L'UCL investit dans les MOOC's, en anglais et en français.

Multiplication de MOOC’s à l’UCL

par Christian Du Brulle

Les MOOC’s (« massive open online courses ») ont le vent en poupe à l’Université Catholique de Louvain (UCL). Vincent Blondel, le nouveau recteur, confirme cette orientation « 2.0 » de l’enseignement à l’université. Lors de son élection, au printemps dernier, il n’en faisait pas mystère. « Les étudiants s’approprient le savoir en utilisant les outils numériques et en échangeant avec d’autres via les réseaux sociaux. L’université doit prendre cette réalité en compte », disait-il alors. Alors qu’il vient de prendre ses fonctions, il précise sa stratégie en la matière, spécifiquement en ce qui concerne les MOOC’s.

 

Les MOOC’s ? Les « massive open online courses » sont des cours en ligne, accessibles gratuitement, partout dans le monde, via internet. Au début de l’année 2014, l’UCL se lançait dans l’aventure et produisait quatre cours de ce type : deux cours de niveau Bac et deux de niveau Master, deux en anglais et deux en français (Paradigms of Computer Programming, International Human rights, Découvrir la science politique, Ressources naturelles et développement durable). « Les quatre premiers MOOC’s ont séduit 52.765 étudiants à Louvain-la-Neuve et dans le monde », indique le recteur. « Cette nouvelle année académique, il y en aura dix de plus ! »

 

Archive du MOOC / UCL sur les Droits de l'Homme.
Archive du MOOC / UCL sur les Droits de l’Homme.

 

Deux catégories d’étudiants : ceux de l’UCL et les « internationaux »

 

Le public des MOOC’s peut être divisé en deux sous-groupes : les étudiants inscrits à l’UCL dont certains professeurs proposent un MOOC obligatoire en complément de leur cours, et les étudiants extérieurs, curieux ou séduits par les thématiques proposées. Pour les premiers, le MOOC fait partie intégrante du cursus, pour les autres, il s’agit d’un cours libre.

 

« Pour nos étudiants, les MOOC’s, ainsi que d’autres outils numériques comme les podcasts, sont complémentaires à l’enseignement en auditoire », précise Vincent Blondel. « Ils permettent de capitaliser sur la présence essentielle du professeur. Aujourd’hui, et encore plus demain, le professeur n’est plus uniquement là pour délivrer une matière mais davantage pour utiliser son temps de cours pour l’expliciter, interagir avec ses étudiants, réaliser des exercices pratiques, s’assurer que chacun ait bien compris, intégré la connaissance », précise encore le recteur.

 

En ce qui concerne les étudiants libres répartis aux quatre coins de la planète, c’est une autre histoire. « Pour ceux-ci, la valeur de ce cours d’un point de vue académique est nulle », indique Françoise Docq, coordinatrice des MOOC’s à l’UCL. « L’étudiant, ou l’adulte qui suit ce type de formation gratuite en ligne, qui accomplit toutes les activités proposées et qui se soumet aux tests finaux se voit bien décerner un certificat sous forme d’un fichier pdf. Celui-ci n’a qu’une valeur symbolique. C’est une attestation qui ne procure aucun crédit à son titulaire pour son cursus académique ». Au vu de la première expérience réalisée à l’UCL, cela ne semble pas poser de réels problèmes.

 

Un public avide de connaissance, trentenaire, déjà diplômé et actif

 

Le public international des MOOC’s louvanistes ne correspond pas vraiment au profil de l’étudiant « sur site » en Bachelier ou en Master.  « L’étudiant international type inscrit à l’un ou l’autre de nos MOOC’s est âgé de 35 ans environ », reprend Françoise Docq. « Il dispose déjà d’un diplôme de l’enseignement supérieur et en général, il travaille à temps plein. Cela nous a surpris ».

 

« Nous imaginions au départ que ce type d’offres de formation en ligne allait plutôt intéresser un public plus jeune, dans des pays où l’offre éducative est moins riche. Par exemple en Afrique ou dans divers pays en voie de développement. C’est finalement assez peu le cas. Nous avons eu des étudiants africains, mais ils nous disent que l’accès au cours est difficile. Pas à cause de sa qualité, mais bien à cause de l’efficacité du réseau internet dans leur pays. Cela nous amène à repenser le poids de nos fichiers informatiques, de nos vidéos. Il y a là, pour nous, de la recherche-action à lancer. »

 

Beaucoup d’inscrits, peu de « certifiés »

 

