Anticiper pour optimiser la sécurité

par Camille Stassart

Série (3/3) Quand la recherche débouche sur une spin off

Didier Van Caillie, Secutimet © photo Houet

Didier Van Caillie participe dès les années 80 au lancement du 1er centre de recherche universitaire francophone sur l’entreprenariat et gestion des PME. Aujourd’hui Professeur à HEC-ULiège, il dirige depuis 2001 le Centre d’Etude de la Performance des Entreprises (CEPE).

Suite à une demande d’un acteur du secteur de la défense, ce chercheur à la fibre entrepreneuriale lance en 2017 « Securimet » (Metrics for measuring your Risk and Security Culture). Une spin-off financée par le programme First Spin-off de la Région Wallonne.

Des entreprises à risques

Securimet offre des services en matière d’évaluation et de gestion du risque et de la sécurité. « Nous visons ici des sociétés au haut niveau de sécurité attendu, comme des hôpitaux, des centrales nucléaires, des opérateurs d’eau ou de gaz, ou encore des sociétés de construction » énumère Didier Van Caillie.

Ces entreprises ont bien évidemment mis en place des systèmes de gestion de la sécurité et des risques. Mais la possibilité d’accidents demeure.

« Les équipes de telles organisations agissent sur le terrain, et restent ainsi confrontées à des risques et incertitudes (délai à respecter, circonstances exceptionnelles, équipe remplacée au dernier moment, etc.) » souligne le promoteur de la jeune spin-off.

Securimet cherche donc ici à renforcer cette gestion de la sécurité, en développant des outils et méthodes spécifiques. Dont le but est d’anticiper au mieux les éventuels accidents.

Problème-solution-formation

Une partie de ces outils se présente comme des indicateurs. « Grâce à des questionnaires complétés par les équipes, nous mesurons leur niveau de conscience des risques. Et la manière dont elles les perçoivent en ‘situation à risque’ ».

D’autres dispositifs permettent d’analyser la résilience, c’est-à-dire la capacité de résistance du système de gestion de la sécurité mis en place.

« Dans certaines entreprises, bien qu’un système de gestion soit prévu, les procédures ne sont pas toujours connues sur le terrain. Il est donc important d’analyser l’écart entre la théorie et la réalité ».

« En Flandre et en Hollande, la conception des risques et de la sécurité est différente, il y a une plus grande ouverture du côté néerlandophone, en comparaison du francophone. Les sociétés voient encore trop souvent la sécurité comme une contrainte externe imposée par la loi » analyse le Dr. Van Caillie.

Les services de Securimet sont actuellement en phase de test dans 3 grandes entreprises. Respectivement dans le secteur médical, chimique, et dans celui des supports informatiques. La start-up a pour ambition d’y identifier les problèmes en terme sécurité, proposer des solutions, et former les équipes à celles-ci.

A deux on avance mieux

Bien que de nombreux acteurs développent ce type de business model, Securimet pense se démarquer :

« Les autres acteurs se placent dans une vente de services pure et dure. Nous, nous vendons une solution, et on accompagne l’entreprise pour qu’elle soit à terme autonome dans sa capacité à gérer la sécurité. En parallèle, nous formons des consultants agréés à notre système. »

L’autre raison de croire en cette start-up ? L’expérience. « Avec le CEPE, nous avons déjà accompagné une quinzaine de spin-off ou d’activités nouvelles. Nous connaissons ainsi les pièges à éviter, qui sont finalement toujours les mêmes » soutient Didier Van Caillie.

Selon lui, quand on veut créer une activité à partir de recherches scientifiques, il est essentiel de constituer un duo : un(e) chercheur/chercheuse, qui connaît le concept. Et un(e) entrepreneur/entrepreneuse, qui pourra traduire cette idée en un produit ou service répondant aux attentes d’un marché clairement identifié.

« L’un des pièges est d’espérer trouver l’oiseau rare du bon chercheur qui est aussi un bon entrepreneur. Mais je n’en ai personnellement jamais rencontré ! »

Publish or perish ?

Le cas de Didier Van Caillie reste toutefois particulier : « Bien que je sois professeur et chercheur, je travaille dans la gestion de PME depuis toujours. Par conséquent, ce monde est déjà le mien, je n’ai pas de difficulté à m’adapter à l’entreprenariat » sourit le chercheur.

Il conçoit toutefois qu’il faut savoir choisir son camp. Car dans le champ de la recherche en gestion, la recherche fondamentale appelle à concrétiser un modèle.

« Soit on choisit de protéger ce modèle par un brevet, et on le transforme en un actif qui aura une valeur économique. Mais dans ce cas on perd le droit de publier sur le sujet. Et donc d’être reconnu dans la communauté scientifique pour ce modèle ».

« Soit on choisit de publier, de le rendre public, mais en perdant alors sa valeur sur le marché » explique-t-il.

Un choix parfois cornélien pour les scientifiques. « J’ai vu beaucoup de duo de chercheur-entrepreneur voler en éclat pour cette raison » témoigne Didier Van Caillie.

Des chercheurs parmi d’autres

La transition du métier de chercheur à entrepreneur ne serait pas aisée.

« Mais l’avantage indéniable des scientifiques est qu’ils ont été formés pour apprendre, et sont donc capables d’opérer ce basculement s’il le souhaite. Je ne pense toutefois pas non plus que l’ensemble des chercheurs doive devenir entrepreneurs ! » précise-t-il.

Il faut selon lui maintenir un équilibre entre les scientifiques qui font de la recherche fondamentale, d’autres de l’appliquée, et ceux qui articulent les deux.

« Les institutions doivent concilier ces 3 profils si l’on souhaite avoir une vision transversale et contribuer au développement sociétal du territoire » conclut-il.