www.belspo.be

La Politique scientifique fédérale est supprimée, l’Office interfédéral de l’Espace est annoncé

par Christian Du Brulle

Cela commence bien. Le point 5.3 « Politique scientifique » de l’accord du futur gouvernement fédéral diffusé jeudi débute par la phrase suivante: « Le gouvernement estime primordial de continuer à financer la recherche fondamentale dans notre pays ». Plus loin, par contre, la perplexité attend le lecteur.

 

 

Nulle part dans le texte on évoque des moyens supplémentaires pour doper la recherche fondamentale. On n’y parle pas davantage du prolongement des PAI (Pôles d’Attraction Interuniversitaires). Ces PAI, menacés de disparition en 2017, semblent donc définitivement enterrés par le nouveau gouvernement.

 

Ce programme constituait pourtant le dernier du genre favorisant la recherche fondamentale dans le pays en alliant les ressources universitaires du nord et du sud du pays. Ces dernières semaines, 5.000 chercheurs en Belgique et à l’étranger s’étaient encore mobilisés et avaient signé une pétition pour réclamer son maintien. Peine perdue…

 

Exit « BELSPO » et autonomisation des Etablissements scientifiques fédéraux

 

Dans l’accord de gouvernement, les partenaires de la nouvelle équipe fédérale belge annoncent par contre leur volonté de supprimer le SPP Politique Scientifique fédérale (BELSPO), de morceler la gestion des Etablissements scientifiques fédéraux (qui relèvent jusqu’à présent de Belspo) et de verser son personnel en charge des programmes spatiaux (jusqu’ici gérés eux aussi par Belspo) dans un nouvel « Office interfédéral pour l’Espace », doté de la personnalité juridique, associant les Régions ».

 

Il s’agit ni plus ni moins de la création d’une agence spatiale belge, plutôt « confédérale », même si ici on joue sur les mots. Les industriels du secteur ne voulaient pas vraiment d’une structure confédérale.  Cette dernière ne bénéficiera pas de moyens nouveaux. Le même accord prévoit effectivement que: « Cet outil verra le jour dans le strict cadre de l’enveloppe budgétaire actuelle et générera même des économies ». Les industries belges actives dans le secteur, qui réclamaient une hausse des moyens publics alloués au secteur spatial, vont sans doute devoir réviser leurs ambitions.

 

La station antarctique Princess Elisabeth bientôt… suisse ?

 

Le reste du sous-chapitre « Politique scientifique » de l’accord de gouvernement prévoit encore la transformation du Secrétariat Polaire (qui supervise notamment la Station polaire belge Princess Elisabeth en Antarctique) en une association sans but lucratif internationale (AISBL). Une structure qui devrait permettre de « nouer rapidement des contacts avec d’autres pays (notamment la Suisse) », précise le texte.

 

Le Belgica en rade

 

En ce qui concerne le navire océanographique « Belgica », aujourd’hui âgé de plus de trente ans, le nouveau gouvernement décide… de ne rien décider dans l’immédiat. Il constate bien « qu’afin de rencontrer nos obligations internationales, un navire de recherche est nécessaire ». Mais clairement, celui-ci ne devra plus nécessairement battre pavillon fédéral à l’avenir. « La possibilité de faire appel à un autre navire de recherche sera étudiée », précise le texte, sans donner de piste. Il pourrait s’agir du nouveau navire (flamand) de recherche scientifique en mer « RV Simon Stevin », lancé en 2012 à Ostende. Il ressemble comme deux gouttes d’eau au Belgica, avec quelques mètres en moins toutefois.

 

Si cette option ne livre pas de résultat, l’engagement gouvernemental se limitera alors à l’initiative suivante : « les différentes pistes pour le financement d’un navire seront examinées ».

 

 

Désengagement : une tendance en Europe
 

Le prestigieux journal scientifique « Nature » publie cette semaine une lettre ouverte signée par de nombreux chercheurs européens dénonçant le désengagement public dans la recherche scientifique de ce côté-ci de l’Atlantique.
« Les responsables politiques d’un nombre croissant d’États membres et de l’Union européenne ont totalement perdu le sens de la réalité de ce qu’est la recherche », écrivent-ils. Plus loin, ils martèlent que « la recherche ne peut pas suivre les cycles politiques. Il s’agit d’un investissement dans le futur ».