par Christian Du Brulle

PODCAST

 

Inaccessibles les scientifiques? Incompréhensibles, leurs travaux, pour le commun des mortels? Jeudi soir, la finale interuniversitaire belge du concours « Ma thèse en 180 secondes » a prouvé le contraire. Organisée cette année à l’Université de Namur (UNamur), elle a mis en compétition 21 docteurs et doctorants issus des six universités francophones du pays. La vulgarisation était au rendez-vous. Le plaisir de comprendre également!

 

Dans le grand auditoire Pedro Aruppe de l’UNamur, le défi était simple. Chaque candidat disposait de 180 secondes, pas une de plus, pour présenter à un public pas nécessairement scientifique, et en français, le thème de ses recherches doctorales et ses enjeux. Une unique diapositive, projetée sur grand écran, pouvait illustrer le propos.

 

Apprendre à écrire, parler et illustrer sans jargonner

 

L’exercice de vulgarisation débute dès la « traduction » de l’intitulé de la thèse. Il est sans aucun doute plus simple de comprendre qu’on traite de communication entre animaux lorsqu’on parle de « Communication chimique: quand les odeurs permettent de collaborer » plutôt que de « Détermination des kairomones impliquées dans la sélection de l’hôte dans la symbiose associant les holothuries de l’Océan Indien au crabe commensal Lissocarcinus orbicularis ».

 

Cette première « simplification » acquise, il restait à préciser, en trois minutes, le cœur de quatre années de recherches. Un exercice difficile, y compris pour le jury. Composé de représentants du monde académique, d’un journaliste et d’un représentant de l’administration wallonne, il a dû digérer 21 prestations en quelques dizaines de minutes.

 

« Pour nous aider dans nos appréciations, nous disposions d’une grille de cotation », précise le Dr Catherine Bouland, Professeur à l’école de Santé publique de l’Université Libre de Bruxelles (ULB). « Nous avions notamment à évaluer l’éloquence des candidats, la qualité du langage utilisé, la structure de leur présentation, la mise en contexte de leurs travaux, la hiérarchisation de leurs idées ».

 

Trois lauréats belges à la finale parisienne d’octobre

 

Les résultats? Trois doctorants ont vu leur présentation récompensées par le jury de « Ma Thèse en 180 secondes ». Voici, par ordre alphabétique (les lauréats ne sont pas « classés » entre-eux), leur diapositive et… leur prestation verbale complète. Ils représenteront les universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles lors du Concours International organisé à Paris en octobre prochain. A cette occasion, ils se mesureront aux Burkinabés, Camerounais, Français, Québécois, Marocains, Sénégalais et Tunisiens.

 

 

Sophie Bauduin (Chimie) : Cartographier la pollution de l’air depuis l’espace. Titre original de la thèse : « Sondage de la composition de la couche limite atmosphérique par des observations spatiales dans l’infrarouge » (ULB).

 

MT 2015 Sophie BAUDUIN

 

Ecoutez la présentation de Sophie Bauduin

 
 

Adrien Deliège (Mathématique) : « El Nino, quand les mathématiques rythment les catastrophes climatiques! » Le titre original de sa thèse est : « Analyse de séries temporelles climatiques via les ondelettes » (ULg).

 

MT 2015 Adrien DELIEGE

 

Ecoutez la présentation d’Adrien Deliège

 
 

Olivier Finet (Biochimie) : Les levures: du pain, de la bière… et de la génétique. Titre original de sa thèse : « Etude du rôle d’un long ARN non-codant dans la régulation de la différenciation sexuelle chez la levure de fission Schizosaccharomyces pombe » (UNamur).

 

MT 2015 Olivier FINET

 

Ecoutez la présentation d’Olivier Finet

 

 

« Le concept de ce concours est né en Australie », rappelle le recteur de l’Université de Namur, le Pr Yves Poullet. « Il a ensuite été adopté et francisé au Québec avant de séduire les universités belges francophones l’année dernière.

 

« L’intérêt de ce concours est double. Il offre une belle occasion aux jeunes chercheurs de développer leurs compétences en vulgarisation. Et les universités les ont activement aidés à se préparer! Par ailleurs, ce genre d’initiative permet aussi au grand public de découvrir des sujets de recherche passionnants ».
« C’est là une manière de combler le fossé qui sépare une communauté savante, que la spécialisation tend à refermer sur elle-même, et le reste de la société », estime-t-on à l’UCL.

 

Jeudi soir à Namur, quelque 180 personnes étaient présentes dans l’auditoire Aruppe.