par Raphaël Duboisdenghien

«Adolescents et difficultés scolaires. Approche de la complexité» par Aline Henrion et  Jacques Grégoire, aux éditions Mardaga. VP32 euros.

«Adolescents et difficultés scolaires. Approche de la complexité» par Aline Henrion et Jacques Grégoire, aux éditions Mardaga. VP 32€.

Plus d’un élève sur deux a redoublé au moins une fois lorsqu’il termine le secondaire en Fédération Wallonie-Bruxelles.
 
Sous la direction de la psychologue Aline Henrion et du professeur de psychologie Jacques Grégoire, des cliniciens du Service de santé mentale  et des chercheurs de la Faculté de psychologie de l’Université Catholique de Louvain (UCL) abordent la complexité du problème dans «Adolescents et difficultés scolaires», aux éditions Mardaga.

 

«La notion de complexité renvoie à l’idée qu’une position unique ou une méthode à appliquer systématiquement n’est pas possible dans ce genre de situation», explique Aline Henrion.

Dans cet ouvrage, la difficulté scolaire et le décrochage sont à la fois au cœur de la question, mais également considérés comme un symptôme. Une façon d’exprimer une difficulté qui se cristallise sur la question scolaire. Nous nous intéressons plus particulièrement aux jeunes pour qui la scolarité devient, tout à coup ou progressivement, une pierre d’achoppement sur laquelle ils trébuchent sans que l’entourage ne comprenne vraiment pourquoi.»

 

La motivation a bon dos

 

Démotivation et mauvais résultats forment le duo gagnant des consultations psychologiques. Le manque de motivation est le leitmotiv. Aussi bien des parents que des enseignants d’ados en difficultés scolaires.

 

«Lorsqu’un jeune amène cette question en consultation, il fige sa difficulté dans un concept à la mode qui à la fois l’implique, mais qui semble également ne pas être tout à fait de son fait. Très régulièrement, les réponses évoquent l’idée d’un carburant pour travailler. Les adolescents peuvent également affirmer que sans motivation, on n’arrive à rien. Peu de jeunes imaginent avoir une influence réelle sur leur motivation. Dans les prises en charge, il sera donc essentiel de remettre au centre du travail le jeune lui-même. Et les variables sur lesquelles il pourra avoir de l’influence».

 

Entre-deux chaises

 

La psychologue décortique la motivation en se basant sur des aspects observables. Pour résoudre les difficultés scolaires, elle propose l’approche «entre-deux chaises» qui travaille sur les versants apprentissage et psychoaffectif. Ce dispositif, centré sur le symptôme, utilise la difficulté comme levier thérapeutique. Il s’appuie sur la psychodynamique et des modèles sociocognitivistes comme l’Expectancy-value développé par Jacquelynne Eccles et Allan Wigfield. Les docteurs en sciences psychologiques Isabelle Roskam (UCL) et Frédéric Nils (Université Saint-Louis) ont validé scientifiquement ce modèle sur les performances scolaires des élèves de l’enseignement secondaire en Fédération Wallonie-Bruxelles.

 

Le premier entretien permet déjà d’observer différentes variables du modèle de l’Expectancy-value. «La principale condition de la prise en charge est que le jeune soit preneur du suivi», souligne Aline Henrion. «Cette condition semble peut-être évidente, mais certains parents qui amènent le jeune de force considèrent que leur enfant n’a pas le choix. Et veulent parfois l’obliger à commencer une prise en charge ou à faire un examen diagnostique».

 

Les médicaments sont parfois nécessaires

 

Pour Serge Mertens de Wilmars, la médication doit être pensée comme une aide complémentaire. Dans le livre, le psychothérapeute familial s’appuie sur son expérience clinique de plus d’une quinzaine d’années avec des ados pour décrire et commenter la façon d’utiliser parcimonieusement des médicaments dans les problématiques scolaires.

 

«Une prescription est toujours le résultat d’un processus de décision commune avec le patient», insiste le psychiatre. «Il s’agit d’une co-construction décisionnelle dans laquelle le médecin est là pour donner les informations et les raisons de prescrire ou de ne pas prescrire, sur les risques ou les effets secondaires. Vu l’âge de nos patients adolescents et jeunes adultes, nous avons pris l’habitude de bannir les anxiolytiques de notre arsenal. Il se fait que ces médicaments sont très efficaces et à action rapide contre l’anxiété. Mais leur problème majeur est leur côté addictif. Nous préférons les thymoanaleptiques, appelés couramment antidépresseurs, comme il n’y a ni dépendance ni accoutumance».