par Christian Du Brulle

Série (2) : « Regardez où vous mettez les pieds! »
 
Quand on se promène en forêt ou à la campagne, on ne s’en rend pas nécessairement compte: la biodiversité des sols est extrêmement importante.
 
« Importante pour tout ce qui se passe dans les sols et pour les services écosystémiques qu’elle rend », explique le Dr Guénola Peres.
 
« Mais cette biodiversité est aussi importante en nombre », précise la biologiste française qui faisait partie de la vingtaine de spécialistes invités cette année au premier « Atelier Sol », organisé par l’axe de recherche Eau-Sol-Plante de Gembloux AGro-Bio Tech, dans le village de Peyresq.
 
« On estime que 25% de la biodiversité terrestre mondiale se situe en réalité dans le sol », indique-t-elle.
 
Au sein de cette biodiversité des sols, il y a une population d’organismes vivants qui intéresse particulièrement la biologiste de l’Institut national (français) de recherche agricole (INRA) de l’Agrocampus de Rennes : les vers de terre!
 
L’équivalent de deux vaches par hectare
 
« Les organismes qui vivent dans le sol sont peu visibles. Ils sont cachés sous nos pieds, ils sont aussi très abondants », nous rappelle l’exposition sur les sols organisée cette semaine à Gembloux.
 
De tailles variées, ils assurent des fonctions essentielles pour la croissance des plantes en transportant et en transformant la matière organique, en structurant les sols, en dégradant les contaminants.
 
Par mètre carré de sol, on dénombre jusqu’à 100 millions de bactéries, 50 km de mycélium de champignons, des centaines de mètres de racines et des centaines de milliers d’autres organismes (collemboles, myriapodes, carabes, acariens, protozoaires…).
 
Et les vers de terre ?
 
« Dans un mètre carré de sol, on peut en dénombrer jusqu’à 150 spécimens », précise le Dr Peres. « Par hectare de terrain, le poids de tous les vers présents avoisine le poids de deux vaches ».
 
Plus d’un mètre de long pour certains spécimens
 
En France, et par extension en Belgique, les spécialistes identifient une centaine d’espèces de vers de terre. Il y a par exemple les épigés, les petits vers qu’on retrouve dans les vermicompostières. Il y a aussi les anécides.
 
« Ceux-là peuvent vivre jusqu’à cinq ans », reprend Guénola Peres.
 
grand ver de terreLes anécides, ce sont notamment nos lombrics.
 
« Ils creusent des galeries verticales qui peuvent plonger jusqu’à 3 mètres de profondeur. Ils brassent les matières organiques et minérales. Ils sont capables de se retourner dans leur galerie, de s’étirer pour laisser passer l’eau. Ce sont de véritables laboureurs », indique la spécialiste.
 
Surprise: les plus longs de ces vers peuvent dépasser le mètre!
 
Services écosystémiques
 
« Les vers de terre sont indispensables à la bonne santé des sols. Une expérience menée en Nouvelle-Zélande le montre », explique encore la scientifique. « L’amélioration des sols par l’apport de vers de terre en a amélioré la structure. Résultat, le rendement des cultures y a connu un bond de 50% ».
 
Exceptionnel? Sans aucun doute, mais en analysant la littérature scientifique, Guénola Peres relève que 75% des expériences de terrain impliquant l’introduction de vers de terre pour améliorer les sols étaient couronnées de succès. Et qu’en moyenne, le gain dans les rendements se chiffrait à 25%.
 
Les défis qui se posent aujourd’hui au gestionnaire de sols, c’est précisément d’assumer la préservation de cette biodiversité, de cette pédofaune, qui nous rend des services écosystémiques inestimables.

 

En Wallonie: protection et assainissement
 
Le département de la protection et de l’assainissement des sols, un service de la Direction générale opérationnelle 3 (DGO3) du Service Public de Wallonie (SPW), est particulièrement attentif à la problématique des services écosystémiques que nous rendent les sols ainsi qu’à la biodiversité qui s’y développe.
 
Ce département propose en outre toute une série d’autres informations didactiques sur les sols et sur les menaces qui les guettent.