Décollage de la fusée Vega, Kourou, 11 février 2015. © ESA/Stéphane Corvaja

Le petit lanceur Vega va prendre du poids

par Christian Du Brulle

SÉRIE (3) Kourou : port spatial de l’Europe

 

L’avion spatial expérimental européen IXV qui vient d’accomplir une mission sans faille a été propulsé dans l’espace par la plus modeste des trois fusées exploitées actuellement à Kourou par Arianespace.  A côté de sa (très) grande sœur Ariane 5 et du lanceur russe moyen Soyouz, la petite Vega ne cesse de tenir ses promesses. Et son avenir s’annonce brillant, ce qui devrait faire les affaires des industriels belges qui participent à sa fabrication.

 

Quatre vols réussis depuis 2012

 

Rappelons qu’Ariane 5 est capable de lancer des charges utiles dans l’espace jusqu’à 10 tonnes, (en orbite “haute”, de transfert géostationnaire), Soyouz jusqu’à 3 tonnes (en orbite “haute” également) tandis que Vega est limitée à 1,5 tonne en orbite “basse” (700 km). L’avion expérimental IXV affichait certes quasi deux tonnes au décollage, mais il n’a été lancé que sur une orbite suborbitale le ramenant immédiatement sur Terre.

 

Il s’agissait cette semaine du quatrième tir d’une fusée Vega depuis son lancement inaugural en 2012. Ce quatrième vol (d’une série de cinq payés par l’ESA, l’agence spatiale européenne dans le cadre de son programme d’accompagnement de Vega appelé “Verta”) s’est déroulé sans faille.

 

Un petit lanceur polyvalent

 

“Toutes les missions confiées à Vega jusqu’à présent ont été très différentes », constate avec satisfaction Stéphane Israël, le patron d’Arianespace, qui commercialise les lanceurs tirés depuis Kourou. “A la fin de l’année, Vega lancera encore la mission scientifique Lisa Pathfinder de l’ESA. Cette fois, il s’agit de déposer une petite charge utile très loin de la terre, au point de Lagrange (le point L1, à 1,5 million de kilomètres de la Terre). Ce sera l’occasion de démontrer une fois de plus la polyvalence et la flexibilité d’utilisation de ce lanceur”.

 

Les partenaires industriels du  lanceur Vega (document Arianespace).
Les partenaires industriels du lanceur Vega (document Arianespace).

 

Le patron d’Arianespace sourit davantage encore en annonçant que sur les 10 fusées suivantes de ce type commandées à l’industrie, huit ont déjà trouvé un client. Voilà qui augure d’un nouveau succès commercial pour Vega.

 

Un premier étage plus puissant dans trois ans

 

Toutefois, cela ne suffit pas. A plus long terme, Vega va devoir monter en puissance. Il est ainsi question aujourd’hui de développer un nouvel étage pour cette fusée. L’actuel premier étage, baptisé P80 (parce qu’il contient un peu plus de 80 tonnes de carburant solide), devrait être remplacé par un futur étage P120. “La Belgique, très présente dans le programme Vega, est intéressée dans ce projet d’évolution du lanceur, confirme Agnès Grandjean, responsable du programme “Lanceurs”, à la Politique scientifique fédérale (BELSPO), l’administration qui gère les budgets spatiaux belges.

 

La nouvelle fusée Ariane 6 en ligne de mire

 

Cette montée en puissance constitue le cœur du programme “Vega C”, un programme de développement du lanceur actuel. Il s’agit d’un programme mixte. Outre l’augmentation intrinsèque de la puissance de Vega, le P120 devrait aussi servir de propulseur d’appoint (booster) à la future fusée européenne Ariane 6, dont les premières phases d’études et de développement ont été avalisées par les ministres de l’espace lors du dernier conseil de l’ESA, en décembre dernier.

 

Pour Vega C, le premier vol est annoncé pour 2018. Quant à Ariane 6, on parle de 2020, voire 2021… L’innovation dans le secteur peut parfois aller très vite!

 

 

Récupération réussie dans le Pacifique

 

Récupération de l'IXV dans l'Océan Pacifique, le 11 février 2015, après son vol suborbital. © ESA/Tommaso Javidi
Récupération de l’IXV dans l’Océan Pacifique, le 11 février 2015, après son vol suborbital. © ESA/Tommaso Javidi

 

Peu après l’amerrissage de l’avion spatial européen IXV dans le Pacifique, les équipes de récupération ont remonté l’engin expérimental à bord du navire italien « Nos Aries ». (photo ESA / Tommaso Javidi).