Le moustique tigre « monte » également vers la Belgique en voiture

par Christian Du Brulle

L’aire de repos de Wanlin, sur l’autoroute E-441, entre Arlon et Namur, n’est pas qu’une halte appréciée par les camionneurs et les vacanciers. Le moustique tigre, qui potentiellement peut véhiculer divers virus pouvant affecter la santé humaine, comme la dengue, le chikungunya ou encore Zika, aime aussi y faire arrêt. Et à l’occasion y pondre quelques oeufs.

« L’an dernier, pour la première fois depuis que le programme MEMO de surveillance des moustiques exotiques est en cours en Begique, nous avons effectivement découvert des oeufs de moustique tigre à Wanlin », explique la Dre Isra Deblauwe, biologiste à l’Institut de Médecine tropicale (IMT). « Une première pour cette aire d’autoroute ».

Les aéroports de Bruxelles, Liège et Charleroi sous surveillance

Une vingtaine de sites susceptibles de faciliter l’arrivée en Belgique du moustique tigre (Aedes albopictus) font l’objet d’une surveillance étroite dans le cadre du projet MEMO. Par exemple les sites industriels où arrivent des pneus ou des plants de bambous dont les pieds baignent dans une eau stagnante, indispensable aux oeufs et larves de moustiques exotiques. Mais aussi les ports et trois aéroports du pays (Zaventem, Charleroi et Liège).

En ce qui concerne l’aire de Wanlin, la découverte d’oeufs de moustiques tigres n’était qu’une demi-surprise pour l’entomologiste de l’IMT.

 

La Dre Isra Deblauwe (IMT) installe un piège à moustiques adultes à Wanlin.

« Nous savions que des traces de moustiques tigres avaient déjà été repérées plus en amont sur l’autoroute, du côté du Grand-Duché, et de la France, à Hondelange », explique-t-elle. « Nous nous attendions à ce qu’ils poursuivent leur route vers notre pays », précise la scientifique, qui dispose des pièges à oeufs et des pièges à moustiques adultes dans les sites placés sous surveillance dans le cadre du projet MEMO. Un projet qui est financé par les gouvernements flamands, wallon et bruxellois, ainsi que le SPF Santé publique, Sécurité de la chaîne alimentaire et Environnement dans le cadre de l’accord de coopération national.

Dr Wim Van Bortel, IMT

« Partout où il y a des passagers, les moustiques tigres sont susceptibles de jouer aux passagers clandestins. Ils suivent la piste du CO2 émis par les êtres vivants », explique le Dr Wim Van Bortel, chercheur à l’IMT. « Quand on voyage d’une zone endémique, par exemple le sud de l’Europe, et qu’on remonte vers la Belgique, des moustiques peuvent prendre place dans les voitures et ainsi se retrouver chez nous ».

Trois provinces wallonnes concernées par le « tigre »

L’été dernier, des moustiques tigres ont été détectés dans cinq sites en Belgique, dont trois provinces wallonnes (Namur, Luxembourg et le Hainaut). Cette année, aucun moustique tigre n’a encore été repéré dans le pays. Cela ne signifie pas pour autant que ces espèces exotiques ne risquent pas de réapparaître chez nous plus tard dans l’année. Avec la période estivale et ses migrations de vacanciers, le risque est bien présent.

Le moustique tigre (à gauche) est bien plus petit que le moustique indigène (à droite)

« Cet été, nous allons continuer nos contrôles rigoureux dans la vingtaine de sites à risque afin de détecter au plus tôt la présence de moustiques tigres et d’autres espèces exotiques. Si nous pouvons les localiser à temps, nous pourrons mieux les combattre et veiller à leur non-prolifération dans le pays. Même si les moustiques s’établissent ici, il est important de surveiller les populations de près afin d’être en mesure d’évaluer le risque de transmission de maladies. », dit-on à l’IMT.

En 2018, les chercheurs du projet MEMO avaient également détecté quelques autres moustiques exotiques chez nous, comme Aedes japonicus dans la région de Maasmechelen et de Natoye.

Ces deux types d’insectes sont moins agressifs et ne sont pas vecteurs de maladies importantes. Par contre la présence d’Aedes japonicus a été confirmée dans les provinces de Liège (à Eupen) et de Namur… de quoi ouvrir l’oeil… et le bon. Les moustiques tigres sont en effet nettement plus petits que les moustiques qu’on rencontre classiquement chez nous.

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