviter d’éventuels procès, les partis ont progressivement privilégié un discours sur la culture et la religion en lieu et place d’un discours sur les races. Et surtout un discours qui porte sur des différences au lieu d’un discours qui parle d’inégalité ou de hiérarchie.»

«Un racisme symbolique, exprimé sans être ouvertement déclaré, s’est substitué au racisme direct, injurieux et agressif. Le rejet et la haine de l’autre n’ont pas disparu. Le vocabulaire a changé. La défense radicale d’une nation pure contre des groupes jugés néfastes et inférieurs n’a pas dit son dernier mot. Elle le dit différemment. L’anonymat que confère la communication virtuelle favorise la prolifération de commentaires dépourvus de scrupules.»

Les migrations ne cesseront pas

Édouard Delruelle, professeur de philosophie politique à l’ULiège, et Henri Goldman, rédacteur en chef de la revue belge d’analyse et de débat «Politique», pointent des enjeux principaux. En premier lieu, les migrations. «Elles ne cesseront pas. Les migrants ne sont pas des étrangers qui passent des frontières pour trouver refuge chez nous. Mais des travailleurs qui se déplacent là où ils peuvent. À la recherche d’un avenir meilleur pour eux et leurs enfants.»

L’islam… «Il y a aujourd’hui un mythe raciste qui a pénétré jusqu’au cœur des milieux progressistes et laïques: le mythe de l’islamisation de l’Europe. Cette islamophobie est infondée. Les musulmans ne représentent que 6% de la population belge. Le taux de natalité est en chute libre dans les pays musulmans…»

« Tout est lié » affirment les contributeurs

Des chantiers sont à mener. Comme aider les musulmans progressistes à construire un islam d’Europe pour éviter un islam importé, souvent fondamentaliste. Combattre le patriarcat, une organisation de société fondée sur la domination masculine. Lutter contre l’idée de l’homosexualité vue comme une déviance. Résoudre le problème des jeunes, souvent sans diplôme ni travail. Pour désamorcer des émeutes qui seront qualifiées d’ethniques alors qu’elles seront sociales.

«Tout est lié», affirment les contributeurs. «Si le patriarcat se maintient dans nos mégapoles, c’est aussi parce que, pour les familles rejetées dans la périphérie sociale, la seule façon de compenser le chômage et la précarité, c’est de perpétuer les mécanismes de production et de solidarité propres aux familles élargies. C’est peut-être aussi un patriarcat en décomposition-recomposition qui explique l’éducation différenciée des filles et des garçons. Et en partie les problèmes de délinquance auxquels on les assimile.»

Élisabeth Dumont, vice-présidente de la coalition européenne des villes contre le racisme de l’Unesco, conclut: «Lutter contre les discriminations favorise la diversité. C’est tout un projet de société. À nous de jouer.»