Les religions sont nées au néolithique

par Christian Du Brulle

D’où vient la religion? « C’est un phénomène récent à l’échelle de l’histoire humaine », estime Marcel Otte, professeur (émérite) de préhistoire de l’Université de Liège. « Il date…  d’une dizaine de millénaires tout au plus et s’est limité à certaines régions de la planète : là où le néolithique fit son apparition ».

 

« Ce processus s’enclencha généralement à la suite des temps glaciaires, lorsque l’humanité tendit à se sédentariser et à contrôler son destin, en quelque sorte à l’encontre de la nature ».

 

 « Les religions, des origines au IIIe millénaire », éditions Sciences Humaines, ouvrage collectif. VP 25,40 euros, VN 19,00 euros.

« Les religions, des origines au IIIe millénaire », éditions Sciences Humaines, ouvrage collectif. VP 25,40 euros, VN 19,00 euros.

Dans « Les religions, des origines au IIIe millénaire », un ouvrage de synthèse proposé par les éditions Sciences Humaines, le spécialiste liégeois de la préhistoire nous éclaire sur l’apparition du phénomène religieux sur Terre. 

 

La prise en main de son destin

 

« Avec la « domestication » des plantes et des animaux, l’homme devint l’égal des forces naturelles, et il commença à leur donner sa propre image », écrit-il. « Ce qui bouleversa toutes les données mythologiques, artistiques et sociales de l’époque ».

 
Sur toute la planète, cette étape religieuse dans l’histoire universelle produisit des effets analogues : images de divinités « anthropomorphes », panthéons, défilés de fidèles et d’orants aux bras levés, rituels de sacrifices, spécialisation des fonctions religieuses.

 
« En anthropologie philosophique, ces phénomènes ne reflètent qu’un seul processus, celui de la prise en main de son destin par l’homme, contre la nature. Cette aventure téméraire se poursuit sous nos yeux, en prenant d’autres formes; le phénomène religieux ne peut jamais disparaître tant que des sociétés humaines subsisteront. Et les « régimes forts » l’ont bien compris : contrôler cette nécessité vitale, qui aspire à posséder une justification éternelle, donne une force absolue aux dictatures et aux intégrismes », précise le scientifique.

 

Défier la nature

 

« Le néolithique constitua une sorte de laboratoire de toutes les sociétés religieuses qui surgiront explicitement durant l’Antiquité. L’une des constantes de ces manifestations symboliques tient au défi spectaculaire, perpétuellement renouvelé, entre la nature et l’homme ». 

 

Si la première partie  de cet ouvrage collectif s’interroge sur le «pourquoi» des religions, c’est dans la seconde partie, qui explore les formes du phénomène religieux à travers l’histoire, qu’intervient le Pr Otte.

 

La science pour expliquer le réel

 

La troisième partie de l’ouvrage, qui condense en réalité une série d’articles publiés dans le magazine « Sciences Humaines », s’intéresse aux évolutions et enjeux contemporains des religions.

 
C’est le constat du retour du religieux qui va de pair avec un certain désenchantement du monde. C’est aussi, par exemple, un éclairage sur l’attrait du bouddhisme en Occident ou encore la question de l’universalité de la laïcité.

 

Ou, pour en revenir au préambule de la contribution du Pr Otte à cet ouvrage, au constat que « toute société humaine se réfère à un système métaphysique où se concentrent les explications du réel. En ce sens, la science en a aujourd’hui repris les fonctions ».