A l’école, les cours d’allemand n’ont plus la cote

par Clara Bellamy

Les statistiques sont formelles. L’allemand n’attire plus les têtes blondes de l’autre côté de la frontière linguistique. C’est ce que démontre une étude menée par la Vrije Universiteit Brussel (VUB) à partir des données de l’Annuaire statistique de l’enseignement flamand. En Fédération Wallonie-Bruxelles, comme on le lira plus bas, la situation est sensiblement identique.
 
Le nombre d’élèves ayant des compétences en allemand dans l’enseignement secondaire a atteint son plus bas niveau. Il en est de même au sein des universités. Cette baisse d’intérêt pour les langues inquiète beaucoup les experts car les connaissances linguistiques constituent un atout majeur dans une économie mondialisée.
 
En 15 ans, le nombre d’élèves fréquentant les cours d’allemand dans l’enseignement secondaire flamand a diminué de 16%. L’anglais et l’espagnol bénéficient d’une image plus positive que l’allemand qui a mauvaise réputation : difficile, « moche », image stéréotypée des Allemands, etc.  Katja Lochtman, professeur de linguistique allemande à la VUB, regrette ces chiffres: « L’allemand est une langue très proche du néerlandais. Il est démontré qu’il est plus facile d’apprendre une langue étrangère si elle est très similaire à la langue maternelle. »
 
L’université n’est pas épargnée par ce phénomène. Les Professeurs Esli Struys et Alex Housen, présidents des cours de langue à la VUB,  ont vu le nombre d’étudiants diminuer de manière significative ces dernières années soit une perte de mille inscriptions au cours des 5 dernières années en linguistique et littérature.
 
Un métier d’avenir
 
Les experts craignent qu’un cercle vicieux s’installe dans l’enseignement des langues. Esli Struys, professeur de linguistique appliquée, fait remarquer qu’une diminution du nombre de spécialistes en langue et littérature dans l’enseignement supérieur entraînera une diminution du nombre d’étudiants se destinant à l’enseignement langues en secondaire. « Les professeurs de français font déjà partie des professions en pénurie en Flandre. L’adage disant qu’un diplôme de langue n’offre pas de sécurité d’emploi est à oublier», explique la scientifique.
 
Des compétences qui rapportent
 
Dans une économie mondialisée, une connaissance approfondie des langues semble apporter des avantages non négligeables. Les chercheurs ont pointé qu’une étude américaine a calculé qu’à compétences égales les employés bilingues gagnent en moyenne 7 000 $ de plus que leurs collègues unilingues.

 
Les chercheurs canadiens ont constaté que l’écart salarial se creuse avec chaque langue supplémentaire acquise et cet avantage financier s’applique même si ces langues ne sont pas utilisées quotidiennement.
 
En Suisse, on estime que le multilinguisme crée 10% de la valeur des entreprises. Une étude britannique récente a montré que la non-maitrise des langues étrangères fait perdre à la Grande-Bretagne chaque année l’équivalent de 3,5% du PIB.
 
« Une bonne maîtrise de l’anglais ne suffit plus. La connaissance d’autres grandes langues, principalement européennes, est également nécessaire pour exploiter pleinement le potentiel économique. En Flandre, il s’agit principalement du français mais aussi de l’allemand. L’allemand est certes une des langues les plus parlées dans l’Union européenne, mais l’Allemagne est surtout le partenaire commercial le plus important de notre pays » précise le Pr Alex Housen.
 
Positif à plus d’un titre
 
Le déclin de l’intérêt pour les langues étrangères est regrettable au-delà des raisons économiques. L’apprentissage des langues étrangères et le multilinguisme offrent de nombreux avantages : meilleur score (certaines parties) aux tests de QI, meilleure concentration et traitement des informations complexes, créativité et flexibilité, ouverture sur les autres et leurs cultures, moins sensibles aux maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson.
 
Plus le contact avec différentes langues est précoce plus les effets positifs seront renforcés. Mais pas de panique, l’apprentissage même tardif est bénéfique et nul besoin d’être un expert, un niveau même moyen est suffisant.
 
En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’attrait de l’allemand est aussi en diminution
 
L’allemand n’est clairement pas une langue qui attire les petits francophones. En 2006-7, ils étaient 4% à choisir cette langue. Dix ans plus tard, en 2016-17, ils n’étaient plus que 3%. Soit une chute toute relative de 25%…
 
La palme d’or revient évidemment à l’anglais qui est choisi par près de 70% des élèves de secondaire, tous niveaux confondus, suivi de près par le néerlandais avec 63%.