Autre enseignement issu de cette première expérience louvaniste lancée en février 2014 : la volatilité du public. « Certes, nous avons enregistré plus de 52.000 inscriptions au total », reprend Françoise Docq, attachée à l’Institut de pédagogie universitaire et des multimédias de l’UCL. « Mais nous avons aussi constaté une diminution importante de ce nombre lors du démarrage de chaque MOOC. Pendant leur déroulement (ils s’étalent sur 4 à 6 semaines en moyenne), les effectifs s’effilochent encore. Puis il y a les tests. Au final, et d’une manière générale, on peut estimer que 7% des inscrits à un MOOC se voient remettre le certificat qui sanctionne cette formation en ligne. A l’UCL, les chiffres sont plus nuancés. Dans le cas de la première expérience des MOOC’s de l’UCL, 3010 certificats ont été délivrés. »

 

Le cours en ligne qui a débouché, proportionnellement au nombre d'inscrits, sur le plus de certificats de réussite est celui sur la science politique (18%).
Le cours en ligne qui a débouché, proportionnellement au nombre d’inscrits,
sur le plus de certificats de réussite est celui sur la science politique (18%).

 

40.000 euros d’investissement par cours, minimum

 

Le modèle économique de la formule demande lui aussi à être défini. Ces formations en ligne sont aujourd’hui gratuites. Mais chaque MOOC a bien sûr un prix. Il y a la conception du cours, le travail de l’enseignant, la fabrication de séquences vidéo, les illustrations à prévoir…

 

Par MOOC, outre la charge de travail que cela représente pour l’enseignant, payé par l’Université, l’UCL finance en sus un assistant à mi-temps dont le coût est de 30.000 euros . Une dotation de 10.000 euros vient encore compléter les moyens mis à la disposition de l’enseignant pour couvrir certains frais de fabrication (retranscription des vidéos, achat d’images, recours au Centre audio-visuel etc.) L’investissement n’est pas négligeable et est à multiplier par quatorze cette année.

 

Alors, qui paie au final? Pour le moment, c’est l’Université. Cette année, pour sa deuxième saison de MOOC’s, l’UCL proposera aux étudiants internationaux intéressés (les étudiants de l’UCL dont le MOOC fait partie d’un cours obligatoire ne sont donc pas concernés) une option payante : payer entre 75 et 150 euros environ (100 à 200 dollars américains) une version améliorée du cours. Le cours est le même, mais la certification finale attestera de l’identité réelle de celui qui a réussi les tests finaux en ligne. « Il s’agit de l’option « identité vérifiée » de l’étudiant », explique Mme Docq. « Via un système de webcam lors du passage des épreuves et de l’enregistrement préalable d’une pièce d’identité au début du cours, le certificat final remis à l’étudiant attestera de sa réussite et certifiera son identité ». Ceux qui n’optent pas pour cette option recevront toujours, en cas de réussite, leur certificat. Celui-ci continuera à mentionner que l’identité de l’étudiant ne peut être garantie par l’université.

 

Rentrée virtuelle le 22 septembre

 

Après un premier quadrimestre de MOOC’s, l’expérience engrangée à l’UCL s’avère séduisante. La qualité des échanges entre participants et les questions posées le montrent. L’université rempile donc et amplifie son offre. Dès ces 22 et 25 septembre, les deux premiers cours en ligne de l’année académique seront lancés.

 

Une quarantaine de partenaires et d'universités à travers le monde collaborent à la plateforme edX.org
Une quarantaine de partenaires et d’universités à travers le monde collaborent à la plateforme edX.org

 

Cette offre passe par la plateforme internationale edX, gérée par Harvard et le MIT (Massachussett’s Institute of Technology). Il s’agit d’un consortium international d’universités organisant et diffusant des MOOC’s. Elle rassemble une quarantaine de partenaires dans le monde (dont seule l’UCL au niveau belge). Plus de 200 cours sont proposés. Depuis son lancement, cette plateforme a vu défiler plus de cinq millions d’étudiants, avec les réserves que l’on sait en ce qui concerne les inscriptions à ces cours en ligne et la certification finale (les fameux 7%).

 

Si la plateforme edX reprend l’ensemble des MOOC’s de l’UCL, le site français et indépendant « Mooc Francophone » (photo en tête d’article) reprend pour sa part ceux dispensés… en français. On en découvrira également quatre siglés LouvainX. Il s’agit des deux cours de la première saison ainsi qu’un nouveau MOOC interuniversitaire intitulé « Des rivières et des hommes », dont le démarrage est prévu le 3 novembre 2014.